Coronavirus : l’Asie émergente devrait entrer en récession en 2020

 Dans un marché à Chennai, sur la côte est de l’Inde, des vendeurs sont à leurs stands en appliquant des règles de distanciation, le 11 septembre. L’économie du pays devrait plonger de 9 % en 2020. 
Selon les prévisions de la Banque asiatique de développement, le PIB de la région devrait se contracter de 0,7 % en 2020. Mais la situation est contrastée entre les économies de l’est et du sud du continent.

Ralenties par la pandémie de Covid-19, les économies émergentes d’Asie n’émergent plus. Pour la première fois depuis six décennies, les 46 pays en développement du continent (l’Australie et le Japon n’en font pas partie) devraient même entrer en légère récession en 2020. Selon les prévisions de la Banque asiatique de développement (BAD), publiées mardi 15 septembre, leur produit intérieur brut (PIB) devrait se contracter de 0,7 % en 2020, avant de rebondir à 6,8 % en 2021.

La situation est contrastée entre une Asie qui décroche au sud (Inde, Pakistan) et qui résiste mieux à l’est (Corée du Sud, Taïwan). L’économie indienne devrait plonger de 9 % en 2020, alors qu’en Chine elle devrait progresser de 1,8 %. Ces écarts s’expliquent d’abord par une gestion différente de la pandémie.

Les pays privilégiant les mesures de prévention, de dépistage massif et de traçage, comme Taïwan ou la Corée du Sud, s’en sortent mieux que les Philippines ou l’Inde qui ont eu recours à de longues périodes de confinement pour ralentir la progression de la pandémie.

Transferts d’argent en chute

La gravité de la récession dépend ensuite du degré de dépendance vis-à-vis des secteurs les plus touchés par le confinement. La Thaïlande, le Sri Lanka, les Maldives ou les îles du Pacifique se remettent difficilement de l’hémorragie de touristes étrangers. « Un retour à la normale du secteur du tourisme ne devrait pas intervenir de sitôt », avertit la BAD.

Le continent a plus de chance avec le commerce de marchandises, l’un des piliers de son développement. Celui-ci a certes ralenti en Asie, mais à un rythme moins important que dans le monde, où la baisse annuelle, en avril, a été de 20 %. Des pays comme Singapour, la Chine ou encore Taïwan ont profité de la forte demande mondiale en matériel médical ou de protection, mais aussi en produits électroniques avec le développement du télétravail ou de l’école à distance.

La crise provoquée par la pandémie devrait faire tomber 160 millions d’habitants sous le seuil de pauvreté

Les transferts d’argent envoyés par les travailleurs migrants à leur famille sont une autre source de revenu importante sur le continent. Or, ces derniers vont chuter de 11,5 % à 19,8 % en 2020 selon les pays, alors que durant la crise financière en Asie du Sud-Est de 1997 et 1998 ils n’avaient ralenti que de 2,7 %. C’est au Népal, au Bangladesh, au Pakistan et au Tadjikistan que la baisse sera la plus importante, celle-ci pouvant atteindre 30 %. Et ce, alors que des familles entières dépendent de cet argent pour se nourrir, se soigner ou s’instruire.

« La pandémie montre à quel point les travailleurs migrants et leurs familles sont vulnérables aux chocs économiques », s’inquiète la BAD, établie à Manille, aux Philippines. La crise provoquée par la pandémie due au coronavirus devrait faire passer 160 millions d’habitants sous le seuil de pauvreté, sur un continent qui voyait jusqu’ici sa classe moyenne augmenter au cours des dernières décennies.

Crainte pour les petites entreprises

En Asie, la pandémie creuse les écarts entre pays et augmente les inégalités. Pour endiguer la crise et venir en aide aux plus vulnérables, les gouvernements des pays émergents asiatiques ont dévoilé des programmes de 3 600 milliards de dollars (3 026 milliards d’euros), soit 15 % de leur PIB, tandis que les plans d’aide et de relance dans les économies avancées atteignent 32 % de leur PIB. « Ces dépenses ont permis aux économies de résister à la crise et vont les aider à mieux rebondir, explique Yasuyuki Sawada, le chef économiste de la banque de développement régionale, même si les Etats ont désormais des marges de manœuvre budgétaires beaucoup plus réduites. »

Pour résister, la BAD conseille aux Etats de continuer à soutenir leur économie… et de respirer

Une crise financière est-elle à craindre ? Après une fuite des capitaux en mars et en avril, et une chute des cours de Bourse sur les principales places financières asiatiques, la situation est progressivement revenue à la normale. Une amélioration que la BAD attribue aux plans de relance mis en place par les gouvernements, aux mesures pour ralentir la progression de la pandémie et au potentiel de croissance dans la région. Mais les petites entreprises, appartenant souvent au secteur informel, ne bénéficient pas de ces investissements. « Malgré l’abondance de liquidités sur les marchés mondiaux et domestiques, avertit la BAD, l’accès des petites et moyennes entreprises aux financements est difficile. » La banque estime que, dans les pays d’Asie du Sud-Est, le tiers d’entre elles manquent de capitaux propres, n’ont qu’un mois de visibilité en matière de financement et dépendent du soutien de proches ou d’usuriers pour survivre.

Pour résister, la BAD conseille aux Etats de continuer à soutenir leur économie… et de respirer. « La santé physique et mentale est vitale à la reprise postpandémique, insiste l’institution financière, les gouvernements devraient intégrer les politiques de promotion de bien-être dans leur plan de relance. » Le bien-être augmente la productivité au travail et améliore la santé. Il est devenu un secteur d’activité, de la nutrition à l’exercice physique en passant par la médecine, que la BAD chiffre à 5 % du PIB dans le monde et 11 % du PIB en Asie.

Le Laos risque un défaut de paiement

Le Laos risque un défaut de paiement. En août, l’agence de notation américaine Moody’s a abaissé sa note et sa perspective à négative tout en avertissant d’un risque de défaut. Le service de sa dette, qui s’élève en 2020 à 1,2 milliard de dollars (1 milliard d’euros), est devenu difficile à rembourser depuis la crise liée à pandémie de Covid-19 et la chute de ses recettes fiscales. Le petit pays d’Asie du Sud-Est s’était endetté auprès de la Chine pour construire des barrages électriques sur le Mékong ou des lignes de chemin de fer. Il vient de lui céder, début septembre, le contrôle de sa compagnie d’électricité Electricité du Laos. « Le Laos est un cas relativement isolé en Asie, explique Marie Diron de l’agence Moody’s, ses comptes publics ne sont pas très transparents et c’est l’un des rares à ne pas bénéficier de programme du FMI. »

Par

LE MONDE