Le passé colonial du Japon parasite les affaires avec la Corée du Sud

Un magasin Uniqlo, dans le quartier touristique de Myeongdong, à Séoul, la capitale sud-coréenne, en octobre 2019. 
L’enseigne de vêtements bon marché Uniqlo, entre autres, pâtit du boycott des produits nippons lancé par Séoul à l’été 2019.

Les contentieux historiques continuent de peser sur les activités des groupes japonais en Corée du Sud. Dernière victime en date, l’enseigne de vêtements bon marché Uniqlo a annoncé, lundi 14 décembre, la fermeture de son principal magasin de Séoul. Idéalement situé à l’entrée du quartier touristique de Myeongdong, le point de vente, qui réalisait 2 milliards de wons (1,5 million d’euros) de ventes par jour à son ouverture, en 2011, va fermer ses portes, fin janvier 2021.

Le message « Merci pour votre soutien » orne désormais la façade de verre, illustrant les difficultés de l’enseigne dans un pays classé au troisième rang des partenaires commerciaux du Japon, derrière la Chine et les Etats-Unis.

Uniqlo pâtit du boycott des produits nippons, lancé à l’été 2019 en réponse à l’interruption par Tokyo des exportations vers la Corée du Sud de certains matériaux pour microprocesseurs. Officiellement, la décision a été prise pour des questions de sécurité. Officieusement, elle l’a été en représailles aux condamnations de plusieurs industriels japonais, dont le sidérurgiste Nippon Steel, à dédommager des Coréens victimes de travail forcé pendant la période coloniale (1910-1945).

Vidés de leurs clients locaux, les magasins Uniqlo l’ont ensuite été des touristes en raison de la crise liée au Covid-19. Fast Retailing, sa maison mère, a enregistré en Corée du Sud une perte de 88,3 milliards de wons au cours de l’exercice clos fin août.

Avenir sombre

D’autres secteurs ont subi le choc du boycott. Les brasseurs comme Asahi ont vu leurs bières disparaître des rayons des supermarchés. Les ventes de voitures nippones se sont effondrées. Nissan s’est même retiré du marché.

Certes, le boycott tend à s’essouffler et rencontre des limites, surtout quand il s’agit de produits uniques. Le Tamagotchi du fabricant de jouets Bandai « a battu le record absolu des commandes de jouets en Corée du Sud », a ainsi fanfaronné la branche locale de l’entreprise. Sony n’a également plus de PlayStation 5 disponibles. La sortie, au printemps, du nouvel opus d’Animal Crossing, de Nintendo, avait donné lieu à de longues files d’attente devant les magasins. Plus généralement, les ventes en ligne auraient quelque peu compensé l’impact négatif du boycott et du Covid-19.

Nonobstant, l’avenir reste sombre. Tokyo refuserait de participer au sommet trilatéral Chine-Japon-Corée du Sud, prévu à l’origine en 2020 en Corée du Sud et finalement repoussé à 2021. Signe des blocages en cours, le tribunal de Pohang (sud-est de la Corée) a rejeté, vendredi 11 décembre, un appel de Nippon Steel, qui contestait la saisie d’une partie de ses avoirs en Corée du Sud, en l’occurrence 194 794 actions, d’une valeur d’environ 973 millions de wons, dans PNR, une coentreprise créée avec le sidérurgiste sud-coréen Posco, pour financer les dédommagements.

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Source: LE MONDE