Giuliano Biagioni, 36 ans, nous parle de son lit aux soins intensifs du Centre hospitalier de
l’Université de Montréal. Un tube d’oxygène dans le nez. Il sort de cinq jours dans le coma, pendant lesquels on a dû le mettre sous respirateur. La COVID-19 l’a frappé. Fort. Et le Montréalais veut que la population sache que la maladie peut toucher même les personnes moins âgées.

« Il ne faut surtout pas prendre ce virus à la légère », dit-il.
Au mois de mars, alors que la maladie commence à faire jaser, mais qu’aucune mesure restrictive n’est en vigueur, Giuliano part avec 11 amis dans les Caraïbes : « C’était le début. On ne savait pas tout ce que l’on sait aujourd’hui. On pensait que ça touchait les plus vieux. Mais je me suis retrouvé entre la vie et la mort. »
Quand il revient à Montréal, Giuliano a des frissons. « Je pensais que c’était à cause de la chaleur et de l’air climatisé », dit-il. Mais rapidement, l’état du Montréalais, qui possède une entreprise de distribution de vases et de pots, se détériore. 
« J’ai eu la totale. Je faisais de la fièvre sans arrêt. J’avais mal à la peau. Tellement que ma blonde ne pouvait même pas me flatter. J’avais mal aux cheveux. J’avais mal partout. Je marchais comme si j’avais 90 ans », raconte-t-il.

À l’hôpital

Les jours se suivent et Giuliano se sent de plus en plus mal. Fin mars, il se rend à l’hôpital : « J’étais malade comme un chien. Je me levais le matin et j’étais tout le temps pire que la veille. »
À l’hôpital, il reçoit son diagnostic de COVID-19. On lui prescrit un médicament et on le renvoie chez lui.
Mais à peine 24 heures après, l’état de Giuliano se dégrade encore. « Je toussais tellement que je ne respirais plus. Mais je ne voulais pas aller à l’hôpital encore. Je me disais que, de toute façon, ils me renverraient chez moi. »
Sa conjointe appelle finalement une ambulance. À l’hôpital, son état est tel qu’on le transfère au CHUM. Il sera plongé dans le coma et mis sous respirateur aux soins intensifs.
C’était la partie entre la vie et la mort. J’ai juste de bons mots pour ceux qui m’ont soigné. Les employés, le service… c’est juste écœurant.
Giuliano Biagioni
Chef des soins intensifs au CHUM, le Dr Jean-François Lizé a été l’un de ceux qui ont veillé sur Giuliano. « Il faut dire que le virus, on le connaît mieux depuis seulement février, à peu près. C’est quand ça a frappé l’Europe que la communauté s’est mise à se mobiliser. Donc on découvre encore beaucoup de choses sur ce virus. Et on n’a pas encore toutes les réponses », explique-t-il.
Le Dr Lizé souligne que la COVID-19 s’attaque souvent aux poumons. Si beaucoup de personnes infectées présentent des symptômes légers, d’autres doivent recevoir de l’oxygène à l’hôpital. « Environ 5 % des patients développent une grosse pathologie pulmonaire. On doit les mettre sous ventilateur. Certains doivent même être plongés dans le coma pour qu’on soit sûr que l’oxygène se rende. Ça peut aller jusque-là », résume le Dr Lizé. C’est ce qui s’est passé avec Giuliano. Et il n’est pas le seul. Le Dr Lizé a soigné d’autres patients atteints de la COVID-19 au CHUM. « Et on a eu des cas pires que ça », dit-il.

Des poumons pleins de sang

Au bout de cinq jours de coma artificiel, on enlève le respirateur à Giuliano. Il respire seul. On peut le transférer des soins intensifs aux étages d’hospitalisation. Mais en se rendant à la salle de bains dans sa nouvelle chambre, Giuliano se sent défaillir. « L’oxygène ne rentrait plus. J’avais les poumons remplis de caillots de sang. Je faisais des embolies pulmonaires », dit-il.
On renvoie aussitôt le patient aux soins intensifs, où il était toujours jeudi matin quand il a parlé à La Presse. Il a pu rentrer chez lui dimanche, mais se dit « encore très fatigué et à bout de souffle ». « Mais être chez soi, en un morceau et en vie, ça n’a pas de prix. »
« Là, je pense que je suis sorti du danger. Mais quand j’étais dedans, j’étais vraiment pas bien. Tu te demandes si tu vas mourir », ajoute-t-il.
Le Dr Lizé explique que les patients aux soins intensifs sont plus à risque d’embolies. Et le virus semble activer encore plus cette propension à faire des caillots. « On se questionne encore là-dessus. Mais il se peut qu’il y ait plus de risques de faire des embolies », explique-t-il.

L’importance de la prévention

Avant de tomber malade, Giuliano affirme qu’il était « en forme » — « je m’entraînais quatre fois par semaine », précise-t-il. Il a toutefois été victime d’un grave trauma en 2013 qui lui a fait perdre la rate et infligé des dommages à l’abdomen. Il avait subi à l’époque 25 interventions chirurgicales.
Le Dr Lizé rappelle que la communauté scientifique est encore en train d’apprendre sur la COVID-19. « Est-ce que les patients qui n’ont pas de rate sont plus à risque ? Peut-être », évoque le médecin. 
Ce dernier souligne que parmi les éléments déjà connus, il y a le fait que les hommes sont légèrement plus à risque de contracter la COVID-19. Et la maladie touche plus sévèrement les patients de 60 ans et plus, et ceux atteints de maladies chroniques, dit-il. Mais comme le démontre l’histoire de Giuliano, les personnes plus jeunes ne sont pas à 100 % immunisées contre la maladie. « La prévention, c’est ce qu’il y a de mieux », rappelle le Dr Lizé.
Les 11 autres personnes qui ont voyagé avec Giuliano ont toutes été déclarées positives à la COVID-19. La plupart n’ont présenté que de faibles symptômes. Mais tous ont perdu l’odorat et le goût. Certains ont été déclarés positifs assez longtemps après leur retour de voyage. « Bien plus que les 14 jours dont on parle », relève Giuliano.
Il le reconnaît lui-même : les jeunes « ne sont pas la clientèle cible du virus ». Mais avec son histoire, Giuliano espère que le plus de gens possible continueront de respecter les règles de confinement et ne sous-estimeront pas la COVID-19. « Parce que même pour ceux qui n’ont presque pas de symptômes, imagine la vitesse avec laquelle tu peux répandre ça. Il faut faire attention. »