Pakistan: Le Premier ministre qualifie Ben Laden de « martyr »

Le Premier ministre du Pakistan, Imran Khan, le 9 novembre 2019 à Kartarpur. 
Le mot prononcé par Imran Khan a immédiatement déclenché l’indignation des opposants et
des défenseurs des droits de l’Homme
C’est une déclaration qui ne devrait pas lui enlever le sobriquet répandu dans son pays de « Taliban Khan ». Le Premier ministre pakistanais Imran Khan a en effet déclaré jeudi que l’ancien chef d’Al-Qaïda Oussama ben Laden, tué le 2 mai 2011 par les forces spéciales américaines, est mort en « martyr ». Le discours fait devant l’Assemblée nationale, où il a mentionné les relations compliquées entre Islamabad et Washington après le raid américain, a provoqué une vague de réactions hostiles dans le pays.

« Le monde entier nous a insultés »

« Après cela, le monde entier nous a insultés (…). Notre allié tue quelqu’un dans notre pays sans même nous en informer », a expliqué le Premier ministre, qualifiant ces faits d'« humiliation » pour de nombreux Pakistanais. Mais tous les Pakistanais ne semblent pas avoir la même lecture des événements. Opposants et défenseurs des droits de l’Homme ont immédiatement fait part de leur indignation. « Imran Khan a truqué l’histoire », a réagi Khawaja Asif, le ministre des Affaires étrangères du précédent gouvernement, devant le parlement. « Les musulmans du monde entier se battent contre la discrimination qu’ils subissent en raison du terrorisme récent. Et notre Premier ministre aggrave la situation en qualifiant OBL [Oussama ben Laden] de martyr de l’Islam », a tweeté Meena Gabeena, une défenseure des droits de l’Homme.
Afin de faire retomber la pression, le ministre des Technologies, Fawad Chaudhry, a trouvé une voie originale. Selon lui, « la langue [du Premier ministre] avait fourché ».

Les services de renseignements pakistanais savaient-ils ?

Pendant des années, le Pakistan a officiellement nié savoir que le fondateur d’Al-Qaïda se cachait sur son territoire jusqu’à ce qu’il soit abattu lors d’un raid nocturne sur une ville de garnison au Nord d’Islamabad. Cela a suscité des allégations de collusion entre les autorités et Al-Qaïda. En 2019, Imran Khan avait toutefois déclaré lors d’un voyage aux États-Unis que le renseignement militaire pakistanais avait fourni à Washington une piste qui avait permis de débusquer Ben Laden. Asad Durrani, ex-directeur du renseignement militaire, a également déclaré sur Al Jazeera en 2015 que cette agence savait probablement où le cerveau du 11-Septembre se cachait et espérait l’utiliser comme monnaie d’échange avant qu’il ne soit tué.
Par 20 Minutes avec AFP