Biden ou Trump? À qui profite le vote anticipé qui bat des records

Un électeur vote en avance le lundi 5 octobre à Davenport dans l'Iowa. . (Photo by Daniel Acker for The Washington Post via Getty Images) (Photo: The Washington Post via Getty Images) 
ÉTATS- UNIS - C’est une première. Jamais les électeurs américains ne s’étaient autant approprié le
vote anticipé. Dans l’affrontement entre Donald Trump et Joe Biden, selon le US Elections Project de l’Université de Floride, près de 10,2 millions d’Américains ont déjà fait leur choix et ont déjà voté, soit par correspondance, soit en se rendant directement dans un bureau de vote. Une trentaine d’États permettent en effet à leurs citoyens de faire entendre leur voix en avance, sur une période allant jusqu’à 50 jours avant la date du scrutin.

À titre de comparaison, en 2016, seulement 75.000 personnes avaient voté un mois avant le jour de l’élection.

Cet engouement avant la date fatidique du 3 novembre s’explique évidemment en partie par l’épidémie de coronavirus qui sévit toujours aux États-Unis. Voter par correspondance ou en avance, c’est éviter en partie les importantes affluences le jour J et donc moins s’exposer au Covid-10. De fait, de nombreux États ont fait évoluer leur législation depuis le printemps pour élargir le vote par correspondance ou le vote anticipé afin de tenir compte du contexte sanitaire. Le Nevada a par exemple repoussé la date limite à laquelle un bulletin est jugé recevable.

Polarisation et engouement

Mais pour Michael McDonald, professeur à l’université de Floride, et responsable du projet US Elections, ces assouplissements ainsi que le contexte sanitaire ne suffisent pas à expliquer un tel engouement. Selon lui, il s’agit là d’une vraie demande des électeurs.

Il en veut pour preuve que, dans certains États, cette envolée du vote anticipé a déjà énormément gonflé la participation générale. Dans le Dakota du Sud, le Minnesota, le Vermont, la Virginie et le Wisconsin, plus de 20% des gens qui avaient voté en 2016 ont déjà déposé leur bulletin pour 2020.

Ce phénomène massif répond également à la polarisation de la société américaine autour de deux camps, détaille Michael McDonald pour Reuters: “Les gens votent quand ils sont décidés, et nous savons que beaucoup de gens se sont décidés il y a longtemps et ont déjà une opinion sur Trump”, détaille-t-il. À ce jeu-là, le spécialiste estime que la participation pourrait atteindre les 150 millions d’Américains, soit 65% des électeurs inscrits, du jamais vu depuis 1908. Gage que cela n’est pas du tout exclu, les élections de mi-mandat de 2018 montraient déjà une participation record depuis 1978.

Biden peut-il vraiment se réjouir?

Sur le papier, le vote anticipé semble plus favorable à Joe Biden qu’à Donald Trump. Dans le New York Times, le directeur de TargetSmart, une société tournée vers l’analyse de données pour les démocrates, se félicitait de leur forte avance dans le vote anticipé. Dans une étude fondée sur 1,1 million de personnes ayant déjà déposé leur bulletin, il estimait que Joe Biden était déjà 18 points devant Donald Trump.

Une surprise qui n’en est pas vraiment une. Dans certains États, l’affiliation des électeurs à tel ou tel parti est connue, et donc prise en compte dans les demandes de réception de bulletin de vote par correspondance. L’infographie de NBC ci-dessous, montre clairement que les électeurs affiliés au parti démocrate ont été plus nombreux à demander à voter par correspondance et plus nombreux également à renvoyer leur bulletin.

Bulletin de vote par correspondance demandés et renvoyés suivant l'affiliation au parti démocrate ou parti républicain (chiffres arrêtés au 12 octobre) (Photo: Capture d'écran NBC)
Bulletin de vote par correspondance demandés et renvoyés suivant l'affiliation au parti démocrate ou parti républicain (chiffres arrêtés au 12 octobre) (Photo: Capture d'écran NBC)

Face à ces chiffres, certains veulent croire que Joe Biden est tout simplement en train d’entamer sa réserve de voix du 3 novembre avec un peu d’avance. Une théorie à laquelle ne souscrit pas vraiment Michael McDonald. Dans le blog affilié à son projet, le professeur indique que ce phénomène de “cannibalisation” ne jouera que peu au final si la participation est élevée: “Ce sont de toute façon des électeurs qui auraient voté le 3 novembre”.

En revanche, le politiste pointe du doigt l’âge des précautionneux. Une bonne part des bulletins déposés l’ont été par des gens âgés de 66 ans et plus. “Je prédis que, dans les semaines à venir, le storytelling démocrate passera de l’euphorie sur les grandes tendances du vote anticipé à l’inquiétude liée au fait qu’un nombre disproportionné de jeunes électeurs n’ont pas encore renvoyé leurs bulletins de vote par correspondance”, note-t-il. Par ailleurs, contrairement aux bulletins déposés en personne, ceux envoyés en avance sont plus susceptibles d’être annulés.

Trump sur le carreau?

Sans surprise, les électeurs républicains sont moins nombreux à se presser sur leurs bulletins en amont du 3 novembre. Un comportement qui répond d’ailleurs aux harangues de Donald Trump lui-même. Le président répète depuis de nombreux mois maintenant que le vote par correspondance sera synonyme d’une fraude massive et d’une élection truquée.

C’est en tout cas le scénario favorisé par les instances du parti. Dans USA Today, Mandi Merritt, attachée de presse nationale du Comité national républicain, soutient que les électeurs républicains “sont très motivés par leur enthousiasme pour le président Trump et vont voter. Beaucoup préfèrent simplement voter en personne, soit de manière anticipée, soit le jour du scrutin”. Pas de quoi pour autant atténuer une des craintes importantes à droite de l’échiquier politique américain: face au risque de reprise épidémique à la fin du mois, les électeurs les plus âgés, qui soutiennent plus largement le parti républicain, pourraient ne pas se déplacer jusqu’aux urnes.

Des enjeux qui finissent par ailleurs par avoir un impact financier sur l’organisation de la campagne. Alors que Joe Biden est désormais en mesure d’investir pour cibler précisément les électeurs qui lui sont favorables et qui n’ont pas encore voté, Donald Trump, lui, n’a pas ce luxe.

Par Le HuffPost