Ils sortent de plus de trois mois de confinement, ces Français de Melbourne témoignent

 
Alors que la France se confine à nouveau, la ville de Melbourne en Australie est, elle, déconfinée

depuis mercredi 28 octobre. Trois Françaises et un Français expatriés là-bas ont accepté de nous raconter ce déconfinement tant attendu, après quatre mois de restrictions drastiques.

« Au propre comme au figuré, on peut dire qu’on est aux antipodes… » Lorsqu’elle nous répond via l’application WhatsApp, Claire Courtel, Française installée à Melbourne depuis dix-sept ans, est bien consciente du décalage. À l’heure où la France plonge dans son deuxième confinement, Melbourne, en Australie, sort tout juste de plus de trois mois de fortes restrictions.

Alors que Melbourne entre dans l’été et que le beau temps se fait ressentir, les bars et restaurants ont rouvert dans la nuit du mardi 27 au mercredi 28 octobre, il n’y a plus de restrictions temporaires de déplacements (un rayon maximal de 25 kilomètres est cependant maintenu) et il est désormais possible de se rendre chez des amis (une seule fois par jour seulement)…

« Toutes les restrictions ne sont pas encore levées mais nous sortons enfin de notre hibernation forcée », nous explique-t-elle, soulagée.

Si Claire assure ne pas vouloir faire de folies et ne se sent pas encore prête à aller dans des lieux clos avec du monde, cette femme originaire de la banlieue nantaise a déjà pu voir une amie dans un parc, « autour d’une bouteille de champagne », raconte-t-elle, souriante.

Au moment où elle nous relate son expérience, son mari est d’ailleurs dans un bar en train de boire des coups avec des amis. « Demain soir, on reçoit enfin des amis à dîner, on ne l’avait pas fait depuis juillet… »

« Après tant d’efforts… »

« J’ai pu aller acheter des chaussures à ma fille dans un magasin et non plus en ligne. C’est bête, mais j’étais contente de retrouver ça. Après tant d’efforts, ça fait plaisir de voir que tout ou presque rouvre », poursuit cette maman de deux enfants âgés de 10 et 7 ans.

Claire travaille désormais pour le gouvernement local de l’État de Victoria, elle qui avait perdu son précédent emploi dans les ressources humaines dans l’industrie aéronautique à cause de l’épidémie.

« J’ai commencé ce nouveau job en télétravail, c’est toujours obligatoire depuis fin mars. Donc je n’ai jamais vu mes collègues », détaille-t-elle. Elle ne comprend pas pourquoi le télétravail n’a pas été davantage généralisé en France depuis des mois. Pour les prochains jours, un dîner est prévu entre collègues : « Ça va me faire bizarre de les voir en vrai… »

« Ça valait le coup d’avoir un confinement si dur »

Mais elle l’assure, « ça valait le coup d’avoir un confinement si dur pour un tel résultat ». Un avis que partage Chrystelle Balcon, une Bretonne installée à Melbourne depuis onze ans. « Il a bien mis le bazar ce virus, mais nous l’avons battu ! Nous avons gagné et c’est grâce à ce maudit confinement », lance-t-elle. Actuellement, il y a entre 0 et 3 nouveaux cas par jour dans cette ville de 5 millions d’habitants.

Mais Chrystelle souligne que l’économie a été très durement touchée et que les dépressions ont augmenté : « Là, on sort vraiment d’une période qui a été très très dure. Le confinement a été prolongé au moins trois fois. On nous a privés de tout pendant près de quatre mois, et là, on retrouve des libertés. Ça fait vraiment bizarre », confie cette travailleuse en développement informatique.

Maman d’une petite fille qu’elle a pu remettre à la crèche il y a trois semaines, elle se dit « heureuse et soulagée » de retrouver ses amis, d’aller au restaurant. De vivre normalement ou presque.

« On n’a pas fait tout ça pour rien »

Lorsque nous l’avions interrogée en juillet, Alexiane, étudiante arrivée en Australie en avril 2019, nous avait avoué que le deuxième confinement de Melbourne lui avait mis « un petit coup au moral ».

« On a eu le confinement le plus long du monde du monde, moralement, ça a été très dur », confirme aujourd’hui cette jeune femme de 25 ans.

« Mais les efforts ont servi. Je me dis qu’on n’a pas fait tout ça pour rien. Quand je vois la situation en France, j’ai du mal à comprendre l’énervement face à un deuxième confinement quand on voit toutes les soirées qu’il y a eu cet été, tous les gens partis en vacances à l’autre bout du pays », expose-t-elle, alors que Melbourne a connu de nombreuses étapes différentes de restrictions.

Avec ce redémarrage partiel de la ville, Alexiane recommence à postuler dans des restaurants. Un premier entretien a eu lieu ce jeudi 29 octobre, un autre est prévu le lendemain. Quant à son objectif de travailler dans un food-truck pour le Grand Prix de Melbourne, « j’espère toujours pouvoir le réaliser, dit-elle, même si ça risque d’être dans longtemps ».

« Je devais revenir en France en novembre… Je ne sais pas quoi faire »

Si les Français de Melbourne goûtent avec plaisir à cette liberté retrouvée, reste un problème qui se pose à eux : quand pourront-ils revenir en France et enfin revoir leur famille ?

Étudiant en commerce et habitant en Australie depuis quatre ans, Alexis Charbonnier avait, lui, l’intention de revenir voir sa famille au Mans (Sarthe) en novembre. Également coach sportif, il ne peut toujours pas reprendre ses séances dans les salles de sport de Melbourne, qui restent fermées pour l’instant, tout comme les cinémas.

Mais il a réussi à faire des séances de coaching personnalisées, à raison de six à sept séances par jour. Le jeune homme ayant reçu des aides financières, son compte en banque se porte mieux. De quoi envisager un retour en France.

« J’avais annulé mon visa australien, on devait arriver en France le 26 novembre. Mais si c’est pour se refaire un confinement à nouveau… C’est un peu la lose », confie celui qui, pendant son long confinement, a demandé en mariage sa copine avec qui il était confiné. Sans pour autant savoir quand ni où la cérémonie pourra avoir lieu…

Par Paul GRATIAN

Ouest-France.fr