Des détenus américains cherchent à contracter le Covid-19 dans l’espoir d’une libération, selon la police


Une enquête a été ouverte et 21 détenus ont été testés positifs après ces images de vidéosurveillance.

Des prisonniers détenus dans le comté de Los Angeles ont délibérément tenté d’attraper le coronavirus pour obtenir leur remise en liberté, a affirmé lundi le chef de la police locale.

Respirer dans le même masque

Ces images ont été prises mi-avril dans deux unités d’une prison de Castaic, à une soixantaine de kilomètres au nord de Los Angeles.
Une première vidéo montre des détenus partageant de l’eau chaude en faisant la queue devant l’infirmerie, « essayant de faire artificiellement grimper leur température pour prétendre avoir l’un des symptômes » du nouveau coronavirus, selon le shérif du comté de Los Angeles, Alex Villanueva.
Sur une autre, on peut voir les prisonniers buvant dans le même gobelet jetable et se relayant pour respirer dans le même masque.
Une enquête a été ouverte et, d’après Alex Villanueva, 21 détenus ont été testés positifs au Covid-19 rien que dans ces deux unités, une semaine après ces vidéos.

5 000 prisonniers libérés

« C’est triste de penser que quelqu’un cherche à s’exposer volontairement au Covid-19 », a estimé le shérif, soulignant que plus de 4 500 détenus (40 % de la population carcérale du comté) étaient en quarantaine. Au total, 357 ont été testés positifs à ce jour, dont 117 ont guéri.
Lors d’une conférence de presse, Alex Villanueva a déclaré :
« Il y a une idée fausse qui circule dans la population carcérale selon laquelle si quelqu’un est testé positif [au Covid-19, NDLR], nous serons d’une manière ou d’une autre obligés de libérer plus de gens, mais ça ne se passe pas comme ça. »
Pourtant, au début de la crise sanitaire, quelque 5 000 prisonniers ont été libérés pour réduire la promiscuité dans les prisons, faisant passer leur nombre de 17 000 à 11 700.
« Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour empêcher la diffusion du Covid-19 dans notre système pénitentiaire », a assuré le shérif Villanueva. Toutefois, les médias américains se sont fait l’écho des inquiétudes des détenus infectés, déjà plus de 21 000 à travers le pays. Et la réponse des autorités est parfois légère.
Dans l’Etat de Washington, des panneaux ont été installés près des téléphones pour demander aux détenus d’enfiler une chaussette sur le combiné afin d’éviter de répandre les germes, raconte Christopher Blackwell, qui purge une longue peine dans l’Etat de Washington, au site spécialisé Marshall Project (en anglais).
Dans son témoignage, il souligne également la difficulté de se protéger du virus quand il est interdit de posséder des désinfectants à base d’alcool ou des chiffons.

Action en justice

L’organisation de défense des droits humains JusticeLA a de son côté critiqué les conditions sanitaires régnant dans les prisons locales. Elle a intenté le mois dernier une action en justice contre les services du shérif de Los Angeles à ce sujet, demandant également la libération des prisonniers les plus vulnérables.
« Contrairement aux affirmations du shérif, ce qui me revient des gens incarcérés, c’est qu’il n’y a pas assez de savon, pas assez d’eau chaude, que les policiers se moquent des gens enfermés en toussant devant eux et en leur disant qu’ils vont mourir du Covid », affirme dans un communiqué Patrisse Cullors, cofondateur du mouvement Black Lives Matter et partie prenante de la plainte de Justice.
Par www.nouvelobs.com