Sur son île, le milliardaire Richard Branson confiné hors de la réalité

Richard Branson en train de savourer les délices balnéaires (et fiscaux) de Necker Island, en 2008. 

La demande d’aide financière au gouvernement britannique par l’homme d’affaires pour sauver sa compagnie aérienne Virgin Atlantic passe mal auprès de l’opinion publique.

«Pour vivre riche et heureux, vivons caché.» Cet adage, un peu trafiqué, n’a jamais plu à Richard Branson. Le milliardaire britannique de 69 ans a toujours préféré la lumière et les sensations fortes. Sur Twitter, il se présente comme un «aventurier allergique aux cravates, philanthrope et fauteur de troubles».
Dans les années 90, alors qu’il développait son empire touche-à-tout, et notamment à l’aviation avec Virgin Atlantic, il était le flamboyant et excentrique entrepreneur britannique, à l’ego surdimensionné mais aux coups médiatiques réussis.
Blond décoloré, la longue silhouette dégingandée, il incarnait la meilleure publicité de son groupe. On l’a vu déguisé en hôtesse de l’air avec uniforme sexy et rouge à lèvres assorti ou à bord d’une énorme montgolfière pour tenter un tour du monde sans escale (raté). Sur Twitter, il promeut ses divers investissements, dans les hôtels, les voyages, la banque, les transports, la santé et même les voyages dans l’espace.

Île et exil

De temps en temps, il distille aussi ses conseils avisés sur comment équilibrer sa vie professionnelle et privée. La dernière fois, c’était le 2 mars. «Pourquoi je pense qu’il n’y a jamais eu de meilleur moment pour être un entrepreneur et lancer un business», disait-il. Une photo le montre assis sur une terrasse, au bord d’une somptueuse piscine, avec, en arrière-plan, la mer bleu azur. L’endroit paradisiaque est son domicile, sur Necker Island, une île des Caraïbes de 90 hectares au sein de l’archipel des îles Vierges Britanniques, qu’il a achetée en 1980.
Il a même enregistré une vidéo où il narre comment il équilibre sa vie, entre parties de tennis, kite-surf et télétravail sur la terrasse ou directement dans son bain, avec vue sur mer. «Moi et ma femme n’avons pas quitté le Royaume-Uni pour des raisons d’évasion fiscale mais pour notre amour des îles Vierges britanniques et particulièrement de Necker Island», a-t-il souvent expliqué. Même s’il a aussi reconnu que, de fait, il était devenu un «exilé fiscal».
Ces derniers jours, Richard Branson est occupé à négocier une aide de 500 millions de livres sterling (572 millions d’euros) auprès de l’Etat pour sauver Virgin Atlantic, dont il détient 51% (la compagnie américaine Delta possède les 49% restants et est occupée à se sauver elle-même). La réponse du gouvernement britannique est, pour le moment, un catégorique «non».

«Laissez-les faire faillite»

Selon le magazine Forbes, Richard Branson est classé 312e fortune mondiale, à la tête d’environ 4 milliards de livres (4,5 milliards d’euros). Il a versé dans sa compagnie en difficulté 250 millions de livres, s’est fendu d’une lettre aux employés pour expliquer que sa fortune repose sur des biens et «pas sur un compte en banque d’où du cash peut être retiré immédiatement». Il a même proposé comme caution sa précieuse île, où l’on peut séjourner pour la modique somme de 6 000 à 10 000 euros la nuit (avec un minimum de trois nuitées).
Mais, auprès de l’opinion publique confinée ailleurs que sur une île paradisiaque, sa demande passe mal. L’époque n’est plus à la flamboyance. D’autant qu’en 2009, pendant la crise financière, lorsque British Airways avait demandé une aide de l’Etat, Richard Branson était intervenu vigoureusement. «Le gouvernement ne devrait pas les aider, laissez-les faire faillite», avait-il alors dit dans une interview à la chaîne américaine CNBC.
Par Liberation.fr