Rapprochement historique entre Israël et le Maroc : fin de l'anathème contre Israël en France

 L'ambassadeur par intérim d'Israël en France, Daniel Saada, présente les perspectives humaines, entre Marocains, Israéliens et Français.  
La France, via notamment la langue française, va sûrement jouer un rôle dans la reconnaissance mutuelle entre l'État d'Israël et le Royaume du Maroc, annoncée le 10 décembre par un tweet du président des États-Unis, Donald Trump. Cela changera la donne diplomatique, maintenant que le Maroc rejoint plusieurs autres États arabes dans la normalisation avec Israël. L'ambassadeur par intérim d'Israël en France, Daniel Saada, présente les perspectives humaines, entre Marocains, Israéliens et Français.

Les juifs d'origine marocaine en France et en Israël sont-ils liés ? 

Daniel Saada : Depuis la création d'Israël, 200.000 juifs sont arrivés du Maroc en Israël, et ils ont des liens familiaux en France et au Canada, et des ponts avec le Maroc-même, et donc le lien avec le pays d'origine est important. Cinquante mille israéliens par an visitent le Maroc, avec des passeports israéliens ! Et l'on estime à 700.000 leurs descendants israéliens.

Y a-t-il déjà des israélo-marocains de passeport ? Y en aura-t-il dorénavant ?

Israël n'exige pas la renonciation de nationalité pour ceux qui acquièrent la nationalité israélienne. Bien au contraire, il y a en Israël une mode de retrouver la communauté nationale ancestrale, en net contraste avec la coupure que l'on exigeait des premiers arrivants. Se désinvestir de noms, de langues, de souvenirs du passé, était une fusion dans la nation israélienne symbolique. Et c'est la troisième génération qui est attirée par ces visites au pays d'origine des grands-parents. Ce phénomène est en pleine vogue chez tous les Israéliens, et l'on fait même des voyages avec les trois générations.

Lingustiquement, entre Marocains et Israéliens, va-t-on communiquer en français, si ce n'est en arabe ? 

Nous sommes heureux de renouer avec ce grand pays musulman et ami, et sommes contents que le Maroc soit partiellement francophone. L'ennui pour nous est qu'à la Francophonie, la République du Liban et  d'autres États nous bloquent, alors que nous sommes au-delà d'un million -- certains parlent de deux millions -- de francophones en Israël, et France et Israël ont toujours eu des relations passionnées. Et la langue française apportera un apaisement. Et nous nous en disons, Salam et Bienvenue.

Diplomatiquement parlant, la normalisation Maroc-Israël va-t-elle faciliter les relations entre l'État d'Israël et d'autres États ?

Nous espérons que les choses deviennent plus faciles, et déjà il faut remarquer que les accords d'Abraham sont un processus qui met fin à une situation aberrante car Israël n'a pas de contentieux territoriaux ou autres avec ces États. Et il y a un autre message à capter : ces reconnaissances mutuelles marquent la fin d'une confrontation inutile qui puisait dans l'anathème et le boycott. Nos nouvelles relations avec les Émirats Arabes Unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc, voilà un message d'apaisement. Que ce soit entendu même en France ! Il y a trop tendance en France à penser que soutenir la Palestine passe par l'anathème contre Israël. Ces États arabes montrent que l'on peut être ami d'Israël et soutenir la Palestine. Au lieu d'importer le conflit israélo-palestinien en France, qu'on importe la paix !

Peut-on s'attendre à des projets trilatéraux entre Français, Israéliens et Marocains ?

Il y a eu, entre 1995 et 2000, des relations semi-officielles Israël-Maroc. Nous y revenons et les surpassons. Il y a des relations privilegiées Maroc-France, comme il y en aura côté Israël-Maroc. Il y a beaucoup de choses à imaginer, et nos amis Français vont imaginer de projets trilatéraux. 

Donc l'on pense à du gagnant gagnant, du Win win, sous quelle forme ?

Oui, du win win, car d'autres pays musulmans, d'autres capitales viendront, et cela produira un apaisement pour les autres communautés arabo-musulmanes dans le monde, afin que l'on en finisse avec les boycotts de produits et de professeurs.

Je pense que l'alibi du soutien à la cause palestinienne est devenu caduc, et donc que les masques tombent. On peut avoir des relations avec Israël et soutenir la cause palestinienne. L'autre posture n'est que haine et antisémitisme. À Dubaim au grand marché, nos fruits et légumes attirent les clients justement parce qu'ils sont clairement marqués, avec le drapeau israélien.

Par Harold Hyman