Nouvelle escalade entre Washington et Pékin : les Etats-Unis sanctionnent onze dirigeants de Hongkong

Donald Trump à la Maison Blanche le 20 juillet 2020
Ces sanctions, en réponse à l’adoption d’une loi sur la sécurité nationale, ont été qualifiées de
« barbares et grossières » par le bureau de représentation du gouvernement chinois.
Washington a encore durci son affrontement avec Pékin. Le gouvernement américain a adopté, vendredi 7 août, des sanctions contre onze dirigeants hongkongais, dont la cheffe de l’exécutif, Carrie Lam, parallèlement à des mesures radicales contre TikTok et WeChat.
« Les Etats-Unis soutiennent le peuple de Hongkong et nous utiliserons nos outils et nos autorités pour cibler ceux qui portent atteinte à son autonomie », a déclaré le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin.


Les sanctions comprennent le gel des avoirs de Mme Lam, des secrétaires à la sécurité et à la justice ou encore du chef de la police, accusés de chercher à restreindre l’autonomie du territoire et « la liberté d’expression ou de réunion » de ses habitants.
Le bureau de représentation du gouvernement chinois à Hongkong a qualifié de « barbares et grossières » les sanctions. « Les néfastes intentions des politiciens américains de soutenir des personnes qui sont antichinoises et de semer le désordre à Hongkong ont été révélées au grand jour », a déclaré le bureau dans un communiqué.
Un peu plus tôt, un haut responsable de Hongkong, le secrétaire au commerce, Edward Yau, s’est aussi insurgé contre cette décision. « Ce type de sanctions qui visent des responsables et des dirigeants d’autres pays sont sauvages, disproportionnées et déraisonnables, a déclaré M. Yau. Si les Etats-Unis mènent unilatéralement ce type d’action déraisonnable, cela finira par affecter les entreprises américaines. »

Un climat dégradé depuis l’adoption de la loi

Les sanctions américaines sont une réponse à l’adoption par la Chine, en juin, d’une loi sur la sécurité nationale dans l’ancienne colonie britannique. Selon Pékin, elle permet d’assurer la stabilité, de mettre fin aux violences qui ont marqué le mouvement de contestation de 2019 à Hongkong, ainsi que d’y réprimer le courant pro-indépendance.
Mais, pour les pays occidentaux, le texte vise à museler l’opposition hongkongaise après les manifestations monstres de l’an dernier, qui dénonçaient l’influence de Pékin dans le territoire.
En représailles, le président américain, Donald Trump, avait annoncé, à la mi-juillet, la fin du régime économique préférentiel accordé par les Etats-Unis au territoire autonome, centre financier international majeur, et avait promulgué une loi prévoyant des sanctions contre des responsables hongkongais et chinois.


Entre-temps, le climat s’est envenimé entre les deux grandes puissances. Accusant la Chine d’espionnage, Washington a fait fermer son consulat à Houston (Texas) et la Chine a pris possession du consulat des Etats-Unis à Chengdu (sud-ouest). Les Etats-Unis ont également pris parti contre Pékin dans les différends territoriaux en mer de Chine méridionale et l’ont accusée de violer les droits de la minorité musulmane ouïgoure.

Un affrontement dans la sphère technologique

Mais c’est dans la sphère technologique que le durcissement est le plus radical. Donald Trump a signé, jeudi, un décret interdisant, dans quarante-cinq jours, toute transaction « des personnes sous juridiction américaine » avec ByteDance, la maison mère chinoise de TikTok, une application de vidéos légères extrêmement populaire auprès des jeunes.
Le président américain a également adopté un décret similaire concernant la plate-forme WeChat, qui appartient au géant chinois Tencent et est omniprésente dans la vie des Chinois (messagerie, paiements à distance, réservations…).


Les Etats-Unis « mènent une manipulation et une répression politiques arbitraires, ce qui ne pourra déboucher que sur leur propre déclin moral et sur une atteinte à leur image », a affirmé, vendredi, un porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Wang Wenbin.
Par Le Monde avec AFP