Centrafrique : des rebelles ont pris le contrôle de Bangassou, à 750 km de Bangui

Un rebelle se proclame président de la République centrafricaine | Le Devoir 
La prise de la ville intervient à la veille de la publication des premiers résultats partiels de l’élection présidentielle du 27 décembre.

Des rebelles ont pris le contrôle d’une ville située à 750 km à l’est de Bangui, dimanche 3 janvier, mais restent à distance de la capitale à la veille des résultats partiels de la présidentielle du 27 décembre.

Des groupes armés ont attaqué à l’aube la ville de Bangassou et ont pris son contrôle après plusieurs heures de combats. « Les rebelles contrôlent la ville, ils sont partout », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Rosevel Pierre Louis, le chef du bureau régional de la mission de l’ONU en Centrafrique (Minusca) à Bangassou. Cinq « éléments armés » sont morts, a tweeté la Minusca sans plus de précisions. Une quinzaine de blessés ont été transportés par Médecins sans frontières, a de son côté déclaré l’ONG.

Le 19 décembre, une coalition de groupes armés a lancé une offensive pour perturber les élections présidentielle et législatives et a promis de « marcher sur Bangui ». Mais les rebelles sont pour l’heure toujours tenus à distance de la capitale par les casques bleus de l’ONU et les Forces armées centrafricaines (FACA), épaulés par des renforts de centaines de paramilitaires russes et de soldats d’élite rwandais.

« Nous sommes en guerre »

Samedi, des rebelles avaient lancé une attaque à Damara, fief du président sortant et favori du scrutin, Faustin Archange-Touadéra, situé à 70 km au nord de Bangui, mais ils avaient été repoussés.

« Les rebelles pensaient pouvoir atteindre Bangui, mais ils ne s’attendaient pas à l’arrivée des Russes et des Rwandais », a estimé auprès de l’AFP Roland Marchal, spécialiste de la Centrafrique au Centre de recherches internationales de Sciences Po, à Paris. Pour Nathalia Dukhan, experte de la Centrafrique pour l’ONG américaine The Sentry, les groupes armés ont adopté une stratégie de « long terme en mettant la main sur les ressources pour étouffer Bangui et pouvoir acheter des équipements et se renforcer militairement ».

Lors de son allocution du 31 décembre, Faustin Archange-Touadéra avait estimé que la Centrafrique était « en guerre ». « J’ai le pénible devoir de vous dire ce soir que nous sommes en guerre. La République est en guerre. Sa survie est menacée. Cette guerre asymétrique, nous allons la gagner », avait déclaré le chef de l’État.

La prise de Bangassou intervient à la veille de la publication des premiers résultats partiels de l’élection présidentielle par l’Autorité nationale des élections (ANE). Sur un territoire occupé aux deux tiers par des groupes armés, les votes des Centrafricains mettent du temps à être compilés. Des milliers de personnes ont, en outre, été empêchées de voter ou privées de leur carte d’électeur, jamais arrivée en raison de l’insécurité.

Sur un total de 71 sous-préfectures, « 29 n’ont pas voté », avait déclaré lundi le ministre de l’administration du territoire. « Et dans 6 autres sous-préfectures, il n’y a eu qu’un vote partiel », avait ajouté Momokoama Théophile, rapporteur général de l’ANE.

Crimes contre l’humanité

Le parti du président Touadéra a affirmé jeudi qu’il était en passe d’être réélu dès le premier tour de l’élection. De son côté, la COD-2020, qui regroupe les plus importants partis et mouvements de l’opposition, a énoncé, dans un communiqué publié mercredi, une série de griefs, parmi lesquels « des bourrages massifs des urnes » et « un nombre de votants qui dépasse celui des inscrits » dans certains bureaux de vote. Les résultats définitifs des élections sont attendus pour le 19 janvier.

Dans un communiqué dimanche, la Minusca a annoncé qu’elle tenait les principaux groupes armés, « l’UPC, le MPC, le 3R, le FPRC, les anti-balaka et l’ancien président François Bozizé comme responsables de ces attaques et des conséquences graves sur la population civile ».

Des milliers de personnes ont été tuées depuis le début de la guerre civile, en 2013, quand une coalition à dominante musulmane, la Séléka, a renversé Bozizé. Les affrontements entre Séléka et milices chrétiennes et animistes anti-balaka ont ensuite fait rage, les deux camps accusés par l’ONU de crimes de guerre et contre l’humanité.

Depuis 2018, la guerre a considérablement baissé d’intensité, les groupes armés se disputant les ressources du pays tout en perpétrant sporadiquement attaques et exactions contre les civils.

Par Le Monde avec AFP