[Chronique] Thomas Sankara : un peuple reconnaissant et une statue enfin reconnaissable

Damien Glez
Après une première version jugée non conforme au physique de Thomas Sankara, une statue du
héraut de la Révolution burkinabè vient d’être ré-inaugurée à Ouagadougou. Fin du mélodrame physionomiste ?
Dévoilée en mars 2019 sur les lieux d’un futur mémorial, une statue géante de Thomas Sankara avait été immédiatement déboulonnée pour avoir été la cible de critiques et de moqueries. Peut-être parce que le collectif de 57 artistes n’avait disposé que de 120 jours, le visage de l’ancien président burkinabè avait été jugé plus ressemblant au fantasque guinéen Moussa Dadis Camara qu’au père quasiment sanctifié de la Révolution burkinabè.
Sacrilège dans un pays où l’icône panafricaine fait l’objet d’un culte populaire certain et d’une élévation officielle au cercle restreint des quatre « héros nationaux ».

Cette fois, les sculpteurs ont eu une année pour « lifter » l’ancien chef d’État assassiné. Dévoilé, ce dimanche, par des autorités aux visages masqués, le minois de la nouvelle version semble avoir calmé les cœurs surchauffés.
Le monument de huit mètres de haut comporte également des bustes de compagnons tués en même temps que Sankara. D’autres infrastructures devraient s’ajouter, comme une bibliothèque, pour ne pas se contenter d’un gadget monumental aux relents de culte de la personnalité

Bling-bling incongru ?

Car si le projet n’a pas reçu l’assentiment de la veuve de « Thom’ Sank’ », c’est que les critiques ne concernaient pas que l’homologation du faciès. Elles ciblaient la facture de plusieurs milliards de francs CFA qui auraient permis d’équiper les militaires victimes d’attaques jihadistes, le lieu qui privilégie l’épisode de l’assassinat sans être un mausolée, le bling-bling incongru pour un révolutionnaire aux goûts spartiates et même la noyade du poisson de la justice dans l’eau de la commémoration…
Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè
Jeune Afrique