Un intellectuel italien rend sa Légion d’honneur pour protester contre la décoration du président égyptien

Le président égyptien a été officiellement reçu à l’Elysée lundi, à Paris. 
Emmanuel Macron a remis lundi la grand-croix de la Légion d’honneur à Abdel Fattah Al-Sissi.

Le journaliste et écrivain italien Corrado Augias a annoncé dimanche 13 décembre qu’il allait restituer lundi sa Légion d’honneur en signe de protestation à celle accordée au président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, qu’il qualifie de « complice d’atroces criminels ».

« Demain, lundi 14 décembre, j’irai à l’ambassade de France pour restituer la Légion d’honneur. Un geste aussi bien grave que purement symbolique, je dirais sentimental. Je sens que je le dois en raison du profond lien émotionnel et affectif que j’ai avec la France », terre d’origine de son père, écrit M. Augias dans une lettre publiée dans le quotidien de gauche La Repubblica.

Le président Macron a remis lundi la grand-croix de la Légion d’honneur au président Sissi, en visite officielle en France, une distinction qui a suscité des réactions outrées sur les réseaux sociaux en raison de la répression des droits humains exercée en Egypte, selon les ONG humanitaires.

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Un étudiant italien mort au Caire en 2016

« A mon avis, le président Macron n’aurait pas dû concéder la Légion d’honneur à un chef d’Etat qui s’est objectivement rendu complice d’atroces criminels. Je le dis pour la mémoire du pauvre Giulio Regeni, mais aussi pour la France, pour l’importance que cette distinction représente encore, deux siècles après avoir été instaurée », a déclaré dimanche dans sa lettre Corrado Augias, eurodéputé entre 1994 et 1999, et décoré de la Légion d’honneur en 2007.

Il fait ici référence à Giulio Regeni, un étudiant italien de 28 ans enlevé par des inconnus en Egypte. En janvier 2016, quelques jours plus tard, son corps avait été retrouvé torturé et atrocement mutilé dans la banlieue du Caire.

L’affaire empoisonne les relations entre Le Caire et Rome, l’Italie accusant régulièrement les autorités égyptiennes de ne pas coopérer avec les enquêteurs italiens, voire de les orienter vers de fausses pistes. Exaspérée, l’Italie avait même rappelé temporairement son ambassadeur. Désormais, elle s’apprête à juger quatre officiers égyptiens, dont un général.

Par Le Monde avec AFP