Union européenne-Chine : un nécessaire rééquilibrage

Rencontre à distance entre le président chinois Xi Jinping, la chancelière allemande Angela Merkel, le président du Conseil Charles Michel et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, lundi 14 septembre. 
Les Européens veulent en finir avec les pratiques commerciales déloyales de Pékin. Dépourvus du

soutien des Etats-Unis, leur allié historique engagé dans une dangereuse surenchère avec la Chine, ils doivent trouver leur propre voie pour défendre leurs intérêts.

Editorial du « Monde. » Les relations entre l’Union européenne (UE) et la Chine sont incontestablement entrées dans une nouvelle phase. Les Vingt-Sept, longtemps aveuglés par la convoitise d’un gigantesque marché, ont enfin renoncé aux compromis faciles assortis de contreparties peu exigeantes. Désormais, les Européens veulent en finir avec les pratiques déloyales d’un partenaire commercial dont ils ont appris à se méfier, et sont prêts à le lui faire savoir.

La fermeté vis-à-vis de Pékin est un préalable indispensable pour rééquilibrer la relation entre les deux blocs. Le sommet Chine-Europe, qui a réuni, lundi 14 septembre, en visioconférence, les dirigeants de l’UE et le président Xi Jinping, a permis d’illustrer cette nouvelle lucidité, en même temps que ses limites, face à une Chine dont l’ouverture économique se fait attendre et dont les signes de durcissement sur la question des droits de l’homme s’accumulent.

Malgré quelques avancées techniques et la signature d’un engagement sur le respect des indications géographiques sur une centaine de produits agricoles, l’accord sur un meilleur accès au marché chinois n’a pas encore abouti. Des progrès ont bien été enregistrés sur la limitation des transferts de technologie imposés aux firmes étrangères en Chine, ou sur la transparence des subventions publiques chinoises, mais la réciprocité réclamée par les Européens dans l’automobile et les télécommunications ou la question des surcapacités industrielles restent en suspens.

Pour autant, les messages sont passés, montrant à la Chine que les dirigeants européens, en particulier en Allemagne, ont fini par prendre conscience des limites de leur mercantilisme effréné. L’UE a franchi, en 2019, un pas important, en qualifiant la Chine de « rival systémique ». La pandémie de Covid-19 et le désastre qui en a résulté pour l’image du pouvoir chinois ont fait le reste. Le manque de transparence de Pékin sur l’origine du virus, ses manipulations de l’Organisation mondiale de la santé et sa grossière propagande en Europe, ajoutés au traumatisme de la prise de conscience du degré de dépendance de l’Europe à l’égard de la Chine pour le matériel médical, ont fait basculer l’opinion.

Mode guerrier

Les Européens paient aujourd’hui leur complaisance et une certaine naïveté à l’égard de Pékin, en même temps que leur désunion, chacun ayant, pendant trop longtemps, cherché à tirer la couverture à lui, à commencer par l’Allemagne. Une fois n’est pas coutume, ils peuvent aussi remercier Donald Trump d’avoir alerté sur les déséquilibres que la Chine n’a jamais cherché à faire disparaître.

Malheureusement, le président américain l’a fait sur le mode guerrier et sans chercher à coordonner son action avec les Européens, se privant d’une coopération transatlantique qui aurait sans doute été bénéfique à tous. Dépourvus du soutien de leur allié historique engagé dans une dangereuse surenchère avec Pékin, les Vingt-Sept doivent trouver leur propre voie pour défendre leurs intérêts, tout en continuant à rester fidèles à leurs valeurs. Les dirigeants de l’UE ont ainsi demandé, lundi, au président chinois l’accès d’observateurs indépendants au Xinjiang et ont rappelé leur préoccupation sur les atteintes aux libertés à Hongkong.

Ces demandes restent de pure forme, et Pékin a fait savoir qu’il n’était pas question de se faire dicter son comportement. Néanmoins, la Chine prend conscience qu’il faudra désormais compter avec un interlocuteur plus exigeant. Alors que les Etats-Unis menacent d’instaurer une guerre froide et de découpler leur économie et celle de la Chine, Xi Jinping aurait tort de négliger la main tendue par l’Europe, même si celle-ci se montre plus ferme.

Par Le Monde