En Algérie, chute du puissant magnat de la presse Anis Rahmani, proche de l’ex-président Bouteflika

Le logo de la chaîne Ennahar TV 
Le journaliste et PDG du premier groupe de médias privé algérien Ennahar a été condamné à cinq ans

de prison ferme, une peine d’une sévérité sans précédent à l’égard d’un patron de presse dans le pays.

C’est une condamnation lourde de symboles. Tout puissant sous l’ère Bouteflika, Anis Rahmani, journaliste et président-directeur général (PDG) d’Ennahar, premier groupe de médias privé algérien, a fini par être rattrapé par la justice. Il a été condamné, dimanche 15 novembre, à cinq ans de prison ferme, selon Ennahar, une peine d’une sévérité sans précédent à l’endroit d’un patron de presse en Algérie. « Cinq ans de prison ferme #Anis Rahmani (…) », a tweeté le groupe.

De son vrai nom Mohamed Mokaddem, M. Rahmani, 49 ans, proche de l’entourage de l’ex-président déchu Abdelaziz Bouteflika, était poursuivi pour avoir enregistré et diffusé en octobre 2018 une communication téléphonique qu’il avait eue avec un colonel des services de renseignement.

M. Rahmani était accusé d’« outrage à un officier durant l’exercice de ses fonctions », « diffamation à l’encontre de l’armée », « outrage à corps constitué » et « atteinte à la vie privée en enregistrant une communication sans l’accord du concerné », selon le site du groupe Ennahar.

Le directeur de la populaire chaîne Ennahar TV était également poursuivi pour « atteinte à l’unité nationale » et « atteinte à l’intégrité du territoire ». En détention depuis février dernier, M. Rahmani a également écopé d’une amende de 100 000 dinars (environ 650 euros).

Lors de son procès, qui s’est tenu par visioconférence depuis la prison de Koléa, à l’ouest d’Alger, le procureur avait requis une peine de dix ans ferme. Durant les débats, M. Rahmani a clamé son innocence et nié les faits qui lui sont reprochés. Il a assuré que sa « responsabilité morale et juridique [l’]avait poussé à défendre ses journalistes en prenant certaines dispositions ».

Parmi ces dispositions, il a reconnu « avoir enregistré la communication avec l’officier supérieur et l’avoir diffusé lors de l’arrestation du journaliste qui avait écrit sur le sujet ».

Grandeur et décadence

Le 15 octobre, le magnat déchu avait déjà été condamné à six mois de prison ferme pour diffamation dans une affaire qui l’opposait à Yassine Fodhil, directeur de la revue arabophone Echorouk El-Arabi.

Autrefois proche du clan Bouteflika, en particulier de Saïd Bouteflika, frère et puissant conseiller de l’ex-homme fort du pays, M. Rahmani fait également l’objet d’une enquête pour corruption. Il est aussi poursuivi dans plusieurs dossiers, notamment pour « acquisition d’avantages indus » et « détention de comptes bancaires à l’étranger ».

Il a été visé par d’autres plaintes pour diffamation, selon les médias algériens. Connu comme un spécialiste des questions sécuritaires, M. Rahmani est devenu célèbre grâce à Ennahar TV. Lancée en 2012, cette chaîne d’information en continu se targue d’être « la première chaîne d’info en Algérie ». Mais elle a été critiquée pour être une arme contre les opposants au « système » Bouteflika.

Lors de la campagne électorale pour l’élection présidentielle de décembre 2019, la chaîne avait attaqué le candidat Abdelmadjid Tebboune, devenu président. La chute de M. Rahmani paraissait alors inéluctable. Après la démission d’Abdelaziz Bouteflika, chassé du pouvoir en avril 2019 par un soulèvement populaire, la justice algérienne a lancé une série d’enquêtes pour corruption.

Les condamnations en série à de sévères peines de prison ont dévoilé l’ampleur de la corruption dans le sérail de l’ancien chef d’Etat, touchant anciens ministres, hauts fonctionnaires et hommes d’affaires.

Par Le Monde avec AFP