Coronavirus: un tsunami social dévaste l'Inde

Un tsunami social dévaste l’Inde 

Un recul de 45 % du PIB en rythme annuel et 140 millions de chômeurs de plus en un mois ! Le confinement a stoppé net l’économie indienne, mais pas la propagation du coronavirus.

Alors qu’elle émerge de deux mois d’un confinement parmi les plus stricts du monde, l’Inde doit faire face à un double dilemme. Les mesures de distanciation sanitaire ont certes aplani la courbe des infections. Et, pour l’instant, le pays a enregistré, selon les chiffres officiels, autant de morts du Covid-19 que la Suède, pour une population 134 fois supérieure. Pourtant, le confinement n’a pas suffi à enrayer la propagation du virus. Aujourd’hui, le nombre des décès annoncé quotidiennement est de 150, et il augmente régulièrement. L’économie, aussi, a été sévèrement touchée par le virus. En mars, pas moins de 140 millions de travailleurs ont perdu leur emploi, faisant passer le taux de chômage de 8 % à 26 % ! L’économie devrait se contracter de 45 % ce trimestre en taux annualisé, et de 5 % pour l’année. Pour faire face à la situation, le Premier ministre Narendra Modi a annoncé, le 12 mars, un plan de dépenses publiques de 265 milliards de dollars, l’équivalent de 10 % du PIB. Beaucoup d’analystes sont toutefois sceptiques sur les chances de succès de ce plan, qui devrait porter le déficit budgétaire à environ 12 % du PIB. « Ce qu’il aurait fallu, c’est mettre immédiatement de grosses quantités d’argent en circulation », estime ainsi le quotidien financier Mint.
Or, au lieu d’un coup de pouce à la demande, en particulier des aides d’urgence pour les plus pauvres, Modi a dévoilé une batterie de mesures favorables à l’offre, telles que des garanties de crédit. Les partisans du Premier ministre expliquent que le gouvernement a raison de rester prudent vu que son budget n’atteint qu’un sixième du PIB - soit bien moins qu’un pays riche - et que personne ne sait combien de temps va durer la crise. Et le gouvernement a voulu faciliter l’emprunt et l’investissement de la part des petites entreprises qui emploient le plus grand nombre d’Indiens et forment la colonne vertébrale de l’économie.

L'avare Modi

L’opposition de gauche taxe Narendra Modi d’avare. Elle n’est pas la seule. Deux prix Nobel indiens, les économistes Amartya Sen et Abhijit Banerjee, ont suggéré qu’une allocation mensuelle d’une centaine de dollars aiderait de nombreuses familles à garder la tête hors de l’eau. Pour l’heure, le gouvernement verse 6,60 dollars par personne et par mois à environ 200 millions de femmes pauvres, et a promis une somme de 26 dollars par personne à quelque 70 millions d’agriculteurs. Or, pour les 60 % d’Indiens qui survivent avec moins de 3,20 dollars par jour, soit le seuil de pauvreté défini par la Banque mondiale pour les pays à revenus moyens, des sommes aussi dérisoires seront bien incapables de stimuler la demande nécessaire pour générer des emplois.
Une montagne de créances douteuses pesait déjà sur la croissance avant la pandémie. Pourtant, le gouvernement espère relancer l’économie en encourageant le crédit. Aux yeux des sceptiques, tenter de doper les emprunts paraît trop optimiste, voire imprudent. « S’attendre à voir les banques multiplier les prêts c’est, au mieux, se bercer d’illusions », résume le chroniqueur Vivek Kaul.
Par The Economist