Tadjikistan : le dirigeant autoritaire sortant réélu pour un nouveau mandat, sans réelle opposition

Un homme sort d’un isoloir pour aller voter, lors de l’élection présidentielle du Tadjikistan, à Douchanbé, le 11 octobre 2020. 
Réélu président pour sept ans, Emomali Rahmon rallonge son record de longévité au pouvoir dans

l’ancien espace soviétique.

Aucune opposition réelle n’aura participé à sa désignation. Le président tadjik Emomali Rahmon a été réélu avec plus de 90 % des voix à l’élection présidentielle du Kirghizistan, selon des résultats préliminaires annoncés lundi 12 octobre.

La Commission électorale centrale de cette ex-république soviétique d’Asie centrale a précisé que 90,9 % des électeurs avaient voté pour l’autoritaire dirigeant de 68 ans, au pouvoir depuis 1992, et qui s’est assuré d’un nouveau septennat, rallongeant ainsi son record de longévité au pouvoir dans l’ancien espace soviétique.

M. Rahmon, aux commandes du pays depuis 1992 et notamment durant la guerre civile qui a ensanglanté le pays jusqu’en 1997, a voté dimanche dans « une école pour enfants doués », selon l’agence russe RIA Novosti, saluant la presse et visiblement de bonne humeur.

Ceux-ci ont ouvert à 6 heures et fermé, comme prévu, à 20 heures locales (17 heures à Paris). Le résultat du scrutin doit être annoncé lundi. A 10 heures, la participation électorale s’établissait déjà à 70 %.

Toute opposition écartée

Face à M. Rahmon, quatre candidats considérés comme des faire-valoir du président, ce dernier ayant au fil des décennies écarté de la scène politique toute forme d’opposition. Leur rôle est « de donner une illusion de campagne à ce qui serait sans cela un non-événement », estime John Heathershaw, professeur de relations internationales à l’université d’Exeter au Royaume-Uni.

La candidature de M. Rahmon avait été formellement proposée en août par les syndicats tadjiks, qui avaient expliqué leur décision par le fait que le chef de l’Etat avait permis la « restauration de l’unité nationale, de la paix et de la stabilité » après la guerre civile.

La seule formation considérée comme d’opposition dans le pays, le Parti social-démocrate, a boycotté le scrutin. « Tout le pouvoir, tous ses leviers travaillent pour le bénéfice d’un seul homme », a dénoncé auprès de l’Agence France-Presse le numéro deux du parti, Chokirjon Hakimov, pour qui « le népotisme, le régionalisme et la corruption » caractérisent le régime en place.

De nombreux électeurs interrogés dimanche matin louaient leur dirigeant. D’autres regrettaient que ce scrutin ne soit qu’une formalité et étaient bien en peine de nommer les concurrents du dirigeant tadjik. « Celui qui gagne à chaque fois va encore l’emporter », a ainsi noté Abdoukholik Faïzov, un étudiant : « C’est évident. Nous attendons encore des élections libres. »

Aucune élection reconnue comme honnête

Ces derniers mois, le président a semblé par ailleurs organiser sa succession en plaçant son fils aîné, Roustam Emomali, 32 ans, à un poste-clé. Maire de la capitale tadjike, Douchanbé, il est aussi depuis avril à la tête du Sénat. Or, en cas d’incapacité du chef de l’Etat, c’est au président de cette chambre d’assurer l’intérim à la présidence.

Le Tadjikistan est le pays le plus pauvre d’Asie centrale et d’ex-URSS et compte officiellement plus de neuf millions d’habitants. Des centaines de milliers de Tadjiks travaillent cependant en Russie ou au Kazakhstan, notamment sur les chantiers, pour pouvoir envoyer de l’argent à leurs familles.

Aucune élection n’a jamais été reconnue comme honnête par les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), et cela a notamment été le cas pour les dernières élections législatives, au printemps.

Par Le Monde avec AFP