La Chine ordonne la fermeture du consulat des Etats-Unis à Chengdu

Devant le consulat des Etats-Unis à Chengdu, en Chine, en 2012. 
Cette annonce intervient trois jours après la décision de Washington de fermer le consulat de Chine à
Houston, au Texas.
La Chine a ordonné, vendredi 24 juillet, la fermeture d’un consulat américain, répliquant aux Etats-Unis trois jours après la décision de Washington de fermer le consulat de Chine à Houston (Texas) sur des accusations d’espionnage.
Les Etats-Unis vont ainsi devoir fermer leur représentation diplomatique dans la grande ville de Chengdu (province du Sichuan, sud-ouest), a annoncé le ministère des affaires étrangères chinois, dernier épisode d’une escalade aux allures de guerre froide entre les deux géants du Pacifique. Cette décision constitue « une réponse légitime et nécessaire aux mesures déraisonnables des Etats-Unis », a souligné dans un communiqué le ministère, sans préciser s’il avait des accusations spécifiques contre la présence américaine à Chengdu.
Le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, avait déclaré jeudi que le consulat de Chine à Houston était une plaque tournante de « l’espionnage chinois » et du « vol de la propriété intellectuelle » américaine. La diplomatie chinoise n’a pas spécifié non plus dans quel délai le consulat devrait fermer ses portes. Dans le cas de Houston, l’administration Trump n’avait donné que soixante-douze heures aux diplomates chinois pour plier bagage.
« La situation actuelle des relations sino-américaines ne correspond pas aux souhaits de la Chine, et les Etats-Unis en sont entièrement responsables », a dénoncé Pékin, appelant Washington à « créer les conditions nécessaires pour que les relations bilatérales retournent à la normale ». Pékin avait annoncé des représailles contre la fermeture de son consulat dans la grande ville du Texas (sud).

« Nouvelle tyrannie »

La tension entre les deux pays, déjà alimentée par les différends commerciaux et les accusations mutuelles sur l’origine du Covid-19, est montée d’un cran ces dernières semaines avec l’imposition, par Pékin, d’une loi sur la sécurité nationale à Hongkong. Washington a dénoncé une loi qui détruit l’autonomie de l’ancienne colonie britannique et a pris des mesures de représailles économiques contre cette région chinoise. Pékin a dénoncé une ingérence dans ses affaires intérieures.

Les deux pays ont pris en outre des sanctions réciproques au sujet du Xinjiang, les Etats-Unis accusant Pékin de se livrer à des violations des droits humains à l’encontre de l’ethnie musulmane ouïgoure dans cette vaste région du nord-ouest de la Chine.
Accentuant la pression, Mike Pompeo a appelé jeudi « le monde libre » à « triompher » de la « nouvelle tyrannie » incarnée selon lui par la Chine. « La Chine d’aujourd’hui est de plus en plus autoritaire à l’intérieur du pays, et plus agressive dans son hostilité face à la liberté partout ailleurs », a-t-il déclaré lors d’un discours dont la tonalité rappelait plus que jamais la guerre froide avec l’Union soviétique.
Dans une attaque d’une rare virulence, il a aussi accusé le président chinois, Xi Jinping, d’être un « adepte sincère d’une idéologie totalitaire en faillite », en faisant référence uniquement à ses fonctions de « secrétaire général » du Parti communiste chinois (PCC).
Signe de la méfiance ambiante, la police américaine soupçonne en outre une chercheuse chinoise, accusée d’avoir dissimulé ses liens avec son armée pour obtenir un visa américain, de s’être réfugiée au consulat chinois de San Francisco afin d’échapper à son arrestation.

Réponse « graduée » de la Chine

La réaction chinoise semble pour l’heure relativement mesurée. Sur les réseaux sociaux, des nationalistes chinois avaient appelé le régime communiste à fermer le consulat des Etats-Unis à Hongkong, considérablement plus gros et stratégique que celui de Chengdu.
« Il semblerait que la Chine ait choisi une réponse graduée plutôt qu’une réaction (…) qui appellerait une riposte américaine », observe le sinologue Victor Shih, de l’université de Californie à San Diego. Le président américain, Donald Trump, a jugé « possible » que d’autres représentations chinoises soient fermées.
Outre leur ambassade à Pékin, les Etats-Unis comptent cinq consulats en Chine continentale (Canton, Shanghaï, Shenyang, Chengdu, Wuhan) ainsi qu’un à Hongkong. La mission de Chengdu, inaugurée en 1985, couvre tout le sud-ouest de la Chine, notamment la région autonome du Tibet. Selon son site Internet, elle compte 200 employés, dont 150 de statut local.
En 2013, la Chine avait demandé des explications aux Etats-Unis après la publication dans la presse d’une carte, divulguée par le lanceur d’alerte Edward Snowden, montrant des sites d’espionnage américain dans le monde. Le consulat de Chengdu y figurait.
Le site avait été rendu célèbre l’année précédente quand un ancien bras droit de Bo Xilai, alors étoile montante du PCC, y avait fait défection et demandé l’asile politique. L’affaire, retentissante, avait précipité la chute de M. Bo, alors considéré comme un rival potentiel de M. Xi pour diriger la Chine. Il purge désormais une peine de prison à vie.
Par Le Monde avec AFP