Qu'est-ce qu'une «bulle sociale», l'autre mesure envisagée par le gouvernement ?

Les Français devront choisir quelques proches avec lesquels ils sont autorisés d'interagir sans masque ni distanciation. 
FOCUS - La France est suspendue à l'intervention d'Emmanuel Macron ce mercredi 14 octobre et
attend de savoir si oui ou non, un couvre-feu sera décidé. Le gouvernement envisagerait par ailleurs d'imposer une «bulle sociale».

Emmanuel Macron doit annoncer de nouvelles mesures sanitaires afin de contenir la progression du virus, ce mercredi 14 octobre au soir. La situation sanitaire s'aggrave : la proportion de cas positifs sur l'ensemble des personnes testées atteint 11,8 %, tandis que l'incidence hebdomadaire dépasse les 165 cas pour 100.000 habitants.

Pour freiner la propagation du virus, le gouvernement et Olivier Véran, ministre de la Santé, envisagent d'imposer aux Français une «bulle sociale», soit une sélection limitée de personnes avec lesquels ils peuvent interagir.

Des réunions strictement limitées

Les Français devront choisir quelques proches avec lesquels ils sont autorisés d'interagir sans masque ni distanciation. Cette «liste» ne sera probablement pas officielle, mais relèverait plutôt de la responsabilité personnelle. Si cette mesure venait à être adoptée, ils devront se contenter de ces quelques personnes choisies et s’interdire tout rassemblement, dîner et réunion avec d'autres personnes. D'autres interactions seront toutefois possibles, notamment dans les transports, ou au travail, mais elles devront être limitées, et respecter scrupuleusement les gestes barrières. 

Mercredi 7 octobre, déjà, Olivier Véran a évoqué lors de son allocution le concept de «bulle sociale». Il demandait aux Français de ne pas «multiplier les dîners» et d'«éviter de sortir plusieurs fois par semaine avec des personnes différentes» .

Car le problème concerne la vie privée des Français. Si le gouvernement peut légiférer sur les rassemblements publics - concerts, manifestations, fréquentation des bars, des restaurants, des boîtes de nuit -, il lui est très difficile d'imposer des restrictions dans la sphère privée des Français.

Lorsque le gouvernement limitait à 10 les rassemblements privés, il s'était avéré impossible de contrôler le respect de ces règles. «Il faut une autorisation par un juge pour rentrer dans un lieu privé. Il s'agit d'une perquisition. En cas de délit ou de crime flagrant et sous certaines conditions, un officier de Police Judiciaire peut néanmoins entrer dans le domicile», détaillait ainsi au Figaro Laurent Marrié, avocat. Le même risque pèse sur la bulle sociale, le gouvernement ne pouvant pas surveiller les fréquentations de chaque Français.

Une solution adoptée un temps par les Belges

Cette solution a déjà été adoptée par le gouvernement belge. À la sortie du confinement, les Belges devaient limiter leurs interactions à quatre personnes. Le gouvernement a étendu la bulle sociale à quinze en juillet avant de la restreindre à nouveau, limitant les interactions autorisées à cinq personnes, dès le 29 juillet. Il l'a finalement abandonné le 24 septembre.

Seulement, la Belgique n'a pas vraiment tiré le bilan de cette stratégie. «Il est très difficile de mesurer l'impact d'une mesure particulière sur l'ensemble de la courbe épidémique», expliquait ainsi le professeur Jean-Christophe Goffard, directeur du service de médecine interne à l'hôpital Erasme de Bruxelles, au micro de LCI. La bulle sociale a été imposée en même temps qu'une volée d'autres mesures. On ne peut donc mesurer l'efficacité de cette mesure indépendamment des autres mesures prises par le gouvernement.

À cette difficulté s'ajoute le manque d'adhésion des Belges. Sophie Wilmès, alors première ministre belge, le notait début septembre. «Une des raisons [du manque d'adhésion], c'est la lassitude», déclarait-elle. Le 24 septembre, la «bulle sociale» était abandonnée en Belgique, faut de pouvoir la faire respecter.

Par lefigaro.fr