Que retenir du bilan de Donald Trump après 4 ans de présidence?

 Si le mandat de Donald Trump a d’abord été marqué par l’extravagance du personnage, il a aussi consisté en un bouleversement de la politique des États-Unis. 
Que retiendront les livres d’histoire du mandat de Donald Trump? Quel bilan feront-ils de cette présidence hors norme et de ce président sans limites? De quelles réussites pourrait-il s’enorgueillir et de quels échecs sera-t-il comptable? Retour en détail sur ces quatre dernières années.

L’enragé de Twitter

Cinquante-sept mille neuf cents. C’était hier le total de tweets qu’affichait le compte de Donald Trump (87 millions d’abonnés). Des messages pas toujours intelligibles, écrits souvent en capitales, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, pour annoncer le limogeage d’un collaborateur ou dire ce qu’il pense d’un animateur télé. Cette frénétique communication 2.0, déversoir des pulsions du milliardaire, lui a aussi permis de passer outre les médias établis et leurs "fake news" et de s’adresser directement à sa base. Elle a aussi confirmé son style : basique, sans nuances, extravagant. Pour John Bolton*, son ancien conseiller à la sécurité, elle est plutôt le reflet de sa vacuité : "Il n’est pas compétent, il ne comprend pas l’immensité des responsabilités d’un président", glisse-t-il au JDD.

La valse des conseillers

"You’re fired!" Ainsi parlait Donald Trump quand, dans son émission The Apprentice, il virait sans ménagement les candidats. Ainsi a-t-il régné sur la Maison-Blanche pendant quatre ans. La liste des éconduits mais surtout des démissionnaires est aussi longue que le séjour à la Maison-Blanche a été court pour certains. Parmi les nombreux partants, on trouve James Mattis (Défense), Rex Tillerson (Secrétariat d’État), Steve Bannon... Même la conseillère politique Kellyanne Conway, fidèle parmi les fidèles, a fini par s’en aller cet été après trois ans et demi de loyaux services.

Les couvertures du magazine "Time" en 2016, 2017 et 2018, illustrées par Edel Rodriguez. (Time)   © Antoine Malo (Time) Les couvertures du magazine "Time" en 2016, 2017 et 2018, illustrées par Edel Rodriguez. (Time)

Promesses tenues

On ne pourra pas enlever ça à Trump : il a tenté d’appliquer ce qu’il avait promis en 2016, même si son programme était minimal. À son actif notamment, la réforme fiscale et les baisses d’impôts "qui ont surtout bénéficié aux entreprises et aux plus riches", précise Laurence Nardon, de l’Ifri. Lui s’enorgueillit d’avoir rendu l’Amérique "great again" avec un chômage tombé à 4,5% avant le Covid. Sur l’immigration, il a certes échoué dans sa construction du mur mitoyen avec le Mexique (170 kilomètres de clôture ont été installés sur 600). Mais il a fait arrêter à tour de bras les clandestins à la frontière (850.000 l’année dernière), expulser des milliers d’illégaux (mais moins qu’Obama). Dernier et précieux gage donné aux républicains : il leur lègue une justice pour longtemps à leur main, spécialement à la Cour suprême, où il a nommé trois juges sur neuf.

Diviser pour mieux régner

Son discours d’investiture annonçait tout de la suite. "Il ne s’est adressé qu’aux républicains, rappelle Jean-Éric Branaa**, de l’université Assas. Il a été d’une brutalité extraordinaire." Puis, en 2017, à Charlottesville, un suprémaciste blanc tue une personne en fonçant dans une foule de militants de gauche. Trump met les deux camps dans le même sac. Il ne cessera ensuite d’opposer les Américains. Démocrates contre républicains, Blancs contre Noirs, ruraux contre urbains. "La polarisation de la société américaine existait avant lui et il a même été élu grâce à ça, relève Laurence Nardon. Mais il a fortement aggravé le phénomène." Au point de faire craquer le pays, secoué depuis le printemps par les émeutes.

Bousculer le vieux monde

Unesco, OMS, traité de Paris sur le climat, accord sur le nucléaire iranien... Fini le multilatéralisme. En bon businessman, Trump veut tout renégocier à son avantage, quitte à semer un foutoir planétaire. "Son diagnostic de l’état des institutions était pourtant le bon, estime Alexandra de Hoop Scheffer, du think tank German Marshall Fund. Mais sa méthode a eu des effets désastreux." Avec la Chine aussi, il a changé les règles. Pas forcément un mal, selon la chercheuse : "Ça a suscité une prise de conscience en Europe sur la montée en puissance de Pékin. Il a permis le réveil, la fin de la naïveté."

L’idylle coréenne

L’histoire avec Kim Jong-un a commencé par des insultes. "Vieux fou", a lancé le leader nord- coréen. "Rocket man", "petit gros", a répondu Trump. La guerre n’était pas loin. Puis, subitement, le ton a changé, les deux hommes ont fini par s’envoyer des missives enamourées. Avec en point d’orgue cette rencontre historique de juin 2019. Pour quels résultats? Aucun, estime Laurence Nardon : "L’arsenal balistique et nucléaire nord-coréen est aujourd’hui plus important qu’en 2016." Alexandra de Hoop Scheffer estime pourtant que Trump "a sorti la diplomatie de l’inertie". Jean-Éric Branaa abonde : "Au moins il y a eu un dialogue. Et ça a quand même conduit à une poignée de main à la frontière entre les deux dirigeants coréens."

Israël, l’enfant chéri

Jamais un président américain n’était allé aussi loin dans sa politique pro-israélienne. Il y eut d’abord, en mai 2018, le déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem. Puis ce travail pour que des pays arabes normalisent leurs relations avec l’État hébreu. Trois, dont Bahreïn et les Émirats arabes unis, l’ont déjà fait. D’autres, et pas des moindres, pourraient suivre. Pour les Palestiniens, cependant, c’est la fin des illusions.

* La Pièce où ça s’est passé, Talent Éditions.

** Joe Biden, Nouveau Monde.

Par leJDD.fr