Le Japon voudrait marier Honda et Nissan

Un showroom Honda à Tokyo, le 12 mai 2020. 
L’hypothèse est évoquée depuis plusieurs mois, mais le troisième constructeur automobile du pays, et
le seul à ne pas être engagé dans des regroupements avec d’autres, rejette le projet, a révélé le « Financial Times ».
Après Toyota, un nouveau champion automobile japonais pourrait-il voir le jour ? Le gouvernement japonais verrait d’un bon oeil un rapprochement entre Honda et Nissan. Révélée le 17 août par le Financial Times, ce mariage aurait été proposé fin 2019 aux deux constructeurs. L’idée découlerait des « instincts protectionnistes » de conseillers du premier ministre, Shinzo Abe.

L’administration s’inquiétait notamment de l’avenir de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, mais également du futur de la filière automobile nippone dans un contexte de concurrence accrue pour la transition vers les véhicules électriques autonomes.

Numéro un mondial des motos

Honda est le troisième constructeur automobile du pays, avec des ventes annuelles de 4,8 millions de véhicules, mais reste très petit au niveau mondial. Surtout, il est le seul à ne pas être engagé dans des regroupements avec d’autres constructeurs. Au Japon, quatre de ses concurrents (Mazda, Subaru, Suzuki et Daihatsu) sont entrés dans l’orbite de Toyota.
Selon le Financial Times, Honda a rejeté cette idée, la structure capitalistique complexe entre Nissan et Renault étant le principal frein. Nissan, dont le directeur général Ashwani Gupta a passé dix ans chez Honda, s’y est également opposé. Le constructeur se concentre sur le redressement de l’alliance. Selon le quotidien des affaires, les deux groupes restent trop dissemblables : Honda fabrique également des motos et des avions.
L’hypothèse Nissan-Honda est évoquée depuis l’arrestation, en novembre 2018, de l’ancien dirigeant de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, Carlos Ghosn. En août 2019, l’hebdomadaire Bungei Shunju en parlait en raison des faiblesses de Nissan sur le marché nippon et des difficultés de Honda, confronté à des coûts trop élevés.

Relation « fracturée »

En janvier, Mio Kato, analyste chez LightStream Research, estimait que la relation « fracturée » entre Nissan et Renault pourrait encourager le groupe nippon à rechercher un nouveau partenaire lui permettant de rivaliser avec Toyota. « Une fusion entre Honda et Nissan semble impensable, mais avec la compétitivité croissante de Toyota, nous pensons que si Nissan souhaitait un partenaire pour remplacer Renault, Honda ne serait peut-être pas entièrement contre l’idée. »
Honda approfondit depuis 2017 son partenariat avec Hitachi pour se renforcer dans les nouvelles technologies
La crise provoquée par la pandémie de Covid-19 a relancé l’idée. Selon un connaisseur du dossier, le gouvernement nippon jugerait cette option aussi intéressante pour les fournisseurs des deux groupes, eux-mêmes en difficulté. En octobre 2019, Honda a annoncé la fusion de ses trois principales filiales, Keihin, Showa et Nissin Kogyo, avec Hitachi Automotive Systems, spécialiste de l’électronique embarquée et filiale à 100 % du géant industriel Hitachi. Elle doit permettre de réduire les coûts et améliorer les résultats.
Par ailleurs, selon une source du secteur, il n’est pas exclu que la banque Mitsubishi UFG participe à ces discussions. L’établissement est le premier partenaire bancaire de Honda mais coopère également avec Nissan et Mitsubishi.
Par Le Monde