L'Afrique du Sud face au coronavirus : une course contre la montre

ANALYSE. À la lumière de la situation, le président Ramaphosa a mis en œuvre des mesures drastiques dans l'espoir de ralentir la propagation du coronavirus.

Dimanche 15 mars, l'Afrique du Sud a basculé. Le président Cyril Ramaphosa a prononcé un discours très offensif, mais aussi alarmiste, sur la crise sanitaire que connaît le pays depuis l'apparition du premier cas de nouveau coronavirus. Selon le chef de l'État sud-africain, l'heure est grave et toute la nation sud-africaine doit être en ordre de marche pour combattre le coronavirus. Après avoir déclaré le Covid-19 catastrophe nationale, le gouvernement pourrait tout simplement imposer l'état d'urgence sur l'étendue du territoire national. Quelques jours plus tard, ces mots ont une nouvelle signification : l'Afrique du Sud totalise désormais 116 cas confirmés, et ça s'accélère avec des contaminations locales dans plusieurs provinces, mettant à rude épreuve le système de santé. Et ce, en dépit du rôle jugé efficace de l'Institut national des maladies transmissibles (National Institute for Communicable Diseases, NICD).

De la catastrophe naturelle…

Le dimanche 15 mars au soir, lorsque le discours à la nation est prononcé, le nombre de cas positifs passait de 51 à 61. À l'heure où nous écrivons ces lignes, le mercredi 18 mars, le ministre de la Santé, Zweli Mkhize, a annoncé 116 cas confirmés. Ces chiffres vont dans le sens des estimations qui prédisent que l'Afrique du Sud pourrait être confrontée à une augmentation de l'ordre de 665 à 12 millions de personnes à risque. Après l'Égypte, l'Afrique du Sud est le pays qui connaît le plus fort taux d'infection en Afrique. En tout cas, le président Ramaphosa n'a pas tardé à se conformer à la loi sur la gestion des catastrophes (Disaster Management Act, n° 57, 2002), qui l'autorise, dans sa section 3, à déclarer le coronavirus catastrophe nationale. Cette loi de 2002 permet ainsi au gouvernement de suspendre certains droits constitutionnels et de mettre en place des mesures d'urgence, que beaucoup réclamaient en Afrique du Sud depuis les toutes premières contaminations. En marge, la présidence a mis en place un Conseil national de commandement, présidé par Ramaphosa lui-même, afin de coordonner les réponses adaptées contre le virus. Ce conseil devant se réunir trois fois par semaine.

… à l'état d'urgence

En rappelant que l'Afrique du Sud « n'avait jamais, dans l'histoire de sa démocratie, été confrontée à une situation aussi grave », le président n'a pas minimisé la crise, précisant que si la situation empirait, l'économie, déjà tendue, serait encore plus impactée négativement. Dans un tel contexte, le pouvoir en place a déjà commencé à travailler avec le secteur privé et les syndicats pour concevoir un plan de relance, en dépit du budget qui atteint un niveau record d'endettement par rapport au PIB. C'est pourquoi, dans son discours, le président Ramaphosa a annoncé le déclenchement d'un « mécanisme intégré de gestion des catastrophes visant à maintenir et à réduire l'impact de cette pandémie et l'activation de systèmes d'intervention d'urgence et d'intervention rapide ». Bien que grave, le discours du président Ramaphosa a donné quelques pistes d'évolution positive. Tout en exhortant la population à limiter les contacts physiques et en reconnaissant que cette situation, hors du commun, poussait à l'empiétement sur les droits des personnes, le président Ramaphosa a rappelé l'importance de la solidarité entre Sud-Africains, appelant à la compréhension et à la compassion, notamment envers les plus pauvres : « Ceux qui ont les ressources étant invités à aider ceux dans le besoin et les plus vulnérables. » Une fois n'est pas coutume, l'opposition s'est rangée derrière la parole présidentielle ; l'Alliance démocratique (Democratic Alliance, DA) considérant qu'il n'était plus temps à la politique politicienne, l'Association médicale sud-africaine (South African Medical Association, SAMA) a applaudi les prises de position de Cyril Ramaphosa.

L'Afrique du Sud se prépare pour des temps durs

Au lendemain de l'annonce du président Ramaphosa, l'ensemble des ministères se sont mis en branle pour apporter au mieux des solutions afin de contenir la pandémie, avec la mise en œuvre de mesures urgentes et draconiennes. Alors que les visas des visiteurs de plusieurs pays (dont l'Iran, l'Italie, l'Espagne, les États-Unis, le Royaume-Uni) étaient invalidés, l'interdiction de voyager est imposée depuis ce 18 mars, les ports terrestres et maritimes, quant à eux, sont fermés. Les Sud-Africains ayant visité ces pays à risque depuis la mi-février seront soumis à des tests plus poussés. Depuis aujourd'hui, l'Afrique du Sud est également fermée ; 12 des 17 postes-frontières avec le Botswana, 9 des 14 avec le Lesotho, 3 des 4 avec le Mozambique et 5 des 7 avec la Namibie étant à leur tour fermés. Étonnamment, le poste-frontière Breitbridge avec le Zimbabwe reste encore ouvert. Enfin, le ministre de l'Intérieur, Aaron Motsoali, a ordonné une vigilance accrue des aéroports, sans toutefois les fermer pour l'instant. Au niveau local, les établissements scolaires et de l'enseignement supérieur sont désormais fermés et les rassemblements religieux et sportifs, annulés, voire interdits. Les visites dans les prisons sont suspendues pendant 30 jours, le gouvernement tentant ainsi de stopper les contacts dans les zones à haut risque. Enfin, le ministre des Transports, Fikile Mbalula, annonçait également qu'il y aurait des contrôles beaucoup plus drastiques dans tous les taxis du pays et les trains qui devront être désormais assainis, et un programme de sensibilisation a été lancé dans le secteur des transports publics pour atteindre le plus de monde possible. Si ces mesures sont drastiques, le ministre de la Justice et des Services correctionnels, Ronald Lamola – avec le ministre de la Santé –, a déjà prévenu qu'en cas d'échec de ces diverses mesures visant à combattre le Covid-19, un état d'urgence pourrait être déclaré conformément à l'article 37 de la Constitution de la République d'Afrique du Sud. Pour faire bref, c'est l'étape ultime lorsque « la vie de la nation est menacée par la guerre, l'invasion, l'insurrection générale, le désordre, la catastrophe naturelle ou toute autre urgence publique ».
Le Point.fr