Prime sur le cacao : la Côte d’Ivoire lève les sanctions contre le chocolatier Hershey

Un champs de cacao à Azaguié, en Côte d’Ivoire, le 27 novembre. 
La Côte d’Ivoire et le Ghana accusent les multinationales du chocolat de ne pas vouloir payer une prime

spéciale pour mieux rémunérer les planteurs. Hershey s’est engagé à la payer.

La guerre du cacao connaît une trêve. Le Conseil café cacao (CCC) de Côte d’Ivoire, l’organisme public qui gère la filière du cacao, a levé vendredi 4 décembre la suspension des programmes de durabilité de Hershey dans le pays annoncée lundi, selon une lettre adressée au géant chocolatier américain.

« Cette levée de suspension fait suite à votre engagement définitif à payer le DRD » (différentiel de revenu décent), une prime de 400 dollars par tonne de cacao destinée à mieux rémunérer les planteurs, écrit le directeur général du CCC, Yves Koné, au groupe Hershey.

Dans sa lettre, il rapporte que la levée de la suspension a été décidée à la suite d’un entretien vidéo avec des responsables de Hershey le 1er décembre, dès le lendemain de la dénonciation publique. Le CCC espère que « dans l’intérêt des producteurs, de vos intérêts propres et celui de la filière cacao, notre structure ne sera plus amenée à suspendre de nouveau les programmes Hershey en Côte d’Ivoire », écrit Yves Koné.

On ignorait dans l’immédiat si le Ghana a également levé ses sanctions.

Des accusations qui coûtent cher aux chocolatiers

La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao avec plus de 40 % du marché, et son voisin le Ghana, numéro deux avec plus de 20 %, avaient lancé lundi une offensive médiatique sans précédent contre Hershey et Mars, accusant publiquement les deux géants chocolatiers de refuser de payer le DRD, alors que beaucoup de planteurs ouest-africains vivent dans la misère. Les deux groupes avaient protesté de leur bonne foi et assuré qu’ils soutenaient ce mécanisme, imposé par la Côte d’Ivoire et le Ghana en 2019.

Ces accusations publiques, relayées jeudi par d’importantes organisations de planteurs de cacao ivoiriens qui avaient menacé de « boycotter » les multinationales du chocolat, pouvaient coûter cher en termes d’image et de ventes à ces groupes, déjà sur la sellette depuis plusieurs années sur les questions d’éthique.

Les programmes de certification ou de « durabilité » des chocolatiers visent à garantir qu’ils achètent du cacao « durable » respectant des critères de production éthiques (n’entraînant pas de déforestation ou ne recourant pas au travail des enfants notamment). Ils sont un élément de communication et de marketing important en direction des consommateurs occidentaux.

Les planteurs sont les parents pauvres du marché mondial du cacao et du chocolat, dont ils ne touchent que 6 % des 100 milliards de dollars de revenus annuels. La moitié des planteurs ivoiriens vivent sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale.

Le Monde avec AFP