En Côte d’Ivoire, Simone Gbagbo accuse l’armée française de non-assistance

L’ancienne première dame ivoirienne Simone Gbagbo à Abidjan, le 11 août 2020. 
Dans un entretien à France 24, l’ex-première dame précise que les soldats français ne l’ont pas protégée contre des « tentatives de viol » lors de son arrestation en 2011.

L’ancienne première dame de Côte d’Ivoire Simone Gbagbo a accusé l’armée française de ne pas l’avoir protégée contre des « tentatives de viol » lors de son arrestation en 2011, et elle a plaidé pour un report de l’élection présidentielle du 31 octobre, dans un entretien à France 24.

Simone Gbagbo était interrogée sur une déclaration qu’elle avait faite lors de son procès devant la justice ivoirienne, assurant qu’elle avait été victime de « tentatives de viol » en présence de soldats français.

« Je les ai vus de mes yeux ! Qui filmaient », a déclaré à propos des soldats français Mme Gbagbo, 71 ans, à la chaîne française d’informations internationales. « Ils étaient bien là quand les gens nous chassaient, nous abattaient et je n’ai pas vu un seul soldat français lever la main. Ils étaient là avec des caméras », a-t-elle affirmé, y voyant « la conséquence de l’attitude du gouvernement de M. Nicolas Sarkozy » (alors président français).

Episode final de la crise post-électorale de 2010-2011 qui a fait quelque 3 000 morts après le refus du président Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite électorale, les images de l’arrestation du couple Gbagbo par les forces loyales à Alassane Ouattara avaient fait le tour du monde en 2011. On y voyait Simone Gbagbo bousculée par des soldats. D’autres images montrent des violences faites à Michel Gbagbo, le fils de M. Gbagbo.

Mme Gbagbo avait déjà, lors d’un de ses procès, accusé l’armée française de n’avoir rien fait pour la protéger. Condamnée par la justice ivoirienne à vingt ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’Etat, elle a bénéficié d’une amnistie en 2018, à l’instar de 800 personnes.

« La présidentielle n’aura pas lieu »

Par ailleurs, évoquant l’élection présidentielle du 31 octobre, Mme Gbagbo a estimé que le scrutin « n’aura pas » lieu, rappelant que l’opposition refuse la candidature d’Alassane Ouattara à un troisième mandat controversé, et réclame un nouveau Conseil constitutionnel et une nouvelle Commission électorale indépendante.

« Il n’y aura pas d’élection, les gens sont déjà dans la rue. Les violences, nous les vivons déjà. Depuis que M. Ouattara a annoncé sa candidature, les Ivoiriens sont descendus spontanément dans la rue (…). Le bain de sang, nous le vivons déjà », a-t-elle affirmé. En août, une quinzaine de personnes ont été tuées dans des violences après l’annonce de la candidature de M. Ouattara, qualifiée de « forfaiture » par l’opposition.

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Mme Gbagbo a aussi accusé le régime Ouattara de bloquer le retour au pays de l’ancien président Gbagbo, qui attend en Belgique un éventuel procès en appel devant la Cour pénale internationale (CPI) après avoir été acquitté en première instance de crimes contre l’humanité.

« Laurent Gbagbo a le droit de rentrer dans son pays, il veut rentrer et les Ivoiriens ici l’attendent. Alassane Ouattara n’a pas à décider quand il doit, comment il doit rentrer ou non. Qu’il lui donne son passeport et puis c’est tout ! », a-t-elle lancé.

La Constitution limite à deux le nombre de mandats présidentiels, mais le Conseil constitutionnel a estimé que l’entrée en vigueur d’une nouvelle Constitution en 2016 a remis le compteur à zéro pour l’actuel chef de l’Etat. Une interprétation contestée par l’opposition. Le Conseil a en revanche rejeté les candidatures de M. Gbagbo et de l’ancien chef rebelle et ex-premier ministre Guillaume Soro, dont les dossiers avaient été déposés par leurs proches.

Par Le Monde avec AFP