Mort de George Floyd : les policiers accusés demandent d’être jugés séparément

Les policiers mis en cause dans la mort de l'Afro-Américain George Floyd ont demandé vendredi
devant un tribunal de Minneapolis à être jugés séparément, en dehors de la ville et par des jurés anonymes, en citant les énormes pressions liées au drame qui a suscité des manifestations historiques aux États-Unis.
À l'extérieur du tribunal, cette émotion s'est encore manifestée à grand bruit : sous une bannière Black Lives Matter, des centaines de personnes ont réclamé, au mégaphone, justice pour le quadragénaire noir, mort le 25 mai dans cette grande ville du Nord.
Inculpez, condamnez, envoyez ces flics tueurs en prison, ont-ils scandé. De nombreux participants arboraient des masques barrés des chiffres 8'46, en référence aux 8 minutes 46 secondes durant lesquelles le policier blanc Derek Chauvin est resté agenouillé sur le cou de George Floyd.
Son calvaire, filmé et mis en ligne par une passante, a suscité une émotion bien au-delà des frontières américaines et conduit des millions de personnes à descendre dans les rues du pays pour réclamer des réformes de la police et la fin des inégalités raciales.
Vêtu d'un costume sombre et le visage masqué, Derek Chauvin, 44 ans, comparaissait vendredi pour la première fois en personne devant un juge. Inculpé de meurtre, il est détenu dans une prison de l'État du Minnesota et s'était jusqu'ici présenté à la justice uniquement par lien vidéo.
Les visages des quatre policiers inculpés.
Les quatre policiers de Minneapolis inculpés dans l'affaire George Floyd sont Derek Chauvin (haut gauche), Tou Thao (haut droite), Thomas Lane (bas droite) et J. Alexander Kueng (bas gauche).
Photo : via reuters / HCSO
À ses côtés se trouvaient trois de ses anciens collègues, Alexander Kueng, Thomas Lane et Tou Thao, présents au moment du drame. Inculpés pour complicité de meurtre, ils ont été remis en liberté sous caution en attendant leur procès.
Dans des documents transmis à la cour avant l'audience, les quatre hommes ont demandé l'abandon des poursuites qui pèsent contre eux, et ont plaidé avoir fait un usage raisonnable de la force face à un homme qui se débattait. George Floyd est probablement mort d'une surdose de fentanyl, a également assuré l'avocat de Derek Chauvin.
Ces arguments ont suscité la colère de la famille Floyd. C'est de la folie, je ne peux pas le supporter, a déclaré son neveu Brandon Williams en sortant du tribunal. Il est mort à cause d'un genou sur son cou, c'est l'autopsie qui le dit, a ajouté son frère Philonise Floyd avec émotion.
Leur avocat Ben Crump a dénoncé une tentative éhontée de tuer George une seconde fois en salissant son image.
L'audience n'était toutefois pas destinée à aborder le fond du dossier, mais plutôt l'organisation pratique d'un procès qui s'annonce hors norme.

Leurs avocats sous pression

Les avocats des quatre ex-policiers ont plaidé de concert pour qu'il se tienne en dehors des villes jumelles de Minneapolis-Saint Paul et pour protéger l'anonymat des jurés, au nom de leur sécurité.
Eric Nelson a assuré avoir reçu plus de 1000 courriels ou appels malveillants depuis qu'il a accepté de représenter Derek Chauvin. D'autres ont dit être visés par des menaces ou des messages obscènes.
Derek Chauvin et Eric Nelson sont masqués, assis dans des fauteuils et écoutent le juge.
L'accusé Derek Chauvin (centre) est assis à côté de son avocat Eric Nelson, lors de l'audience du 11 septembre 2020.
Photo : Associated Press / Cedric Hohnstadt
Leur seul but est d'avoir un maximum de jurés qui ne ressemblent pas à George Floyd, a ensuite commenté un avocat de la famille, Jeff Storms, en référence aux autres villes du Minnesota où vivent plus d'Américains blancs.
Dans des documents transmis à la justice avant l'audience, des lignes de fracture sont toutefois apparues entre les quatre hommes, qui semblent tentés de se rejeter les responsabilités du drame et demandent donc à être jugés séparément.
La défense de Derek Chauvin réclame un abandon des poursuites pesant contre lui, arguant que George Floyd est probablement mort d'une surdose de fentanyl, et assure que les deux premiers agents arrivés sur place ne lui ont pas fait part des signes de surdose qu'ils ont pu observer.
L'accusation, menée par les services du procureur général du Minnesota, plaide pour un procès unique, afin de ne pas augmenter le traumatisme des proches et le coût pour le contribuable.
Le juge Peter Cahill a laissé entendre qu'il faudrait d'autres audiences afin de choisir le format idéal pour juger cette affaire hors norme.
Au-delà de la question de la culpabilité des quatre agents, le procès, qui doit s'ouvrir le 8 mars, sera aussi celui des méthodes d'interpellation de la police américaine, au coeur de nombreuses bavures. 
Par AFP avec radio-canada.ca