Coronavirus: l’état du monde face à la pandémie du 17 au 23 août

  Des Madrilènes en confinement pendant l’épidémie de coronavirus qui touche l’Espagne, le 27 mars 2020. Plusieurs zones de la capitale devraient de nouveau connaître un confinement, avec la résurgence du virus. 
© REUTERS/Sergio Perez Des Madrilènes en confinement pendant l’épidémie de coronavirus qui
touche l’Espagne, le 27 mars 2020. Plusieurs zones de la capitale devraient de nouveau connaître un confinement, avec la résurgence du virus.
Finis les bisous sous le masque, allongés dans le sable, le lavage au gel hydroalcoolique après la baignade, et le barbecue avec distanciation sociale. C’est bientôt la rentrée, sans que l’on sache encore très bien si celle-ci rimera ou non avec confinée. Mais si le rythme se stabilise dans le monde, le nombre de cas positifs continue d’augmenter pour dépasser aujourd’hui les 23 millions de cas positifs. Quant au nombre de décès, il a franchi la barre des 800 000 ce samedi, pour atteindre 805 000 morts ce dimanche, soit 39 000 de plus que la semaine précédente. Plus de 100 000 personnes sont décédées en moins de 17 jours selon les décomptes.
L’économie continue de souffrir, malgré les efforts des Etats pour limiter la casse. Même l’Allemagne, chantre de l’orthodoxie budgétaire, a annoncé qu’elle aurait recours à l’emprunt dès l’année prochaine. Quitte à s’affranchir de la règle inscrite dans la Constitution depuis 2011, et qui interdit au pays d’emprunter au-delà de 0,35% de son PIB. Au Japon, l’économie continue de plonger en raison de l’épidémie. Une crise qui a réduit à néant les efforts de croissance du pays, mais qui révèle aussi des problèmes structurels. En Espagne, des régions touristiques comme la Costa Daurada ont vu leur fréquentation s’effondrer. La rentrée sociale s’y annonce difficile.
En France, l’annonce du plan de relance de 100 milliards a été repoussée par le gouvernement, qui dit se concentrer sur la question sanitaire (l’hexagone a enregistré plus de 4 500 nouveaux cas en 24 heures, le ministre de la Santé a mis en garde contre une « situation à risques »), et sur la reprise du travail, qui se fera sous haute protection. Dans les entreprises d’abord, où le port du masque sera « systématisé », y compris dans les open space, et à la charge de l’employeur. Mais aussi dans les établissements scolaires, où le port du masque sera obligatoire dans les collèges et lycées (à l’inverse de la Suède, dont la rentrée scolaire se fera sans masque, le pays restant le dernier Etat européen à ne pas même à en recommander le port).
La rentrée universitaire s’annonce également particulièrement difficile pour les étudiants français, dont les coûts augmentent considérablement, avec de nouvelles dépenses liées à la crise sanitaire. Pas de quoi sabrer le champagne, donc, et ça se voit, les ventes du fleuron du vignoble français sont en chute libre.
Les fêtards du monde entier font également les frais des mesures de restrictions. Ainsi en Italie, les discothèques, en lieu clos ou en plein air, vont elles à nouveau être fermées, et le port de masque devenir obligatoire le soir, dans les lieux publics ouverts. Bangalore, comme dans le reste de l’Inde, a vu sa vie nocturne ravagée par les restrictions sanitaires. Et si en Allemagne, on tente des expérimentations scientifiques pour définir dans quelles conditions les rassemblements de masse, comme les concerts, pourraient reprendre au temps du Covid, en France, beaucoup s’affranchissent encore des règles et décident d’organiser des fêtes clandestine. Au Pérou, une bousculade dans une discothèque de la capitale Lima, a provoqué samedi soir la mort de plus de dix personnes qui tentaient de fuir la police, arrivée pour faire respecter le couvre-feu imposé en raison de l'épidémie.
Les pays où il y a de bonnes nouvelles
Cela ne surprendra personne, dans ce climat morose, les bonnes nouvelles sont rares. Et pourtant, certaines initiatives ou découvertes redonnent le sourire, ou redonnent de l’espoir à ceux qui avaient encore plus perdu que les autres avec la crise.
Au Canada, écoutez donc cette histoire de Mayte Cabrera, une assistante dentaire, qui s’était donnée pour but venir en aide aux plus vulnérables durant la pandémie. Elle souhaitait soutenir au moins cinq familles dans le besoin, et au final, en trouvant plus de 10 000 dollars en argent et en denrées, elle en a soutenu cent fois plus.
En France, une société normande, associée à l’APF France handicap, a développé des masques spécifiques pour les sourds et malentendants, avec une visière transparente, qui permet à l’interlocuteur de lire sur les lèvres. Chaque jour environ 300 masques sortent de cet atelier de fabrication depuis début juillet.
A Madagascar, où l’on compte 14 000 cas d’infection et 177 décès, ce sont des membres de la diaspora qui sont à l’origine d’une initiative originale et généreuse : la mise en place de taxis gratuits pour les personnes atteintes du Covid-19 et qui ne peuvent se déplacer la nuit. Sur la Grande Île en effet, il est difficile de trouver un moyen de transport à la tombée de la nuit, d’où l’idée de créer SOS Taxis. 
L'Algérie a décidé de rouvrir partiellement à partir de dimanche ses universités, fermées depuis cinq mois à cause de la crise sanitaire, afin de superviser la préparation des mémoires et de reprendre les soutenances de thèses de doctorat.
En Afrique, continent officiellement le moins touché par le coronavirus, le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) de l'Union africaine a indiqué que le nombre moyen de personnes quotidiennement testées positives au Covid-19 avait diminué cette semaine, passant de 11 000 cas à 10 300 cas par jour. Mais beaucoup demeurent prudents face à ces chiffres. C’est surtout l’Afrique du Sud, pays le plus endeuillé du continent, qui a vu ce chiffre diminuer énormément, qui peut expliquer cette amélioration sur le continent. Le directeur du CDC a ajouté que le nombre de tests, même s’il avait augmenté, était toujours trop faible pour avoir une idée plus exacte de la progression de la pandémie en Afrique.
Autre pays-continent au regard de sa population, la Chine, région d’origine de l’épidémie, continue d’assouplir ses mesures de restrictions. Les vols avec l’étranger ont rouvert, mais sous conditions, et les supporters chinois sont ré-autorisés à se rendre dans les stades. Jusqu'à 2 000 personnes ont été autorisées à assister à Suzhou au match entre Shanghai SIPG et Beijing Guon, deux prétendants au titre. La Chine compte officiellement près de 85 000 cas, qui ont fait 4 634 morts. Seuls 12 nouveaux cas ont été déclarés dans la nuit de samedi à dimanche.
Les pays où l’épidémie reprend
Mais globalement, l’heure n’est pas à la réjouissance. Dans de nombreux Etats, des mesures ont été prises pour faire face à une résurgence du virus.
C’est particulièrement le cas en Europe, où les signes d’une seconde vague se font de plus en plus sentir. En Espagne, ce samedi, 8 000 nouveaux cas positifs avaient été enregistrés en 24 heures, signe, ce qui portait à 380 000 le nombre total depuis le début de la crise. 25 décès ont par ailleurs été constatés en trois jours. Une recrudescence particulièrement visible à Madrid, ou 26 foyers se sont déclarés, et le confinement a été recommandé dans les zones les plus affectées de la capitale. Le gouvernement n’exclue pas de prendre la main sur les gouverneurs de provinces, si situation se dégrade encore. Mais certaines mesures déjà adoptées, comme l’interdiction de fumer en extérieur font polémique.
En Italie, c’est la gueule de bois après des vacances festives. Le pays, qui avait résisté à une reprise jusque-là, a dépassé la barre des 1 000 nouveaux cas de contagion en 24 heures a été dépassée ce samedi. Les nouveaux cas étant surtout des jeunes asymptomatiques de retour de vacances en Sardaigne, en Espagne, en Crète ou en Croatie. En Allemagne, le nombre des nouveaux cas de contamination a lui dépassé le cap des 2 000 en 24 heures, un niveau qui n'avait plus été atteint depuis fin avril. Au Royaume-Uni, qui enregistre plus de 1 000 nouveaux cas par jour, de nouvelles restrictions ont été prises, avec un confinement dans plusieurs zones du nord-ouest, et un placement sous surveillance de Birmingham. Mais le gouvernement a dû faire face à une autre poussée de fièvre, lycéenne celle-là, qui protestait contre l’instauration de notes à l’équivalent du baccalauréat grâce à un algorithme. Face à la contestation, le gouvernement a fait marche arrière, et prendra en compte les estimations des enseignants.
Ailleurs dans le monde, la situation est identique pour de nombreux pays. Ainsi au Maroc, la situation épidémiologique s’est aggravée, avec plus de 1 000 cas par jour recensés. Des mesures restrictives ont été prises dans les grandes villes, comme Rabat, Casablanca et Marrakech, avec un plus grand contrôle des déplacements, la fermeture des plages et des restrictions d’horaires pour les cafés, restaurants et commerces. Le roi Mohamed VI, dans un discours, n’a pas exclu un retour au confinement total, si l’épidémie ne faiblissait pas.
En Corée du Sud, les mesures de restriction qui avaient déjà été prises à Séoul pour répondre à la nouvelle augmentation du nombre de cas, ont été étendues à tout le pays. Quant au Liban, à peine remis du drame de Beyrouth, il a également vu une recrudescence du nombre de cas, et a décidé un reconfinement jusqu’au 7 septembre. La barre symbolique des 10 000 cas a été dépassée. Déjà saturés, les hôpitaux doivent faire face à un afflux de malades.
En Syrie les médecins ont constaté une explosion du nombre de cas et de décès dans les zones sous contrôle du régime, en particulier à Damas. Une situation qui s’ajoute à la malnutrition, dans un pays déjà très éprouvé.
Enfin, la Nouvelle Zélande, dont beaucoup avaient reconnu qu’elle avait gérer la crise avec succès, voit également la pandémie progresser à nouveau. Après 102 jours sans contaminations locales, le nombre de cas positifs est reparti à la hausse (même s’il reste relativement très faible), obligeant Auckland à se reconfiner. Les élections législatives ont, elles, été reportées.
Les pays où l’épidémie progresse inexorablement
Les Etats-Unis, le Brésil, le Mexique et l’Inde, demeurent les Etats les plus touchés par le virus.
Dans le pays de Donald Trump, le nombre de morts dépasse les 176 000, pour un nombre de cas positifs approchant les 5,7 millions. Samedi, le pays a connu 1 087 décès supplémentaires. Les Démocrates, qui viennent de terminer leur Convention pour investir Joe Biden, font feu de tout bois contre le président, accusé d’incompétence dans la lutte contre le coronavirus. Dernier épisode en date : un tweet (encore un) de Donald Trump, qui accuse l’autorité de régulation des médicaments, la FDA, ou bien encore  « l'Etat profond » de ralentir volontairement la production d’un vaccin pour lui nuire politiquement. Une théorie complotiste dont se sont inquiétés les ténors du camp démocrate, dont Nancy Pelosi, qui avoue avoir un peu peur de l’empressement de Trump à obtenir un vaccin.
D’une manière générale, la zone Amérique latine et Caraïbes est la plus touchée par le coronavirus, avec plus de 255 000 morts.
Le Brésil est toujours à la deuxième place des pays les plus endeuillés, avec plus de 114 décès, et un nombre de cas positifs de plus de 3,5 millions. Mais son président Jair  Bolsonaro semble toujours réfractaire à l’idée de mesures plus restrictives. Pour les expatriés, le Brésil n’a cependant pas d’autre choix que d’être souple.
Le 4 juin, le sous-secrétaire mexicain à la Santé, Hugo Lopez-Gatell, avait affirmé qu' « un scénario très catastrophique pourrait atteindre les 60 000 » décès. C’est chose faite depuis ce samedi, où cette barre fatidique a été franchie. Le Mexique risque de voir ce chiffre malheureusement encore monter. 644 morts ont en effet été recensés en 24h, et les experts estiment en outre que ces chiffres sont largement sous-évalués.
En Argentine, la province septentrionale de Jujuy, l'une des plus pauvres, connaît une augmentation exponentielle du nombre des cas et les médecins se préparent à un risque d'effondrement du système de santé. 30% des membres du personnel soignant ont été contaminés.
Mais c’est surtout le rythme de contaminations en Inde qui inquiète le plus. Ce dimanche, le cap des 3 millions de cas a été franchi, pour plus de 56 000 morts officiels, dont plus de 900 en moins de 24 heures. Là encore, nombreux sont ceux qui mettent ces chiffres en doute, les autorités ne testant que les personnes présentant des symptômes. Des mesures sévères ont néanmoins été prises pour réduire les risques de contamination pendant la fête religieuse de Ganesh, une des plus importantes dans ce pays. Mais les examens de septembre pour les écoles d’ingénieur auront bien lieu, malgré une grogne qui montait depuis plusieurs semaines.
D’autres pays, qui n’avaient pas été mentionnés jusqu’alors, voient leur nombre de cas décoller, comme l’Irak, qui enregistre désormais 4 000 nouveaux cas par jour, pour un total de 200 000 contaminations, alors que le système de santé du pays ne permet clairement pas de supporter un nombre de patients aussi élevés.
Les infos santé
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) espère que la crise du coronavirus pourra être vaincue en moins de deux ans, a déclaré vendredi 21 août son directeur, Tedros Adhanom Ghebreyesus. « Dans la situation actuelle, (...) le virus a plus de chances de se propager », a admis le chef de l'OMS. « Mais nous avons l'avantage de disposer de meilleures technologies (...) Surtout si nous pouvons unir nos efforts (...) et en utilisant au maximum les outils disponibles et en espérant que nous pourrons avoir des outils supplémentaires comme les vaccins, je pense que nous pouvons y mettre un terme dans un délai plus court que (pour) la grippe (espagnole) de 1918 », qui avait décimé 50 millions de personnes jusqu'en 1920, a-t-il ajouté. Espérons qu'il n'ait pas tort…
Depuis juillet, la Chine teste des vaccins expérimentaux auprès de groupes de personnes très exposés au virus, a déclaré Zheng Zhongwei, un responsable de la Commission nationale de la santé aux médias d’Etat. L'objectif est de renforcer l'immunité des groupes de personnes testées, où figurent des travailleurs médicaux, des personnes employées sur des marchés alimentaires, dans les secteurs des transports et des services. L’objectif est également d’éviter une seconde vague à l’automne ou pendant l’hiver.
Déconvenue pour le Remdesivir : selon une étude publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), le traitement, qui bénéficie actuellement d’une autorisation d’urgence pour le traitement des patients atteints du Covid-19, accordée par la Food and Drug Administration (FDA), aux Etats-Unis et autorisé début juillet par la Commission européenne, ne tiendrait pas toutes ses promesses. L’analyse montre que des patients atteints du Covid-19 à un stade modéré ont vu leur état s'améliorer au terme de cinq jours de traitement au Remdesivir, mais le médicament n'a pas réduit de manière significative la durée des séjours à l'hôpital.
Les infos insolites
Des pumas à Santiago. Pour la sixième fois depuis le début de la crise, un puma a été aperçu et capturé, ce mercredi 19 août, dans les rues de Santiago. Profitant d’une moindre activité humaine, les félins s’approchent des habitations à la recherche de nourriture. Après une petite promenade dans les rues de la capitale, le fauve s’était réfugié dans une maison. Les autorités et des membres du service national animalier l’ont capturé à l’aide de flèches tranquillisantes. Après avoir subi un examen vétérinaire, le gros matou sera relâché dans son habitat naturel.
Sale temps pour les producteurs de rats et de cobras en Chine. Une des réactions officielles au Covid aura été d’interdire la consommation d’animaux exotiques, ce qui a mis sur la paille de nombreux éleveurs de rats, civettes, et autres cobras destinés à l’alimentation. Une décision qui pourrait coûter leur emploi à près de 250 000 Chinois qui en vivent directement. Si la chauve-souris a probablement été le premier vecteur du virus, d’autres ont pu prendre le relais par la suite. Le marché de gros de Wuhan (centre), où était vendue de la faune vivante, est considéré comme l'épicentre possible de l'épidémie apparue à la fin de l'an dernier.
Par RFI