COVID-19 à Cuba: les secrets de la réussite de la médecine cubaine

À Cuba, une centaine de médecins traitants et de travailleurs de la santé ont été infectés par le
coronavirus dans l’exercice de leurs fonctions, mais aucun d’entre eux n’est mort de cette maladie, y compris ceux qui ont fait partie des dizaines de brigades qui ont sauvé des vies dans différents pays de la planète.
À titre d’exemple, selon les plus récentes informations, aux États-Unis, plus de six cents travailleurs de la santé sont décédés après avoir été infectés par la COVID-19, au Brésil, 250, en Italie, 203, au Mexique, 149, en Espagne, 63.
Même constat pour Cuba en ce qui concerne les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées, les prisonniers. Par contre, aux États-Unis, au moins 627 prisonniers sont décédés de cette maladie depuis le début de la pandémie.
Quel est donc le secret de cette performance exceptionnelle? Ce n’est pas d’hier que Cuba affiche une feuille de route exemplaire en matière de santé publique et les organisations internationales comme l’OMS le reconnaissent année après année.
Depuis ces maintenant quatre mois que dure cette pandémie, j’ai été à même de constater que la population obéit comme une seule personne aux consignes émises par les plus hautes autorités.
Alors qu’au Québec, on se questionne encore et toujours sur l’utilité du masque sanitaire qu’on vient tout juste de rendre obligatoire dans les lieux publics fermés, et qu’on évoque presque la Charte des droits de la personne pour justifier son refus de le porter, à Cuba il est obligatoire depuis les débuts de la pandémie.
Dans tous les ateliers de couture du pays, on s’est mis à fabriquer ce qu’on appelle ici des «nasobucos» et on les a distribués gratuitement à tout le monde. Les fautifs sont passibles d’amendes et risquent même l’emprisonnement. On ne rigole pas avec la santé publique.
Il faut dire que les Cubains sont habitués aux situations catastrophiques, ils vivent sous la menace de cyclones presque six mois par année, et ils ont connu par le passé d’autres épidémies, comme celle de la dengue, ce moustique qui affecte surtout les enfants et dont la piqûre provoque un accès de fièvre.
Donc, les institutions sont bien rodées, les instances de base sont prêtes à réagir le plus rapidement possible dans tous les quartiers et les autorités le sont tout autant.
À travers le pays, tous ceux qui entrent dans les rares commerces ouverts, dans les bureaux et dans les lieux de travail doivent se laver les mains avec une solution liquide à base de chlore et s’essuyer les pieds sur un tapis imbibé de cette même substance.
Tous les déplacements interprovinciaux ont été suspendus, tout comme le transport aérien, maritime et ferroviaire. Tous les bars, discothèques, théâtres, cinémas et gymnases ont été fermés, seuls quelques restaurants sont demeurés ouverts pour les commandes livrées à domicile.
À chaque nouveau cas confirmé — il y en a plus de 2400 à ce jour —, on remonte systématiquement la filière pour trouver l’origine de l’infection.
Ce furent des moments difficiles, mais la population a tenu bon. Et les résultats sont des plus encourageants pour les étapes suivantes. Mais la véritable recette de cette réussite extraordinaire, c’est le système de santé cubain.
En dépit du blocus assassin, l’État a misé sur un personnel soignant bien formé et altruiste et aussi sur une industrie pharmaceutique solide qu’un grand visionnaire s’est entêté à mettre sur pied contre vents et marées.
Fidel Castro y tenait mordicus à cette idée de fabriquer ses propres médicaments, ses propres vaccins, pour ne pas dépendre de l’extérieur au cas où surviendrait une épidémie, et en pleine «periodo especial», il a jeté les bases de cette industrie biotechnologique qui fait aujourd’hui l’orgueil du peuple cubain et constitue même une importante source devises.
En plus de ses médicaments utilisés dans quelque 80 pays dans le traitement de la COVID-19, Cuba vient d’annoncer avoir fabriqué cinq cents ventilateurs pulmonaires maison, un véritable exploit pour un pays «bloqueado».
Oui, ils ont de quoi être fiers, les Cubains.
Par Le Journal de Montréal