Ibrahim Boubacar Keïta, le président malien qui « jouissait du pouvoir sans l’exercer »

Ibrahim Boubacar Keïta, dit « IBK », lors du G5 Sahel, à Nouakchott, en Mauritanie, le 30 juin. 
Rares sont les voix qui expriment de la compassion pour le président déchu « IBK » qui s’était fait
élire en 2013 sur la promesse, jamais tenue, de redresser le Mali.
A quoi pouvait penser Ibrahim Boubacar Keïta, dit « IBK », dans le convoi qui allait faire de lui un prisonnier, un président déchu ? Imaginer un dernier coup politique pour sauver son pouvoir, en expliquant aux « jeunes gens » que leur aventure putschiste serait vouée à l’échec ? Essayer à tout prix de préserver l’intégrité de sa femme et de leur fils Karim, devenus au fil de sa présidence les incarnations de la corruption, dénoncée tant par la rue de Bamako que par les partenaires internationaux ? Faire en sorte, comme il l’a indiqué dans sa déclaration de démission diffusée nuitamment par la télévision nationale le mardi 18 août, qu’« aucun sang ne soit versé pour [s]on maintien aux affaires » ?
Comme une boucle qui se ferme, « IBK » a été renversé par une armée qui, huit ans plus tôt, en 2012, avait largement contribué à son accession aux commandes en poussant à la fuite son prédécesseur, Amadou Toumani Touré. Depuis, la déliquescence de l’Etat malien n’a fait que se renforcer.


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Comme un mauvais présage, ces derniers mois, la fragilité de son pouvoir semblait avoir marqué ses traits. Son visage, barré d’un masque lors de sa dernière allocution de chef d’Etat, s’était émacié. « Il a été clairement contraint au départ mais je pense que c’est un soulagement pour lui », veut croire l’un de ses proches.


Un manifestant appelle au départ du président malien, à l’extérieur de la ville de Bamako, le 18 août.

« Pas fait pour le job »

La démission forcée d’« IBK » amène de nouvelles incertitudes pour ce pays. Mais tant au niveau local qu’international, rares sont les voix qui viennent aujourd’hui exprimer la moindre compassion pour celui qui s’était fait élire en 2013 sur la promesse, jamais tenue, de redresser l’Etat malien. Après sept années d’« IBK » au pouvoir, l’Etat demeure un bateau ivre, incapable de se réimplanter dans le nord du pays, et ayant abandonné le centre aux groupes djihadistes et aux milices communautaires.
« Paresseux », « velléitaire », « indécis », « faible », sont les qualificatifs qui reviennent dans la bouche des ministres, fonctionnaires et diplomates qui ont travaillé avec Ibrahim Boubacar Keïta. « Il n’était pas fait pour le job. Il est en fait persuadé que le peuple le considère comme un monarque et son dernier discours, où il a encore parlé de l’affection et de la chaleur du peuple malien, montre à quel point il est déconnecté des réalités », glisse, cinglant, son ancien ministre de la justice, Mamadou Ismaila Konaté, aujourd’hui proche de l’opposition.