Election américaine : bataille rangée autour de la nomination à la Cour suprême

 La plus haute institution juridique des Etats-Unis au centre du débat politique 
Absolument tout le monde donne son avis, de Barack Obama à Donald Trump en passant par Hillary Clinton et tous les élus du Congrès. Dans un climat explosif, la nomination à la Cour suprême pour remplacer Ruth Bader Ginsburg, décédée le 18 septembre, augmente les tensions autour de la présidentielle américaine.

En effet, les républicains veulent se presser de nommer un nouveau juge avant l'élection, quand les démocrates exigent d'attendre le résultat du scrutin du 3 novembre prochain. Donald Trump a d'ailleurs annoncé ce 22 septembre que son candidat sera dévoilé samedi 26, soit 24 heures après l'enterrement de Ruth Bader Ginsburg. Deux femmes sont pour le moment favorites dans la course : Amy Coney Barrett (48 ans) et Barbara Lagoa (52 ans).

Pourquoi le sujet est-il aussi tendu ? 

La plus haute institution juridique du pays ne compte plus que huit juges après le décès de celle qui était surnommée «RBG». Parmi les restants, qui sont nommés à vie par le président après validation du Sénat, cinq sont conservateurs contre trois libéraux. Lorsque Ruth Bader Ginsburg était en vie, les décisions de la Cour suprême ne tombaient pas toujours du côté conservateur car John Roberts, le juge en chef, a parfois voté avec le camp libéral. Cependant, si Donald Trump et les républicains réussissaient à imposer leur candidat avant le 3 novembre, l'équilibre de la Cour serait rompu avec six conservateurs sur neuf membres.

Et une telle chose n'est pas anecdotique, car la Cour suprême tranche sur les questions légales les plus importantes du pays, et ses décisions doivent s'appliquer au niveau fédéral. Les démocrates s'inquiètent donc qu'avec autant de juges conservateurs, il ne soit plus possible de mettre en avant une politique progressive dans le pays, voir que des retours en arrière soient mis en place sur certains sujets. 

L'une des questions touche notamment à l'avortement. Après l'élection de Donald Trump, plusieurs Etats ont appliqué des mesures qui réduisaient son accès à celles qui le souhaitaient. La Cour suprême a été saisie sur un certain nombre de ces lois, et pourrait donc facilement statuer en faveur des «pro-vie» dans un futur proche. D'autres sujets de société actuels comme le contrôle des armes à feu ou l'égalité raciale sont également décidés par la Cour suprême. À titre d'exemple, le mariage homosexuel n'avait pas été validé par Barack Obama ou par le Congrès, mais bien par Ruth Bader Ginsburg et ses collègues en 2015. 

Un «devoir» pour Donald Trump, un risque démocratique pour ses opposants

Forcément, dans ce contexte, les républicains voient dans la mort de la juriste une opportunité unique de façonner le visage de l'Amérique. Donald Trump et ses alliés au Sénat parlent même de «devoir». À six semaines de l'élection, le timing est serré pour nommer un juge, mais pas impossible. Seulement, les démocrates arguent que certains citoyens ont commencé à voter par correspondance pour la présidentielle et les élections locales, et qu'il faut attendre la fin de ce processus électoral afin de respecter leur voeu. 

Pour appuyer cet argumentaire, le camp démocrate rappelle qu'en 2016, Barack Obama n'avait pas pu nommer un juge à la Cour suprême neuf mois avant le scrutin car le Sénat à majorité républicain s'y était opposé. À l'époque, l'élu de Caroline du Sud Lindsey Graham déclarait d'ailleurs : «je veux que vous utilisiez mes mots contre moi. S'il y a un poste vacant lors de la dernière année du mandat d'un président républicain, vous pourrez lui dire que Lindsey Graham a dit que c'est le président suivant qui doit choisir». Des mots qu'il ne souhaite cependant plus appliquer quatre ans plus tard.

Quelles possibilités pour les démocrates ? 

Si les démocrates utilisent tout leur pouvoir, avec l'implication de Barack Obama, du couple Clinton, et même des dernières volontés de Ruth Bader Ginsburg, rien n'empêche légalement Donald Trump et son camp d'avancer dans le processus. La seule chose qui pourrait effectivement contrecarrer le plan du président serait qu'une poignée de sénateurs républicains refuse de voter en faveur de son candidat, puisque ce sont eux qui entérinent la décision.

Actuellement, les conservateurs possèdent une majorité de 53 sénateurs contre 47. Deux élues républicaines ont d'ores et déjà dit qu'elles ne suivraient pas leur parti, mais elles sont seules pour le moment. Et même en cas d'égalité, c'est le vice-président, à savoir Mike Pence, qui tranche. Sauf retournement de situation majeur dans les prochaines semaines, la Maison Blanche devrait donc bien remporter cette bataille constitutionnelle qui fera date dans l'histoire des Etats-Unis.
Par CNEWS