Vaccin anti-coronavirus : à quoi correspondent les «90% d'efficacité» ?

  
Le laboratoire Pfizer a annoncé, lundi, que son candidat vaccin contre le coronavirus était «efficace à 90%». De quoi espérer vaincre la pandémie ?

Le laboratoire Pfizer et son partenaire allemand BioNTech ont expliqué avoir testé le vaccin sur des dizaines de milliers de personnes. Des résultats qui semblent donc encourageants, mais qui doivent être pris avec précaution. 

Comment ce chiffre a-t-il été obtenu ? 

Le chiffre est basé sur les résultats préliminaires de la phase 3. Cette «phase 3», obligatoire pour tout laboratoire qui souhaite commercialiser un vaccin, est la dernière phase des essais cliniques. Elle consiste à recruter entre 30.000 et 40.000 volontaires pour tester le produit. Un groupe reçoit le candidat vaccin, tandis que l'autre reçoit un placebo. Le laboratoire observe ensuite quels participants développent la maladie, et établissent un «taux d'efficacité».

«Nous sommes fiers d'annoncer, avec BioNTech Group, et suite à des résultats intermédiaires, que [...] notre candidat vaccin a montré des preuves d'efficacité contre le Covid-19», a tweeté Pfizer ce 9 novembre. 

Ces «preuves d'efficacité» correspondent à l'efficacité mesurée au cours des essais (efficacy, en anglais). Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, on peut définir l'efficacy ainsi : «Le pourcentage de réduction du nombre de malades dans un groupe vacciné, comparé à un groupe non-vacciné, dans des conditions optimales.»

Concrètement : dans le cas de Pfizer, il y a eu 90% de cas de Covid en moins dans le groupe vacciné, par rapport au groupe ayant reçu un placebo. 

Ce chiffre présente-t-il des limites ? 

La nouvelle est encourageante. Elle doit toutefois être prise avec précaution.

Par exemple, les «90% d'efficacité» de Pfizer ont été obtenus dans les conditions spécifiques du laboratoire, et seulement 7 jours après l'injection de la seconde dose chez les patients. Ils ne prennent donc pas en compte l'éventuelle diminution de la protection dans le temps. 

Pour intégrer cette variable, il faudra attendre le calcul de l'effectiveness : le taux d'efficacité d'un vaccin dans des conditions réelles. Mais ce taux ne sera disponible qu'après commercialisation du vaccin. 

Ce n'est pas la seule limite des résultats de Pfizer. Le site numerama souligne que, même si le laboratoire a assuré que son vaccin ne causait pas d'effets secondaires graves, les détails n'avaient pas encore été publiés. De la même manière, Pfizer doit encore communiquer des informations sur le niveau de sévérité de la maladie chez les patients qui l'ont quand même développée. 

Peut-on se réjouir de ce résultat ? 

Malgré ces limites, le chiffre avancé par Pfizer reste très prometteur. Un taux d'efficacité de 90% est un beau score pour un vaccin, ceux-ci atteignant très rarement 100%. Le vaccin contre la grippe, par exemple, présente un taux d'efficacité compris entre 40 et 60%. 

Même pour la rougeole, dont le vaccin est pourtant l'un des plus efficaces, le taux d'efficacité culmine à 97%. 

Reste donc à savoir à partir de quand un vaccin est considéré comme assez efficace. Dans le cas du Covid-19, la Food and Drug Administration, qui autorise la commercialisation des médicaments aux Etats-Unis, a déjà affirmé qu'elle autoriserait un vaccin si son taux d'efficacité est supérieur à 50%. 

Une étude parue dans l'American Journal of Preventive Medicine a, quant à elle, calculé que si 75% de la population acceptait de se faire vacciner, il faudrait un vaccin efficace à 80% pour enrayer la pandémie. 

Ces deux chiffres sont surpassés par Pfizer : tous les espoirs sont donc permis.