Aux îles Fidji, diplomates chinois et fonctionnaires taïwanais en viennent aux mains

Lors d’une rencontre entre officiels chinois et fidjiens, à Pékin, en 2019. 
L’altercation a eu lieu lors d’une fête organisée pour célébrer la fête nationale de Taïwan, où s’étaient introduits les représentants de Pékin.

La diplomatie est un sport de combat pour les Chinois : aux îles Fidji, deux diplomates chinois sont accusés d’avoir fait irruption dans une réception organisée par la représentation commerciale taïwanaise pour célébrer la fête nationale de l’île, et d’avoir provoqué une altercation avec des fonctionnaires taïwanais.

L’incident intervient alors que la Chine multiplie les agressions contre Taïwan, une île indépendante dont la Chine revendique la souveraineté. Ces derniers mois, l’aviation chinoise a procédé à des incursions dans l’espace aérien revendiqué par Taïwan, alors que le dirigeant chinois Xi Jinping insiste pour que son armée « mette toute son énergie à préparer la guerre ». Au même moment, Pékin assume une diplomatie bien plus agressive, dite du « loup combattant », en référence à un blockbuster nationaliste sorti sur les écrans en 2015, qui mettait en scène un Rambo chinois sauvant le monde.

D’après le ministère taïwanais des affaires étrangères, les deux fonctionnaires chinois auraient commencé à photographier la centaine d’invités. Priés de quitter les lieux, ils en seraient venus aux mains avec des employés taïwanais, au point que l’un d’eux a dû être hospitalisé. « Nous condamnons fermement ces actes du personnel de l’ambassade de Chine aux Fidji », a déclaré, lundi, Joanne Ou, la porte-parole du ministère taïwanais des affaires étrangères. Première île du pacifique à avoir reconnu la République populaire de Chine en 1975, Fidji est un allié historique de Pékin. Comme pour tous les Etats avec lesquels elle n’exerce pas de relations diplomatiques formelles, Taïwan y possède une représentation où travaillent de réels diplomates.

Un « faux drapeau national »

L’ambassade de Chine aux Fidji a contesté cette version, affirmant que les Chinois se trouvaient à l’extérieur de la salle, dans un lieu public, et dans le cadre de « fonctions officielles », ajoutant que le personnel de la mission taïwanaise a « agi de manière provocante » et a « blessé » un diplomate chinois. Lundi 20 octobre, Zhao Lijian, porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, a dénoncé une « grave violation » du principe selon lequel la République populaire est la seule représentante légitime de la Chine, dans l’utilisation notamment d’un gâteau arborant un « faux drapeau national », c’est-à-dire le drapeau taïwanais.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi La Chine lorgne la Nouvelle-Calédonie et ses réserves de nickel

Un statu quo fragile dans les relations entre Pékin et Taipei a été rompu après l’arrivée en 2016 à la présidence taïwanaise de Tsai Ing-wen, dont la formation, le Parti démocrate progressiste, refuse d’adhérer au principe d’« une seule Chine ». La Chine a ravi sept alliés diplomatiques à Taipei depuis, dont deux dans le Pacifique, Kiribati et les îles Salomon. Parmi ses quinze alliés restant à travers le monde, Taïwan n’en garde que quatre dans cette zone éminemment stratégique, les îles Marshall, Palaos, Nauru et Tuvalu.

Par

LE MONDE