Le sud de la Chine frappé par des crues exceptionnelles

A Rongan, dans le sud de la province chinoise du Guangxi,  de fortes pluies ont provoqué des inondations, le 10 juin. 
Plus de soixante personnes seraient mortes ou portées disparues, et 500 000 ont dû être évacuées. Les
inondations mettent à l’épreuve le gigantesque et controversé barrage des Trois-Gorges.
Alors que les médias chinois se focalisent sur les moyens déployés par la ville de Pékin pour lutter contre une nouvelle vague de Covid-19, la Chine fait face, depuis le début du mois de juin, à une autre catastrophe : les pluies torrentielles qui s’abattent depuis des semaines sur le sud-ouest du pays. Plus de soixante personnes seraient mortes ou portées disparues, environ 500 000 personnes ont dû être évacuées, huit millions seraient affectées et les dégâts pourraient atteindre près de 3 milliards de dollars (2,7 milliards d’euros).
Qu’il pleuve dans le bassin du Yangtsé (le fleuve bleu) à cette époque de l’année n’a rien d’anormal. Mais en 2020, les pluies ont commencé à tomber en mai et les quantités sont exceptionnelles. Les provinces les plus touchées sont le Hunan, le Jiangxi, le Guangxi ainsi que la mégapole de Chongqing. Partout, dans ces provinces, les fleuves et les rivières sont en crue et les autorités annoncent que la rivière des Perles, au sud de la Chine, pourrait dépasser sa cote d’alerte.
Les provinces côtières, en aval, comme le Jiangsu et le Zhejiang pourraient également être touchés. A Qijiang, un district de Chongqing, les autorités ont annoncé lundi 22 juin que le niveau d’eau dépassait de 5 mètres le niveau habituel. Rien que dans ce district, 100 000 personnes ont dû être évacuées, selon les autorités, soit environ 8 % de la population. Un chiffre qui laisse à penser que le nombre total de personnes évacuées dans le sud de la Chine pourrait dépasser les chiffres officiels. Les autorités ne prévoient pas d’amélioration dans les prochains jours.

Des rumeurs circulent sur les réseaux sociaux

La couverture, a minima, de cette catastrophe par les médias chinois le prouve : le sujet est sensible. Selon le site Radio Free Asia, la police de Chongqing a lancé un avertissement, menaçant d’arrêter toute personne postant des informations de façon « irresponsable » sur les inondations. A Chengdu, la police a interdit au géologue Fan Xiao de recevoir une équipe de télévision française. C’est que celui-ci est un des critiques du barrage des Trois-Gorges, cet ouvrage monumental et contesté installé sur le Yangtsé, en aval de Chongqing et mis en service il y a une dizaine d’années. Or les inondations mettent ce barrage à l’épreuve. Samedi 20 juin, la télévision nationale, CCTV, a annoncé que le niveau d’eau avait atteint 147 mètres, 2 mètres de plus que le niveau de la ligne de contrôle. De même le débit d’eau est passé de 20 500 mètres cubes par seconde vendredi à 26 500 mètres cubes par seconde le samedi.
Y-a-t-il pour autant danger ? Alors que des rumeurs ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux, Guo Xun, un chercheur de l’Institut d’administration des tremblements de terre de Pékin a affirmé dans le Global Times que tout risque est écarté. Selon lui, le barrage est conçu pour la « crue du millénaire », un niveau d’eau pouvant s’élever à 175 mètres et un débit de 70 000 mètres cubes par seconde. Néanmoins, l’excès de 2 mètres d’eau contraint les gestionnaires du barrage à accélérer l’évacuation de l’eau pour limiter la hausse, ce qui ne peut qu’accroître les problèmes en aval.