Le marché pétrolier dans une situation vertigineuse

La pandémie de Covid-19 et la paralysie de l’économie mondiale interviennent alors que la
production pétrolière bat des records. La Russie et les pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) doivent réduire leur production à partir du 4 mai. Cependant, les capacités de stockage du pétrole sont saturées.
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Partout, le pétrole afflue. Et personne n’en veut. Avec la pandémie de coronavirus, l’économie mondiale est à l’arrêt. Les avions ne volent plus, les cargos sont bloqués, les embouteillages ont disparu des villes... Conséquence : dans l’espoir d’une reprise et d’une remontée des cours et aussi parce qu’une fois produit, s’il ne brûle pas, on ne sait quoi en faire, il faut stocker le brut.
Le gouvernement australien a décidé de profiter de l’aubaine et d’acheter à bon compte, pour garnir ses stocks stratégiques. Ses achats seront logés dans les cavernes américaines, comme les statuts de l’Agence internationale de l’énergie l’y autorisent. Les cavernes du Texas et de Louisiane comptent parmi les endroits où l’Amérique stocke habituellement ses réserves stratégiques.
Mais l’annonce par le président américain Donald Trump de prélever une petite partie de la production américaine ne suffira probablement pas à faire baisser la tension sur les stocks. L’histoire ne fait probablement que commencer. C’est du moins ce qu’estime l'économiste Antoine Halff, de la société Kayrros.

Les stocks américains remplis à 59%
Les professionnels du pétrole affirment que la hausse des stocks reflète exactement la baisse de la consommation mondiale et que les stocks sont saturés. Il y a quelques heures ce mercredi, Gérard Paulides, directeur financier du plus gros stockeur de pétrole au monde, la société hollandaise Vopak, affirmait qu’à l’exclusion des cuves en maintenance, toutes les capacités de son entreprise étaient occupées et que la situation était la même pour ses concurrents.
Cependant, Antoine Halff a un point de vue différent. À l'aide du big data et des informations satellites analysées par les ingénieurs et les mathématiciens de l’entreprise franco-américaine Kayrros, Antoine Halff estime que le pire est à venir : « Aux États-Unis, dit-il, les réserves ne sont utilisées qu'à 59%. » Ces stocks ont commencé à monter il y a seulement deux semaines, quand les raffineurs ont cessé d'acheter du brut. Jusque-là, ce sont les raffineurs qui accumulaient des produits pétroliers transformés dont personne ne voulait. Maintenant qu'ils ont fermé les vannes, les producteurs américains sont aux abois avec une difficulté croissante à trouver où emmagasiner leur pétrole.Tout est bon pour le stocker : des wagons sur des voies ferrées, des cavernes souterraines ou des cargos.
À raison d'un ou deux millions de barils par navire, il y a en ce moment 160 millions de barils qui flottent, indique l'agence Reuters. 120 millions selon Antoine Halff, pour lequel la situation est de toute façon vertigineuse.
On ne remplit jamais une cuve à 100%
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Cependant, la situation américaine n’est pas la seule à influer sur les cours du brut. Plus les stocks sont pleins, plus le coût du stockage augmente et plus les cours mondiaux s’effondreront. Or, encore plus qu’aux États-Unis, les stocks asiatiques ou européens sont quasiment saturés. Les endroits où l’on peut stocker du pétrole sont pleins à 68% en Chine, à 70% en moyenne en Asie, et à plus de 65% au niveau mondial, estiment les analystes de Kayrros.
« Mais attention, insiste Antoine Halff, on ne peut pas remplir à 100%. Cela n’existe pas » Il faut toujours laisser un peu de place pour des mélanges et, par ailleurs, le stockage pétrolier obéit à des logiques commerciales et logistiques complexes, encore plus complexes en temps de crise.
Et ce stockage est encore plus cher. À Cushing, dans l’État de l’Oklahoma, aux États-Unis, vers où convergent les pipelines transportant le pétrole de schiste, les derniers mètres cubes disponibles sont aux mains d’investisseurs qui attendent traders et producteurs avec une massue : des prix exorbitants qui pourraient bien faire chuter encore plus les cours mondiaux du pétrole. Certains analystes évoquent un prix négatif de 100 dollars le baril.
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États-Unis: les stocks de pétrole grimpent à nouveau dans un marché proche de la saturation
Les stocks de pétrole brut aux États-Unis ont de nouveau fortement gonflé la semaine dernière, selon un rapport diffusé ce mercredi par l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA), confirmant l'effondrement de la demande en or noir et la quasi saturation du marché. Les réserves de brut se sont établies à 518,6 millions de barils (MB) au 17 avril, soit une augmentation de 15 MB. Les analystes tablaient sur une hausse médiane un peu plus faible de 14 MB.
Jean-Pierre Boris 
Par RFI avec AFP