Coronavirus : ce que l'on sait sur Spoutnik V, le vaccin russe

 
La Russie voulait être le premier pays à développer un vaccin contre le coronavirus et, si l'on en croit
les déclarations de Vladimir Poutine, c'est chose faite. Lors d'une vidéo-conférence, mardi 11 août, le chef d'Etat a affirmé que la formule russe, baptisée Spoutnik V (V pour vaccin), assure «une immunité durable».

Un nom loin d'être anodin

En appelant son vaccin Spoutnik V, la Russie affirme son ambition et illustre le succès historique qu'elle voit dans le développement du procédé. Ce nom renvoie en effet à la victoire politico-scientifique qu'était la mise en orbite du satellite Spoutnik 1, la première du genre, par l'URSS en pleine Guerre Froide.
Le Kremlin espère d'ailleurs se servir de ce vaccin pour bousculer ses relations avec les autres puissances mondiales, n'hésitant pas à leur mettre la pression. «L’approche politisée du vaccin russe par un certain nombre de pays occidentaux met en danger la vie de leurs citoyens, a ainsi fait savoir Kirill Dmitriev, président du fonds souverain russe. Il serait préférable de s'engager dans un dialogue constructif avec nous.»

Une mise en circulation en 2021

La semaine dernière, la Russie avait déjà promis «des centaines de milliers de doses» par mois avant fin 2020 et «plusieurs millions» dès l'année prochaine. Un objectif qui semble maintenu puisque, selon le registre national des médicaments du ministère de la Santé, consulté par les agences de presse russes, ce vaccin doit être mis en circulation le 1er janvier 2021.

L'élite russe déjà vaccinée

Ce produit a été développé par le Centre de recherches en épidémiologie et microbiologie Nikolaï Gamaleïa, en collaboration avec le ministère de la Défense. Le président russe a indiqué que sa propre fille se l'est fait inoculer. Elle aurait, selon lui, «participé à l'expérience».
Ce dernier point rappelle l'enquête menée par Bloomberg au mois de juillet. D'après les auteurs, certains membres de l'élite russe ont eu accès au vaccin expérimental conçu par l'Institut Galameïa dès le mois d'avril. Il aurait été proposé à des dirigeants de grandes entreprises, des hommes d'affaires mais aussi à des figures politiques, ainsi que leurs familles. Certains scientifiques du laboratoire moscovite avaient indiqué s'être vaccinés eux-mêmes.
Selon Bloomberg, la procédure n'avait rien d'illégal mais aurait été tenue secrète pour éviter un trop grand nombre de volontaires. Ces participants n'auraient pas été inclus dans les études officielles.

Un vaccin à vecteur viral

Spoutnik V est un vaccin à vecteur viral, ce qui signifie qu'il utilise comme support un autre virus, transformé et adapté pour combattre le Covid-19. En l'occurrence, il utilise l'adénovirus, soit un virus du rhume commun, couplé à la protéine Spike qui permet au SARS-CoV-2 de pénétrer dans nos cellules. Le ministre de la Santé russe, Mikhaïl Mourachko, a affirmé qu'une double inoculation «permettait de former une immunité longue», estimant qu'elle pouvait durer «deux ans».

Une efficacité non prouvée

Face à la rapidité de la conception de cette formule, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) plaide pour le respect des protocoles et réglementations encadrant le développement d'un vaccin viable. «Nous sommes en étroit contact avec les Russes et les discussions se poursuivent. La pré qualification de tout vaccin passe par des procédés rigoureux», a insisté son porte-parole, Tarik Jasarevic.
Si Mikhaïl Mourachko a assuré que «des essais cliniques sur plusieurs milliers de personnes allaient continuer», la Russie n'a jusqu'ici publié aucune étude détaillée des résultats de ses essais permettant d'établir l'efficacité du produit qu'elle dit avoir développé.

Pourtant, vingt pays ont pré-commandé un milliard de doses, selon Moscou, et la vice-Premier ministre en charge des questions de Santé, Tatiana Golikova, espère que la production commencera dès septembre «ou même fin août-début septembre». Les vaccinations pourraient donc démarrer dans les prochaines semaines et la première population cible a déjà été annoncée : les soignants.
Par CNEWS avec AFP