Après les tensions, Washington va réduire ses troupes en Irak dans les «prochains mois»

 
Les États-Unis ont annoncé ce jeudi 12 juin qu'ils allaient « réduire » leur présence militaire en Irak.
La veille, les deux pays avaient entamé un « dialogue stratégique ». Une façon pour les Américains de reprendre langue avec un gouvernement irakien désormais dirigé par un Premier ministre plus favorable à Washington, au terme de mois de tensions.
Évoquant les « progrès significatifs » contre le groupe jihadiste État islamique (EI), raison de la présence américaine à la tête d'une coalition internationale, Américains et Irakiens ont affirmé dans une déclaration conjointe que « les États-Unis continueraient à réduire leurs forces en Irak ».
Ce retrait aura lieu « au cours des prochains mois », ont ajouté les gouvernements américain et irakien, sans en préciser l'ampleur ni le calendrier précis. Washington va aussi « discuter avec le gouvernement irakien du statut des forces restantes », sans rechercher « une présence militaire permanente » -- une position en ligne avec la volonté de désengagement du président Donald Trump, qui a promis de « mettre fin aux guerres sans fin ».
Mise à jour du dialogue de 2008
Cette déclaration a été faite à l'issue d'un « dialogue stratégique » par visioconférence en raison du Covid-19. Son objectif : ramener un peu de stabilité dans les relations houleuses entre les deux alliés. Une mise à jour du « dialogue » de 2008, quand les États-Unis avaient établi les conditions de leur départ après avoir envahi l'Irak. Depuis, leurs troupes sont revenues, bien moins nombreuses, contre l'EI.
Plus de deux ans et demi après la « victoire » sur les jihadistes côté irakien, les milliers de soldats américains dans le pays -- 5 200 en début d'année -- étaient à nouveau au cœur des tensions.
Sentiment anti-américain
Le sentiment anti-américain a en effet flambé avec la mort en janvier du général iranien Qassem Soleimani et de son lieutenant irakien, tués à Bagdad dans un raid ordonné par le président Donald Trump. Une décision prise en réaction à la multiplication de tirs de roquettes contre des intérêts américains, attribués par Washington aux forces pro-Iran. Dans la foulée, les députés chiites ont voté l'expulsion des soldats étrangers.
À Bagdad, un nouveau Premier ministre est toutefois arrivé. L'ex-chef du renseignement Moustafa al-Kazimi, qui passe pour proche des Américains et de ses alliés arabes, a changé la donne. L'homme a pris les rênes d'un pays en pleine crise économique et qui réclame toujours justice pour quelque 550 manifestants tués dans la répression d'une révolte inédite.
Réduction drastique improbable
Cependant, une réduction drastique des troupes américaines paraît hautement improbable tant la menace jihadiste reste présente, font valoir les autres pays de la coalition. D'autres parties n'étaient pas invitées mais suivaient de près le dialogue: les alliés de l'Iran en Irak. Ahmed al-Assadi, porte-parole de leur bloc parlementaire, meneur du vote d'expulsion, a récemment redit donner six mois aux Américains pour partir.
De nouveau, lundi et mercredi, deux roquettes ont visé soldats et diplomates américains à Bagdad, comme un rappel. Le ton est toutefois moins agressif. Les brigades du Hezbollah, faction pro-Iran la plus radicale, ont annoncé qu'elles ne donneraient leur position qu'après jeudi.
« Cette mise en retrait donne plus de marge de manœuvre à M. Kazimi et aux Américains », a affirmé à l'AFP Robert Ford, du cercle de réflexion Middle East Institute. D'autant que le gouvernement irakien « s'est engagé à protéger le personnel militaire de la coalition internationale », selon la déclaration conjointe. En échange, Washington a promis de favoriser une aide économique à Bagdad.
Par RFI