Dette : la Zambie techniquement en défaut de paiement

Le président zambien, Edgar Lungu, à Pretoria, en août 2017. 
La banque centrale a déclaré que le pays, qui a manqué mi-octobre une échéance de 33,7 millions

d’euros, ne rembourserait plus aucun créancier.

Plongée dans un lourd déficit encore aggravé par la crise du Covid-19, la Zambie, en passe de devenir officiellement le premier pays africain en défaut depuis le début de la pandémie, a reconnu mercredi 18 novembre « une genèse de défaut de paiement ».

La banque centrale zambienne a déclaré que le pays, dont la dette extérieure est estimée à plus de 10 milliards d’euros, ne rembourserait plus aucun créancier. « Nous avons pris la décision, délibérée, de ne plus payer aucun de nos créditeurs », a déclaré le gouverneur de la banque centrale, Christopher Mvunga, lors d’une conférence de presse à Lusaka. Officiellement, ce choix a été fait par souci d’« équité ». « Ce n’est pas que nous ne pouvions pas payer », a souligné M. Mvunga, précisant que le pays était en mesure de rembourser environ 36 millions d’euros sur sa dette. Mais « si nous payons un créditeur, alors nous devons tous les payer », a-t-il déclaré, reconnaissant « une genèse de défaut de paiement ».

Mi-octobre, la Zambie a manqué une échéance de 33,7 millions d’euros prévue dans le remboursement d’une obligation de plus de 632 millions, qui arrive à échéance en 2022. Mardi, l’agence de notation Fitch a baissé la note du pays à RD, pour les pays en défaut. Standard & Poor’s avait déjà relégué la Zambie dans la catégorie défaut de paiement fin octobre. Alertant sur une situation macroéconomique et fiscale « très difficile », le gouvernement avait demandé fin septembre à ses créanciers internationaux une suspension de six mois du paiement des intérêts de trois euro-obligations. Le moratoire a été rejeté vendredi par les créanciers.

Faire marcher la planche à billets

« Techniquement, ils sont en défaut, mais officiellement, cela doit être déclaré par un comité spécial composé d’analystes de crédit des principales banques d’investissement », explique à l’AFP Robert Besseling, directeur d’EXX Africa, une société de conseil en risques politiques et économiques basée en Afrique du Sud. « Ce n’est plus un secret pour personne qu’il y a un défaut », renchérit l’économiste indépendant Mambo Hamaundu, à Lusaka. Selon les spécialistes, la Zambie n’aura pas d’autre choix que de faire marcher la planche à billets pour acheter plus d’obligations. Le risque : une hausse de l’inflation et une monnaie qui s’effondre. « La Zambie s’oriente vers un scénario similaire à ce qui s’est passé au Zimbabwe », met en garde Robert Besseling.

Pour l’instant, le gouvernement zambien tente encore de négocier avec ses créanciers. Le ministre des finances, Bwalya Ngandu, a déclaré mercredi au Parlement demander à continuer les négociations pour un rééchelonnement du remboursement, « malgré leur décision de refuser de suspendre la dette ». « Il est généralement admis que l’impact du Covid-19 a été ressenti dans le monde entier et il y a un consensus général sur le fait qu’il devrait y avoir une suspension de la dette pour les pays les plus touchés », a souligné M. Mvunga.

Pays aux ressources limitées, la Zambie est un des principaux débiteurs de la Chine, à qui elle doit officiellement environ 3 milliards de dollars – plutôt entre 6 et 9 milliards selon les spécialistes. Le G20 a dévoilé la semaine dernière une feuille de route pour la restructuration de la dette de 38 pays africains dont l’économie a été ravagée par le coronavirus. La Zambie a demandé la suspension de sa dette dans ce cadre. « La meilleure option serait une annulation de la dette », a déclaré à l’AFP la directrice de l’ONG ActionAid, Nalucha Nganga, en Zambie. La Banque africaine de développement (BAD) a évalué la dette publique zambienne à 80 % de son PIB en 2019, contre 35 % fin 2014.

Deuxième producteur africain de cuivre, qui a pâti de la chute du cours de certains métaux, la Zambie devrait voir son PIB reculer de 4 % en 2020 après + 1,7 % l’année dernière et + 4 % en 2018. La croissance du PIB par habitant, elle, va plonger de 6,7 % cette année.

Par Le Monde avec AFP