Grands électeurs, suffrage indirect… Quelques clés pour comprendre l'organisation de la présidentielle américaine

 Un bureau de vote en Caroline du Sud (Etats-Unis), en février 2020. 
En 2016, Donald Trump à remporté l’élection avec 2,8 millions de voix de moins qu'Hillary Clinton. En cause : le fameux collège électoral. Comment fonctionne ce système ?

En 2016, Hillary Clinton a obtenu 2,8 millions de voix d’avance sur son adversaire républicain au vote populaire. Pourtant, avec 57 % des grands électeurs dans sa poche, c’est Donald Trump qui s’est installé dans le fauteuil du bureau ovale de la Maison Blanche. A cinq reprises dans l’histoire américaine, le candidat vainqueur de l’élection présidentielle américaine n’avait pas remporté la majorité des bulletins déposés dans les urnes par les électeurs américains. En cause : le collège électoral, caractéristique d’un système américain basé sur un suffrage universel indirect à un tour. Outre-Atlantique, le débat sur sa pertinence est bicentenaire. Mais d'autant plus prégnant récemment qu'avec l'élection de Georges W. Bush en 2000, deux victoires présidentielles en vingt ans contredisent le résultat du vote populaire. 


Grands électeurs 

Les électeurs américains n’élisent pas leur président au suffrage universel direct mais votent dans chaque Etat pour désigner de «grands électeurs». Qui s’engagent, eux, à voter pour le candidat auquel ils affichent leur soutien. Pour la plupart inconnus du grand public – leurs noms n’apparaissent même pas sur les bulletins – ces candidats sont des élus ou responsables politiques locaux désignés par les partis.

Décidé avec la Constitution de 1787 qui fixe les règles de l’élection présidentielle, le collège électoral se veut l'un des «filtres» (en plus autrefois d'un suffrage censitaire) voulu par les Pères fondateurs pour empêcher l’accession d’un despote à la tête de ce pays né d’une révolution. Mais «l’élection de Trump a fait couler beaucoup d'encre : beaucoup se sont interrogés sur la pertinence de ce système censé éviter l’arrivée d’une personne non vertueuse au pouvoir», note Elisabeth Fauquert, maîtresse de conférence à l’université Paris-Nanterre et spécialiste des Etats-Unis.

Chaque Etat dispose d’autant de grands électeurs que d’élus au Congrès. Autrement dit à la Chambre des représentants – un nombre calculé en fonction de la population – et au Sénat, où siègent deux représentants par Etat, indépendamment de la population. Chaque Etat est donc doté d’au moins trois grands électeurs. Comme les moins peuplés Vermont, Alaska ou Wyoming. A l’opposé, la Californie en a 55 et le Texas 38. Au total, le collège électoral est actuellement composé de 538 grands électeurs. Mais le chiffre à retenir, c’est 270, soit le nombre de grands électeurs à remporter (la moitié plus un) pour prendre la tête de la première puissance mondiale. 

Justine Daniel

Par Liberation.fr