Napster vendu pour une bouchée de pain à une start-up britannique

Un an après avoir été lancée en juin 1999, la plate-forme de partage Napster permettait à des dizaines de millions d'internautes de télécharger 14.000 morceaux chaque minute… en toute illégalité.
Le fossoyeur du format CD, dont le logiciel de partage de chansons a dynamité le monde de la
musique au début des années 2000, vient d'être cédé pour 70 millions de dollars à MelodyVR, spécialisé dans la retransmission de concerts en réalité virtuelle.
Son logiciel a fait trembler les majors de la musique à l'époque où les ventes de CD leur apportaient encore de plantureux revenus. L'ex-étoile montante du Net Napster a été vendue mardi pour seulement 70 millions de dollars à MelodyVR, une start-up britannique créée il y a à peine deux ans et spécialisée dans la retransmission payante de concerts en streaming et en réalité virtuelle.
La société cofondée en juin 1999 par Sean Parker, alors âgé de dix-neuf ans, avant qu'il n'investisse ensuite dans Facebook, et par son ami Shawn Fanning, un adolescent de dix-huit ans de l'université Northeastern à Boston, avait dynamité le monde musical en inventant un programme permettant aux internautes d'échanger gratuitement de la musique depuis n'importe quel disque dur dans le monde.
De quoi lui apporter un succès fulgurant : un an après son lancement, 14.000 morceaux sont téléchargés chaque minute sur la plateforme de partage par des dizaines de millions d'internautes… en toute illégalité. Les maisons de disques obtiendront dès 2001 la fermeture du service, attaqué avec succès en justice par le groupe Metallica pour violation du droit d'auteur. Il sera ensuite relancé sous la forme d'une plateforme légale de téléchargement, puis de streaming musical.

Trois millions d'utilisateurs

Pionnier du téléchargement, fossoyeur du format CD, mais surtout véritable rampe de lancement pour la musique numérique , Napster compte aujourd'hui 3 millions d'utilisateurs et un catalogue de 90 millions de chansons, mais n'a jamais pu rivaliser face aux nouveaux géants du streaming. MelodyVR, qui le rachète à l'américain RealNetworks, compte l'adosser à son activité de concerts et d'événements virtuels pour créer « un service musical de nouvelle génération ».
L'opération a tout d'un « reverse takeover », tant l'acheteur reste de taille encore modeste par rapport à la cible. MelodyVR, qui a déjà diffusé les concerts d'une centaine d'artistes dont Emeli Sandé, les Chainsmokers ou encore Cypress Hill, et bénéficié ces derniers mois de l'annulation de concerts live à cause de l'épidémie de coronavirus, a engrangé moins de 200.000 livres de revenus et essuyé une perte de 16,1 millions avant impôt en 2019. « Cet achat met le groupe sur une voie qui devrait lui permettre de devenir rentable assez rapidement », a confié au « Financial Times » le directeur général de MelodyVR, Anthony Matchett.
L'opération, qui a nécessité la levée de 15 millions de dollars en actions nouvelles mardi, laissera 11,5 % du capital à RealNetworks. Le prix intègre 15 millions de dollars en cash, 11 millions en actions MelodyVR et 44 millions qui seront versés à des éditeurs de musique et des labels en contrepartie de dettes que Napster doit honorer.
Alexandre Counis ( Correspondant à Londres)
Par lesechos.fr