Arrestation d’un militant pro-démocratie en Thaïlande, sur fond de multiplication des manifestations d’étudiants

Parit Chiwarak, lors de son arrestation, à Bangkok, le 14 août 2020. 
Les manifestations, qui rassemblent un nombre croissant de jeunes, réclament la dissolution du
Parlement, la réécriture de la Constitution et des réformes au sein de la monarchie.
C’est une nouvelle arrestation qui témoigne d’un durcissement des autorités thaïlandaises face à la multiplication des manifestations pour l’ouverture d’une nouvelle ère politique. Parit « Penguin » Chiwarak, l’une des figures du mouvement pro-démocratie en Thaïlande qui manifeste depuis plusieurs semaines pour réclamer des réformes, a été arrêté vendredi 14 août, a annoncé la police thaïlandaise.
Ces manifestations, qui rassemblent beaucoup de jeunes, réclament la dissolution du Parlement, la réécriture de la Constitution et plus récemment des réformes au sein de la monarchie, un sujet extrêmement sensible dans la société.
Sur la vidéo de l’arrestation de « Penguin », dirigeant de l’Union des étudiants de Thaïlande, diffusée en direct sur Facebook, on voit un policier lui lire des chefs d’accusation avant de l’embarquer dans une voiture.
« Je peux confirmer que Parit Chawarak a été arrêté », a déclaré à l’AFP Somprasong Yentaum, chef adjoint de la police de Bangkok, précisant qu’il est visé par des charges liées à une manifestation le 18 juillet.
Il s’agit de la troisième arrestation d’activiste en une semaine, après celles d’un avocat et d’un autre dirigeant étudiant le 7 août, tous deux relâchés sous caution vingt-quatre heures plus tard. Ils sont poursuivis pour une dizaine de motifs, parmi lesquels la sédition et la violation de la loi d’urgence sanitaire.

Dix revendications structurées pour réformer la monarchie

Les manifestants thaïs, prenant pour modèle les jeunes Hongkongais, n’ont pas de réel dirigeant et s’appuient essentiellement sur les réseaux sociaux pour relayer leurs appels à manifester. Vendredi encore, des étudiants de l’une des plus prestigieuses universités du pays, l’université Chulalongkorn, à Bangkok, ont défié les interdictions de rassemblements imposées par les recteurs pour organiser un rassemblement.
Leur principale cible a longtemps été le Premier ministre, Prayut Chan-o-cha, ancien chef de l’armée auteur d’un coup d’Etat en 2014 et qui s’est maintenu au pouvoir à la suite d’élections contestées en 2019. Les manifestants réclament sa démission, la dissolution du Parlement et la réécriture de la Constitution de 2017 qui donne un pouvoir très large aux deux cent cinquante sénateurs, tous choisis par l’armée.
Mais lundi dernier, devant quelque quatre mille manifestants réunis sur un campus de Bangkok, les organisateurs ont pour la première fois listé dix revendications pour réformer la monarchie, un acte audacieux qui a saisi le pays. Depuis cette manifestation à l’université Thammasat de Bangkok, plus de cent quarante professeurs dans tout le pays ont signé une pétition en soutien aux organisateurs.
A l’issue d’une réunion du cabinet jeudi, le premier ministre a appelé ses compatriotes à « dire non à la politique de la haine ». « Le gouvernement espère qu’ils [les manifestants] ne cherchent pas une occasion de créer le chaos, a-t-il dit. C’est une affaire très risquée et c’est inacceptable pour la majorité des Thaïlandais. »
Au cœur des demandes concernant la monarchie se trouve l’article 112 qui punit jusqu’à quinze ans de prison quiconque « diffame, insulte ou menace » le roi et sa famille. Depuis son accession au trône en 2016, le monarque Maha Vajiralongkorn, appelé Rama X et crédité d’une fortune estimée à 60 milliards de dollars, a pris le contrôle direct des actifs royaux et placé des unités de l’armée directement sous son commandement.
Par Le Monde avec AFP