Tout foot le camp pour Ronaldinho

Ronaldinho arrivant à l'hôtel Palmaroga d’Asunción, au Paraguay, le 7 avril.

Après un mois de prison, l'ex-star de l'équipe du Brésil, du PSG et du Barça est assigné à résidence pour être entré au Paraguay avec des faux papiers. Depuis sa retraite, en 2015, il multiplie les infractions.

Combien de temps encore durera le supplice paraguayen de Ronaldinho ? Le surdoué du foot, le roi du dribble a aussi le don de se mettre dans de mauvais draps. L’ex-numéro 10 de la Seleção, du Barça et du PSG (entre autres), ballon d’or 2005 et son frère Roberto sont en détention préventive pour être entrés dans le pays voisin avec de faux papiers. Ayant finalement obtenu d’être assignés à résidence, moyennant le dépôt d’une caution d’1,6 million de dollars (environ 1,5 million d’euros), les frangins ont quitté la prison le 6 avril, après 32 jours, pour s’installer à l’élégant hôtel Palmaroga d’Asunción, la capitale paraguayenne, placé sous étroite surveillance policière.
L’évolution de l’instruction est jusqu’ici plutôt favorable aux prévenus, inculpés pour usage de faux, délit puni d’une peine pouvant aller d’une simple amende jusqu’à cinq ans de prison. Les enquêteurs, qui cherchent à savoir s’il y a lieu d’élargir à d’autres délits l’accusation contre Ronaldinho et son frère, n’ont rien trouvé pour l’instant. L’expertise menée sur leurs téléphones portables n’a pas permis d’identifier de liens suspects avec la sulfureuse Dalia Lopez, l’hôtesse du champion du monde 2002 au Paraguay. La femme d’affaires, aujourd’hui en cavale, est soupçonnée d’être à la tête d’un vaste réseau de blanchiment d’argent, notamment à travers sa fondation caritative, dont Ronaldinho était venu inaugurer un projet pour l’enfance défavorisée (mais aussi un casino ouvert près d’Asunción par un homme d’affaires brésilien pas très net).

«Ronaldinho est distrait»

C’est «la señora Dalia», comme l’appellent les enquêteurs, qui aurait entrepris les démarches pour obtenir de faux papiers paraguayens au nom de Ronaldo et Roberto de Assis Moreira, remis aux intéressés par leur agent sur place, Wilmondes Sousa Lira, lui aussi aux arrêts. Pourquoi diable le ballon d’or 2005 et son frère, arrivés le 4 mars au matin au Paraguay, pays membre du Mercosur comme le Brésil, ont-ils présenté un passeport paraguayen falsifié, alors que leurs papiers brésiliens auraient suffi ? Ont-ils été piégés, croyant avoir reçu ces papiers «à titre honorifique», comme le soutient l’un de leurs avocats, Adolfo Marín ? «Ronaldinho est distrait, il n’a pas compris qu’il s’agissait de faux», a ajouté Marín. La police aux frontières, elle, a compris. Est-ce la cohue provoquée par les fans du «sorcier» ou bien l’influence de la puissante «señora Dalia», venue elle aussi l’accueillir ? Le 4 mars, les deux Brésiliens sortent de l’aéroport sans être inquiétés. Devant le procureur, ils invoquent leur bonne foi et se croient tirés d’affaire. Pourtant, un mandat d’arrêt est délivré contre eux le 6 mars, ce qui n’est pas au goût de Brasília, Ronaldinho Gaúcho étant, à l’image d’une bonne part du milieu du foot brésilien, un soutien enthousiaste du président d’extrême droite Jair Bolsonaro…
Le lendemain, c’est le choc. L’ex-international sort du palais de justice les yeux rouges et les poignets couverts d’une petite couverture. Ronaldinho Gaucho menotté, un «acte arbitraire et disproportionnel, dans un but manifeste d’humiliation», tonnent ses avocats, qui accusent le pays d’exploiter la notoriété du prévenu pour faire oublier sa réputation d’eldorado des trafics. «L’enquête ira jusqu’au bout, quitte à ce que des têtes tombent», a martelé pour sa part le président paraguayen Mario Abdo Benítez, sans cacher sa «peine de voir une star du foot dans une situation pareille» : «Mes enfants veulent aller à la prison se faire prendre en photo avec Ronaldinho», a même confié le chef de l’Etat.

Rubrique faits divers

Pour ses 40 ans, fêtés en taule le 21 mars, les détenus ont préparé un barbecue pour «Dinho». Lui qui se faisait d’abord livrer ses repas, s’est résolu à manger comme eux la nourriture de la prison. Pendant son séjour à l’Agrupación Especializada, il garde le sourire, signe des autographes et envoie même un message vidéo à la famille d’un prisonnier qui joue avec lui au foot : «Pablo est mon attaquant, il est très bon.»
Au Brésil, où il est rentré en 2011, après deux saisons au Milan AC, le coupable de cette déchéance est tout désigné : Roberto, dit «Assis», ce frère aîné qui remplaça un père trop vite parti – Ronaldinho avait 8 ans à sa mort – et géra sa carrière, conclue de façon obscure en 2015, avec le Fluminense de Rio. Assis reste encore aujourd’hui son agent, son mentor. Ronaldinho n’a jamais quitté son orbite. «Par commodité, il s’en est toujours remis à son frère pour les questions matérielles, ça lui a rapporté gros mais ça n’a pas toujours été bon pour son image», déplore l’éditorialiste Maurício Saraiva, qui espère qu'«en prison, quelque chose a changé dans sa tête». Depuis qu’il a raccroché ses crampons, Ronaldinho Gaúcho squatte en effet les pages faits divers de journaux. Au Brésil, il est poursuivi au civil pour ses liens avec une société accusée d’avoir bâti une pyramide financière qui a lésé au moins 150 personnes.
Lui et son frère ont par ailleurs été condamnés à une lourde amende pour avoir construit une plateforme de pêche et un quai dans une réserve écologique près de Porto Alegre, leur ville natale. Les contrevenants ayant refusé de payer, la justice locale leur avait confisqué leurs passeports. Puis l’amende a été renégociée et les sésames restitués, après la désignation en septembre dernier de l’idole du foot comme «ambassadeur pour le tourisme» du gouvernement Bolsonaro (charge honorifique qu’il maintient malgré ses démêlés judiciaires). Coïncidence ? Sûrement pas. Allez Ronnie, l’exhorte le journaliste Joaquim Ferreira dos Santos dans une lettre ouverte, «reprends-toi ! La deuxième mi-temps ne fait que commencer».
Chantal Rayes
Par MSN