La tension monte entre la Chine et l’Australie

Pékin accuse l’Australie de « harceler » des journalistes chinois 
Pékin accuse l’Australie de « harceler » des journalistes chinois. Les relations diplomatiques entre les
deux pays se sont nettement dégradés.
« Des agissements barbares » : la Chine a accusé l’Australie d’avoir fait subir à des journalistes chinois basés dans le pays des perquisitions et des interrogatoires, sur fond de scandale d’espionnage et de tensions bilatérales grandissantes.
Les relations diplomatiques se sont nettement dégradées depuis l’appel de Canberra il y a quelques mois réclamant une enquête internationale sur l’origine du nouveau coronavirus, repéré pour la première fois dans la ville chinoise de Wuhan (centre).

Une situation tendue

La Chine considère cette demande, similaire à celle des États-Unis, comme hostile et politiquement motivée. Elle a depuis pris une série de mesures de rétorsion économique contre des produits australiens comme le bœuf ou l’orge.
Des journalistes australiens ont aussi été visés : Cheng Lei, une présentatrice de la chaîne chinoise anglophone CGTN, a été arrêtée en août au nom de la « sécurité nationale », et deux reporters ont fui la Chine lundi par peur d’être arrêtés.

Bill Birtles, correspondant à Pékin pour la télévision ABC, et Michael Smith, basé à Shanghai pour le journal Australian Financial Review, ont dû accepter un interrogatoire avant d’être autorisés à quitter le territoire.
C’est dans ce contexte déjà tendu que le ministère chinois des Affaires étrangères a accusé mercredi 9 septembre des agents du renseignement australien d’avoir perquisitionné le domicile de quatre journalistes chinois basés en Australie.
Selon le ministère, l’opération remonte au 26 juin dernier et concerne des correspondants des agences étatiques Chine nouvelle et China News Service, ainsi que de China Media Group (une entité qui comprend notamment la télévision publique CCTV).

« Grossiers »

Ces perquisitions ont été effectuées « sur la base d’une potentielle violation des lois australiennes contre l’ingérence étrangère », a indiqué lors d’un point presse régulier un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian.
Les correspondants ont été interrogés et se sont vu confisquer leurs téléphones, des ordinateurs ainsi que les tablettes tactiles de leurs enfants, d’après le porte-parole.
Ces ressortissants chinois ont « strictement respecté les lois et réglementations locales » mais ont pourtant subi ces perquisitions, qui ont « gravement porté atteinte à leur santé physique et mentale », a assuré Zhao Lijian.
« Nous demandons à l’Australie de cesser immédiatement ces agissements barbares et grossiers et d’arrêter d’utiliser n’importe quel prétexte afin de harceler des Chinois », a-t-il déclaré, précisant que les journalistes concernés avaient depuis regagné la Chine. Sollicitées par l’AFP, les autorités australiennes se sont refusées à tout commentaire.
Un élu local australien avait toutefois été perquisitionné le même jour que les journalistes chinois, dans le cadre d’une enquête liée à des soupçons d’ingérences de la Chine dans les affaires de l’Australie, selon des documents judiciaires.
Policiers et agents du renseignement australiens avaient effectué le 26 juin une visite au domicile et au bureau de Shaoquett Moselmane, membre du Conseil législatif de l’État de Nouvelle-Galles du Sud (sud-est), dont Sydney est la capitale.

Messagerie en ligne

D’après ces documents, ces perquisitions sont liées à un conseiller de cet élu, John Zhang, qui est accusé de collaborer avec les renseignements chinois, et les deux hommes et les journalistes chinois visés auraient été dans un groupe de discussion commun sur l’application de messagerie WeChat. Jogn Zhang et Shaoquett Moselmane affirment que les échanges étaient normaux et clament leur innocence.
Pourquoi Pékin a-t-il attendu plus de deux mois avant de rendre publiques ces perquisitions de reporters en Australie ? Ces révélations interviennent en tout cas au lendemain du retour précipité au pays des deux correspondants australiens, qui a provoqué un certain émoi en Australie.
Bill Birtles et Michael Smith avaient fait simultanément l’objet de visites nocturnes de la police chinoise à leur domicile la semaine dernière.
Craignant de faire l’objet d’une arrestation arbitraire, ils s’étaient réfugiés vers les représentations diplomatiques australiennes les plus proches.
Ils n’avaient pu quitter la Chine qu’après avoir subi un interrogatoire, lors duquel le cas de leur compatriote journaliste Cheng Lei avait notamment été abordé. « Je crois que tout cet épisode n’était qu’un harcèlement de plus envers les journalistes australiens », a affirmé Bill Birtles à ABC.
La Chine est le premier partenaire commercial de l’Australie. Mais Canberra ne cesse de s’opposer à l’influence jugée grandissante de Pékin en Asie-Pacifique.