L’UE et les Etats-Unis s’alarment des mesures prises par la Chine contre les députés de Hongkong

Les législateurs prodémocratie de Hongkong ont déclaré, le 11 novembre, qu’ils démissionneraient tous, après que quatre de leurs collègues ont été évincés. 
Quatre élus prodémocratie ont été renvoyés sur demande chinoise. Pour Washington, Pékin a « violé de

manière flagrante » l’autonomie de Hongkong.

La décision prise par Pékin de révoquer quatre députés hongkongais prodémocratie inquiète à l’international. Mercredi 11 novembre, les quatre élus ont été démis de leur mandat après l’autorisation accordée aux autorités locales d’évincer tout législateur considéré comme une menace pour la sécurité nationale, sans même passer devant un tribunal. Dans la foulée, les quinze autres députés prodémocratie de Hongkong ont décidé de démissionner. Le Conseil législatif (LegCo), Parlement de Hongkong, s’est réuni jeudi sans aucun d’eux.

L’Union européenne a demandé jeudi à la Chine de revenir « immédiatement » sur ces décisions et appelé à « la réintégration immédiate » des députés démis de leurs fonctions, a déclaré dans un communiqué le haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Josep Borrell, s’exprimant au nom des Vingt-Sept.

« Extinction de liberté »

Les Etats-Unis ont menacé, mercredi 11 novembre, la Chine de nouvelles sanctions pour avoir, selon eux, « violé de manière flagrante » l’autonomie de Hongkong. « Les actions récentes de Pékin disqualifiant les législateurs prodémocratie du Conseil législatif de Hongkong ne laissent aucun doute sur le fait que le Parti communiste chinois [PCC] a violé de manière flagrante ses engagements internationaux », a déclaré Robert O’Brien, le conseiller à la sécurité nationale du président américain, Donald Trump. Il a ajouté que les Etats-Unis continueraient d’« identifier et de sanctionner les responsables de l’extinction de la liberté à Hongkong ».

Le gouvernement britannique a également condamné la décision, qu’il voit comme « une nouvelle attaque contre le haut degré d’autonomie et les libertés de Hongkong », a déclaré dans un communiqué le ministre des affaires étrangères, Dominic Raab. Le gouvernement allemand, « profondément inquiet », a, lui, fustigé « la poursuite d’une tendance à saper le pluralisme et la liberté d’expression » dans l’ex-colonie britannique.

Interrogé lors d’un point presse, le porte-parole de la diplomatie chinoise, Wang Wenbin, a rejeté jeudi les « accusations gratuites de quelques pays ». « Les pays étrangers n’ont aucun droit de faire des remarques irresponsables dans le but de s’ingérer » dans les affaires de Hongkong, a-t-il martelé. Auparavant, Pékin avait critiqué la démission collective des députés d’opposition, y voyant « une farce ».

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Démissions en solidarité

Ces démissions sont le dernier coup porté au camp prodémocratie, qui fait l’objet d’attaques incessantes depuis que Pékin a imposé, à la fin de juin, une loi sur la sécurité nationale. De nombreux militants ont depuis été arrêtés alors que d’autres ont choisi l’exil.

« Nous, [membres] du camp prodémocratie, nous tiendrons aux côtés de nos collègues qui sont exclus. Nous démissionnerons en masse », a déclaré Wu Chi-wai, à la tête des 15 législateurs prodémocratie demeurant au Parlement local.

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Le Conseil législatif compte 70 membres désignés selon un système alambiqué qui garantit presque à coup sûr une majorité au bloc pro-Pékin. Seuls 35 membres sont en effet élus au suffrage universel direct, offrant une rare occasion aux 7,5 millions d’habitants d’exprimer leur opinion à travers les urnes.

Les autres législateurs sont principalement désignés par des groupes socioprofessionnels acquis à la Chine continentale. La démission des prodémocratie laissera presque entièrement le LegCo aux mains de députés alignés sur Pékin.

« Si le respect des procédures, la protection des systèmes et des fonctions et la lutte pour la démocratie et les droits de l’homme entraînaient une exclusion, ce serait un honneur pour moi », a déclaré mercredi à la presse Dennis Kwok, l’un des quatre députés exclus. De son côté, la chef de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam, a soutenu que ces exclusions étaient « constitutionnelles, légales, raisonnables et nécessaires ».

Les quatre élus exclus faisaient partie des 12 candidatures aux législatives hongkongaises invalidées à la fin de juillet. Ces élections, qui devaient se dérouler le 6 septembre, avaient finalement été reportées d’un an pour cause de coronavirus.

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Des mois de contestation

Pékin a imposé à la fin de juin cette loi sur la sécurité nationale, décrite par les dirigeants chinois comme « une épée » suspendue au-dessus de la tête de ses détracteurs. Cette législation, destinée à mettre fin à des mois de manifestations monstres et souvent violentes qui ont secoué le territoire l’an passé, a contribué à renforcer considérablement l’emprise du pouvoir central chinois sur Hongkong. Nombre de militants pour la démocratie dénoncent un texte liberticide.

L’impossibilité pour les Hongkongais d’élire leurs dirigeants ainsi que l’ensemble de leurs députés était au centre de leur mouvement de contestation. Plus de 10 000 personnes ont été arrêtées depuis le début des manifestations et les tribunaux croulent sous le nombre d’affaires à juger, la plupart concernant des députés de l’opposition ainsi que des figures du mouvement prodémocratie.

Par Le Monde avec AFP