RD Congo : Sindika Dokolo, le mari d'Isabel dos Santos, est mort

Le nom de Sindika Dokolo etait cite dans le scandale Luanda Leaks dans lequel etait largement citee sa femme, Isabel dos Santos, fille de l'ex-president angolais Edouard dos Santos.
 
Selon ses proches, le collectionneur et mécène congolais serait décédé jeudi 29 octobre des suites d'un
accident à Dubaï, où il vivait. Il était âgé de 48 ans.

Marié sous les ors du palais présidentiel de Luanda en 2002 à Isabel dos Santos, la fille de l'ancien président angolais José Eduardo dos Santos, au pouvoir de 1979 à 2017, l'homme d'affaires et mécène congolais Sindika Dokolo est décédé ce jeudi 29 octobre des suites d'un accident de plongée sous-marine à Dubaï. La nouvelle a été confirmée par plusieurs membres de son entourage selon RFI et Jeune Afrique.

Les officiels congolais ont ensuite pris le relais, notamment Michée Mulumba du bureau du président Félix Tshisekedi, qui a officialisé l'information. « C'est au cours d'une plongée sous-marine que tu es parti pour l'éternité. Une activité habituelle qui t'a arraché de ton combat, de tes proches… Repose en paix, cher @SindikaDokolo ! » écrit ce dernier sur Twitter, l'un des réseaux sur lequel était très présent Sindika Dokolo, habitué des clashs.

Une jeunesse dorée

L'élégant quadragénaire, connu pour ses investissements et les milliers d'œuvres de sa collection d'art africain, est né en 1972 d'une mère danoise, Hanne Kruse, qui lui fait visiter tous les musées d'Europe, et d'un homme d'affaires florissant sous le régime de Mobutu Sese Seko, Augustin Dokolo Sanu, tombé en disgrâce avant le renversement du vieux maréchal en 1997. « Mon père a été le premier Congolais à créer une banque, la Banque de Kinshasa. Nous possédons encore de nombreux actifs stratégiques aux quatre coins du pays », aimait à raconter Sindika Dokolo.

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Le couple ambitieux et décomplexé qu'il formait avec Isabel dos Santos

Après une jeunesse dorée entre l'Europe où il fréquente le lycée parisien Saint-Louis-de-Gonzague et l'Afrique, puis l'exil pendant les deux guerres civiles dans l'ex-Zaïre (1997-2003), le jeune homme au look mi-dandy, mi-étudiant hipster avec ses montures de lunettes à la Buddy Holly parvient à se faire accepter au sein du clan dos Santos quand il épouse Isabel. Un an plus tôt, à 29 ans, il a hérité de son père, une belle fortune. Mais ces deux-là se sont bien trouvés : de la même génération, ils sont métis, formés en Europe, ambitieux et décomplexés. Ils se sont rencontrés en 1999 au Miami Beach de Luanda, repaire de la jet-set angolaise et premier investissement d'Isabel.

Née d'une mère russe championne d'échec, à l'époque des noces d'or de son père avec le camp soviétique, Isabel dos Santos était alors la femme la plus riche d'Afrique d'après le magazine Forbes.

Habitué du Festival de Cannes, des plages privées de Saint-Tropez et des palaces de Londres, le « premier couple d'oligarques africains » comme l'appelle le journal suisse Le Temps s'enrichit dans la téléphonie, les mines de diamants, la banque, l'immobilier…

Et le pétrole, quand Isabel dos Santos a été propulsée en 2016 à la tête de la compagnie nationale Sonangol « Népotisme », dénoncent ses détracteurs. En Angola, Sindika Dokolo possède une des plus grandes mines de diamants et le « Palais de fer », la plus grande salle de spectacles de Luanda.

En Europe, le couple serait considéré par les banques comme des « personnalités exposées politiquement », autrement dit qui présentent un risque de « corruption », selon une enquête récente du journal Le Temps. Réponse de Dokolo : « Je n'accepte pas que nous, les Africains riches, devions nous excuser ou nous justifier. » Et d'ajouter : « Je préfère que la richesse du continent revienne à un Noir corrompu plutôt qu'à un Blanc néo-colonialiste. »

Dans son pays d'origine, Dokolo a été condamné dans une affaire immobilière qui l'empêche de revenir en RDC. Tout en niant vouloir faire de la politique, il avait lancé le mouvement citoyen Les Congolais debout contre un troisième mandat de Joseph Kabila, et aussi pour espérer voir les Congolais s'engager en politique pour ne pas laisser le champ libre aux politiciens.

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Le début des ennuis avec les Luanda Leaks

Le début des ennuis ? Pas vraiment, c'est depuis son pays d'adoption que le vent a tourné. La fille de l'ancien président et son homme d'affaires d'époux sont alors accusés par la justice et le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) d'avoir pillé les caisses de l'Angola pour nourrir leurs affaires privées. Selon le parquet général angolais chargé du dossier, ces malversations ont été évaluées par le gouvernement de Luanda à cinq milliards de dollars.

En décembre, un juge civil de Luanda avait ordonné le gel des comptes bancaires et des actifs d'Isabel dos Santos et de Sindika Dokolo, dans une pléiade de sociétés angolaises. Un mois plus tard, le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) a publié une enquête, les « Luanda Leaks », qui les accuse sur la foi de documents piratés d'avoir « siphonné les caisses du pays ».

Dans la foulée, la justice portugaise avait à son tour gelé les comptes et certains de leurs actifs au Portugal, où ils ont investi dans la banque et la téléphonie.

Le mois dernier, les autorités néerlandaises ont également gelé les actifs d'une société contrôlée par Sindika Dokolo. Encore une fois, les enquêteurs soupçonnent le couple d'un détournement de plusieurs dizaines de millions d'euros d'argent public.

Un combat pour l'art africain salué partout

Au-delà de ces affaires de corruption, Sindika Dokolo laisse derrière lui un combat. Celui pour la défense de l'art africain. Tout comme son père, connu pour être un grand collectionneur d'art africain, Sindika est devenu l'un de ses plus généreux mécènes. Ces dernières années, il était l'un des grands militants pour le rapatriement des œuvres et objets d'art africains spoliés par les grands musées européens et américains. « Cette chasse aux objets perdus lui a déjà permis de restituer une vingtaine d'œuvres au musée de Dundo au nord de l'Angola, son pays d'adoption », apprend-on du journal Libération qui l'avait rencontré en 2019.

Sur les réseaux sociaux, notamment Twitter, l'émotion est vive. « Je suis consterné par le brusque décès de notre frère Sindika Dokolo. Il a mené avec nous le combat pour la dignité du peuple congolais. Je garde de lui le souvenir d'un militant alerte, vif et plein d'espoir. Nos prières de réconfort vont à sa famille et à ses proches », témoigne l'opposant Martin Fayulu.

« Hommage à #SindikaDokolo pour sa contribution au combat pour la liberté et la dignité du peuple congolais, et pour la sauvegarde de l'identité et du patrimoine culturel africains. Nos pensées vont à son épouse @isabelaangola, à leurs familles & proches, et aux @LeCongoDebout », publie le mouvement Lucha.

Beaucoup d'internautes saluent la mémoire d'un homme intelligent, infatigable défenseur de l'Afrique. « Il était encore jeune, il avait encore une belle vie devant lui. Un homme ambitieux et intelligent, un modèle pour la jeunesse congolaise. La République démocratique du Congo perd un digne fils. Une pensée à sa famille », écrit Gael Bussa, député.