Hongkong : les pressions de Pékin

Des personnes attendent devant une pharmacie de Pékin, le 15 février 2020
Editorial. En faisant arrêter quinze personnalités du mouvement prodémocratie et en s’arrogeant de
nouvelles prérogatives dans son droit d’intervenir dans les affaires du territoire autonome, la Chine fait monter les tensions.
Editorial du « Monde ». Si la pression sanitaire due au Covid-19 s’allège à Hongkong, sur le plan politique la tension s’accroît. Le 18 avril, quinze personnalités du mouvement prodémocratie de Hongkong ont été arrêtées. Le Bureau de liaison, c’est-à-dire la représentation officielle de Pékin dans le territoire autonome, et l’Agence chinoise des affaires de Hongkong et de Macao qui le supervise à Pékin prétendent s’ingérer dans les affaires de l’île, bien que la Constitution l’interdise.
La police de Hongkong a procédé aux arrestations sur ordre des procureurs, mais il est évident que Pékin les a encouragées. Le territoire est pourtant gouverné selon le principe « un pays, deux systèmes », qui garantit une large autonomie, notamment en matière de justice. La Constitution de Hongkong impose en outre qu’« aucun département du gouvernement central, aucune province, aucune région autonome, aucune municipalité placée directement sous l’autorité du gouvernement central ne [puisse] interférer dans les affaires de la Région administrative spéciale de Hongkong, responsable de les administrer conformément à ses propres lois ».


Les « suspects » hongkongais, dont les avocats Martin Lee, 81 ans, et Albert Ho, deux anciens députés, sont accusés d’avoir participé à des rassemblements non autorisés lors des six mois de manifestations qui ont secoué le territoire de juin à novembre 2019. Ils sauront le 19 mai la peine qu’ils encourent. Ces procédures judiciaires vont limiter leur participation à la vie politique, alors que des élections législatives ont lieu en septembre.
Or, il n’est pas exclu que l’opposition, forte de sa victoire éclatante aux élections locales de novembre 2019 et de la défiance grandissante vis-à-vis de Pékin, puisse pour la première fois obtenir une majorité au Parlement. Une éventualité, auparavant impensable, qui inquiète au plus haut point le pouvoir central.

Offensive larvée aussi contre Taïwan

Le Bureau de liaison a signalé mi-avril son exaspération face aux tactiques – légales –d’obstruction de l’opposition au Parlement de Hongkong. Il a aussi appelé à l’adoption rapide dans la Constitution d’un projet d’article antisécession et antitrahison.
L’impatience de Pékin est aisément déchiffrable : le texte permettrait d’étendre à Hongkong le crime d’atteinte à la sécurité de l’Etat qui, sur le continent, permet d’envoyer en prison pour de longues années tout « dissident » ou « séparatiste ». Critiqué pour ces ingérences, le Bureau de liaison a répondu qu’il n’était pas soumis à la Constitution, pas plus que l’Agence des affaires de Hongkong et Macao à Pékin, mettant dans l’embarras le gouvernement de Hongkong, qui semble lui donner raison, ouvrant la porte à encore d’avantage d’immixtion.


Parallèlement, Pékin mène une offensive larvée contre Taïwan, avec des attaques verbales de plus en plus virulentes, et des manœuvres militaires à proximité de son espace maritime et aérien. Nul doute que la Chine aimerait remettre à sa place la « province renégate » qui profite à ses yeux de la pandémie pour mener campagne afin de retrouver à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le statut d’observateur dont l’a privée Pékin en 2016.
De fait, ces deux territoires, l’un formellement rattaché à la Chine, l’autre souverain malgré sa non-reconnaissance par l’ONU, sont ceux qui ont le mieux géré la crise sanitaire. Aujourd’hui ulcérée par les procès en dissimulation dont elle fait l’objet en Occident, la Chine contre-attaque. Mais cette offensive va seulement contribuer à dégrader encore un peu son image internationale.
Par Le Monde.fr