Kim Jong-un renonce soudainement à l’escalade promise avec la Corée du Sud

Photo non datée du dirigeant Kim Jong-un transmise le 24 mai par l’agence nord-coréenne KCNA. 
Après avoir joué la tension, le dirigeant nord-coréen ouvre la voie du dialogue avec Séoul.

La Corée du Nord aime souffler le chaud et le froid. Après le dynamitage le 16 juin de l’immeuble du bureau de liaison entre le Nord et le Sud dans la ville de Kaesong ordonné par Pyongyang, qui promettait des « actions militaires » non spécifiées, l’agence de presse nord-coréenne KCNA a annoncé, mercredi, que le dirigeant Kim Jong-un avait décidé de suspendre toute opération militaire contre le Sud.

Cette décision a été prise, la veille, au cours d’une réunion préliminaire de la commission militaire centrale du Parti du travail, instance suprême des affaires militaires, au cours de laquelle était examiné l’ordre du jour de la prochaine session. Toute action militaire requiert l’aval de cet organe.
Cette désescalade soudaine décidée par Kim Jong-un fait retomber temporairement la tension dans la péninsule et ouvre la porte à une possible reprise du dialogue intercoréen. Toute action de Pyongyang à la veille du 70e anniversaire du déclenchement de la guerre de Corée, le 25 juin 1950, aurait eu un impact symbolique particulier.
« Prenant en compte la situation présente, la commission militaire centrale suspend les actions militaires contre le Sud », écrit KCNA, en précisant que sera examiné au cours de la prochaine réunion « un renforcement de la force de dissuasion nationale ». L’ambiguïté de la formulation ne permet pas de savoir si les actions contre le Sud ont été simplement retirées de l’ordre du jour, différées ou abandonnées.

Lundi, Pyongyang annonçait encore se préparer à renouer avec une des tactiques favorites de la guerre psychologique à laquelle se livrent les deux Corées depuis des décennies : lancement de trois millions de ballons à travers la zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux Corées et réinstallation des gigantesques haut-parleurs qui bombardent le Sud de décibels de propagande. « L’heure de la punition a sonné », proclamait KCNA. La Corée du Nord menaçait d’occuper des sites de la coopération intercoréenne désormais au point mort, de réinstaller des postes de garde dans la DMZ ou encore d’intensifier des manœuvres militaires.

Stagnation des pourparlers

Depuis début juin, la République populaire démocratique de Corée (RPDC) s’est lancée dans une nouvelle escalade contre le Sud, annonçant qu’elle mettait un terme au dialogue intercoréen amorcé en 2018 lors des rencontres entre le président Moon Jae-in et le dirigeant Kim Jong-un. Le 9 juin, Pyongyang avait rompu les canaux de communication avec le Sud, cessant notamment de répondre à l’appel quotidien passé sur le réseau militaire entre les deux pays. Le Nord avait pris prétexte du lancement de ballons de propagande par des transfuges depuis le Sud, qualifié d’« insulte intolérable ». Au cours de ses entretiens avec Kim Jong-un, le président Moon s’était engagé à les faire cesser. Engagement que ce dernier n’a pas tenu.
La RPDC est surtout mécontente de la stagnation des pourparlers avec les Etats-Unis, estimant que, depuis l’échec en février 2019 du sommet de Hanoï entre Donald Trump et Kim Jong-un, Séoul n’a rien fait pour relancer le dialogue ni amoindrir l’effet des sanctions onusiennes.
Les menaces d’actions contre le Sud de ces deux dernières semaines avaient été faites au nom de Kim Yo-jong, la sœur et plus proche collaboratrice de Kim Jong-un. Le dynamitage du bureau de liaison a été rondement mené. Mais, en retrait, le dirigeant conservait une marge de manœuvre diplomatique dont il use aujourd’hui – quitte à revenir à la stratégie de la tension quand il le jugera nécessaire.