Comment le Bénin est devenu, selon la CNUCED, le no 1 mondial de la facilité de création d’entreprise

 Comment le Bénin est devenu, selon la CNUCED, le no 1 mondial de la facilité de création d’entreprise 
En fin d’année 2020, le Bénin a été désigné n°1 mondial en matière de création d’entreprises par la CNUCED. Ce pays d’Afrique de l’Ouest doit notamment ce satisfecit à une nouvelle plateforme de création d’entreprise mise au point par l'Agence de promotion des investissements et des exportations (APIEx). Laurent Gangbes, directeur général de l’agence, a accepté de commenter la distinction.

Agence Ecofin : Pouvez-vous nous présenter en quelques mots l’APIEx et le travail que fait cette agence depuis quelques années ?

Laurent Gangbes : L’APIEx est une agence créée par le gouvernement pour la promotion des investissements et la facilitation des exportations des produits fabriqués dans notre pays.

1Laurent Gangbes

Laurent Gangbes : « Nous sommes tellement ambitieux que l’objectif actuellement est d’être les meilleurs partout.»

Nous faisons en sorte que les investisseurs, qu’ils soient béninois ou étrangers, puissent trouver en un seul endroit l’ensemble des démarches et des informations dont ils ont besoin pour pouvoir investir dans notre pays et y développer leur business.

AE : Selon la CNUCED, le Bénin est conjointement avec l’Estonie le pays où la création d’entreprises est la plus rapide au monde. Comment expliquez-vous cette performance ?

LG : Cette performance nous fait plaisir, même si ça ne dit pas tout. Notre objectif reste quand même de faire en sorte que le Bénin soit rempli d’investisseurs et que les jeunes puissent trouver facilement des emplois. Nous ne serons complètement satisfaits que lorsque cet objectif sera atteint. Malgré tout, nous accueillons avec satisfaction ce classement d’un organisme des Nations unies qui reconnaît que le Bénin s’est engagé dans une direction « pro business », qui permet aux entreprises souhaitant s’installer dans le pays d’obtenir aisément l’ensemble des documents qui leur sont nécessaires pour opérer. Ce résultat est le fruit des efforts du gouvernement, pour son investissement massif dans le numérique, et des collaborateurs de l’APIEx.

Les investissements dans le domaine de la fibre, du numérique et du digital nous ont donné l’idée de nous appuyer sur ces infrastructures pour développer une plateforme qui fait qu’en 20 minutes, les personnes souhaitant créer des entreprises peuvent soumettre l’ensemble des documents demandés. Nous avons ensuite, de notre côté, 3h pour faire les différentes vérifications et les contrôles devant permettre de leur délivrer les différentes attestations.

Ce résultat est également le fruit des efforts de l’APIEx dans la mesure où nous avons dû revisiter l’ensemble des procédures qui étaient imposées aux entreprises. Nous en avons supprimé un bon nombre qui ne nous paraissaient plus nécessaires et qui contribuaient même à rendre les formalités plus difficiles, puis nous avons allégé d’autres processus. Par exemple, lorsqu’une femme cherchait à créer une entreprise au Bénin, on lui demandait de fournir sa carte d’identité. Or pour qu’elle puisse obtenir sa carte d’identité, on lui demandait son certificat de mariage, ce qu’on ne demande pas aux hommes. Pour nous, c’était une contrain te qu’il a fallu lever, donc nous avons fait sauter ce verrou grâce au ministre de l’Intérieur qui a tout de suite pris la décision d’imposer à toutes les préfectures et mairies de ne plus exiger cette formalité.

« Lorsqu’une femme cherchait à créer une entreprise au Bénin, on lui demandait de fournir sa carte d’identité. Or pour qu’elle puisse obtenir sa carte d’identité, on lui demandait son certificat de mariage, ce qu’on ne demande pas aux hommes.»

Nous avons aussi regroupé au sein de l’APIEx tous les services de l’Etat qui délivrent les documents nécessaires pour créer une entreprise. Désormais ils traitent les dossiers d’un ordinateur à un autre, dans le même service. Il n’y a plus de support papier et à la fin du processus qui dure un peu plus de 2h30mn, ils sont capables d’envoyer les certificats aux promoteurs. Nous avons également ajouté quelque chose de rare dans les administrations publiques : un service de relation client. Celui-ci vise à accompagner les entrepreneurs, les promoteurs dans la prise en main de la plateforme, en répondant notamment à leurs préoccupations et en les guidant grâce à une équipe mise en place à cet effet. Ce sont toutes ces réformes qui nous valent aujourd’hui cette reconnaissance des économistes de la CNUCED.

AE : En parlant de cette plateforme numérique, ce n’est pas la première qui a été mise en place pour créer des entreprises. Voulez-vous dire que c’est essentiellement la centralisation des services et les autres changements qui font la différence cette fois-ci ?

LG : En fait, si vous mettez en place une nouvelle plateforme sans changer les procédures, vous n’en assurez pas le succès. Ce qui est important c’est que les procédures soient débarrassées de tout ce qui est redondant. Il n’est pas nécessaire de demander plusieurs fois les mêmes documents. Donc ce qui a fait la différence c’est le travail de toilettage, une meilleure organisation du travail de back-office, puis la mise en place du front-office. Ces trois éléments font qu'aujourd'hui pour les promoteurs, il est aisé d’utiliser la plateforme.

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« Ce qui est important c’est l’image que peuvent avoir les investisseurs de votre pays.»

Nous avons réussi à donner du succès à la plateforme parce que nous sommes dans un processus continu d’amélioration. Nous avons identifié ce que veulent les investisseurs ainsi que la manière dont nous pouvions nous organiser pour répondre à ces demandes. Ce n’est donc pas simplement une question d’outil, mais également une question d’approche.

AE : Selon un rapport du FMI, les investissements directs étrangers (IDE) au Bénin représentaient 3,4% du PIB en 2017, soit sensiblement moins que la moyenne régionale de 5,4%. Selon vous, l’apport du numérique dans le processus de création des entreprises permettra-t-il d’améliorer l’intérêt des entreprises étrangères pour l’économie béninoise ?

LG : Je pense que tout ce qu’on peut faire pour que l’on considère que le Bénin est un pays moderne, accueillant pour les entreprises, où il est facile d’investir, sera bénéfique. Ce qui est important c’est l’image que peuvent avoir les investisseurs de votre pays. Est-ce que les lois ont bien été adoptées ? Est-ce qu’il n’y a pas des problèmes de corruption ? Est-ce qu’il y a des infrastructures ? Les investisseurs sont-ils protégés lorsqu’ils ont des difficultés sur place ? D’où l’intérêt de mettre en place des tribunaux de commerce efficaces. Tous ces éléments sont appréciés par des investisseurs potentiels et les poussent à investir dans le pays.

« Est-ce que les lois ont bien été adoptées ? Est-ce qu’il n’y a pas des problèmes de corruption ? Est-ce qu’il y a des infrastructures ? Les investisseurs sont-ils protégés lorsqu’ils ont des difficultés sur place ? »

La démarche du gouvernement, consistant à centraliser au sein de l’APIEx les éléments nécessaires à l’accompagnement de tous les investisseurs qui viennent au Bénin, va dans le même sens que la promotion des IDE. Si la procédure pour investir dans un pays reste trop compliquée pour un investisseur, celui-ci préférera aller dans un autre pays. C’est la raison pour laquelle – pour nos jeunes, pour nos entreprises qui peuvent assurer de la sous-traitance pour ces entreprises qui viennent – nous devons être très rigoureux et faire en sorte que l’amélioration du climat des affaires, dans son ensemble, conduise nécessairement à l’augmentation des IDE. En 2019, nous avons par exemple accompagné à peu près 18 entreprises dont la valeur des investissements au Bénin équivalait à 105 milliards FCFA. Pour 2020, nous prévoyons d’en avoir un peu moins en raison de la crise de Covid-19, mais notre objectif est de passer à 130 milliards FCFA. L’idée est donc de faire en sorte que de manière incessante, des entreprises continuent d’investir au Bénin.

AE : En parlant de climat des affaires, nous savons que la création d’entreprises n’est pas le seul facteur. Comment l’APIEx collabore-t-elle avec les institutions fiscales et les nombreux autres services chargés d’améliorer le climat des affaires en général au Bénin ?

LG : De manière très claire, il faut préciser que c’est nous qui sommes essentiellement responsables de l’amélioration du climat des affaires. Les actions en vue d’améliorer les performances dans le Doing Business sont pilotées par l’APIEx.

Maintenant, les impôts, la douane et tous les éléments connexes sont très importants dans la mise en œuvre de notre agenda. Et c’est la raison pour laquelle nous collaborons énormément avec le ministère des Finances, parce que ces administrations sont sous sa responsabilité et nous avons d’excellents rapports. Il y a une démarche construite et organisée, des groupes de travail qui se réunissent régulièrement avec une feuille de route qui est très claire. Au quotidien, nous travaillons pour régler les difficultés des entreprises, en collaboration avec le ministère des Finances.

AE : Aujourd’hui le classement le plus en vue en termes d’amélioration du climat des affaires est le rapport Doing business de la Banque mondiale. Même s’il a été récemment suspendu, tous les pays souhaitent améliorer leurs positions dans le classement. Le Bénin étant 149e dans le dernier classement, est-ce qu’à l’heure actuelle vous avez un objectif clair par rapport à l’amélioration de sa position ?

LG : Nous sommes tellement ambitieux que l’objectif actuellement est d’être les meilleurs partout. Ce qui est important pour nous c’est d’évoluer vers les meilleures pratiques pour l’amélioration du climat des affaires. Nous voulons être une référence mondiale pour les entreprises qui recherchent les pays disposant d’un environnement favorable aux investissements.

« Nous voulons être une référence mondiale pour les entreprises qui recherchent les pays disposant d’un environnement favorable aux investissements ».

Si vous vous fixez comme objectif d’être 50e et que vous y arrivez, vous pouvez facilement dégringoler l’année d’après. Nous sommes nous dans un processus constant. Donc nous ne nous sommes pas donné un objectif de performance ; on veut plutôt être les meilleurs. Nous voulons que le prochain classement Doing Business constate un saut significatif du Bénin. 

AE : Comment vivez-vous le discrédit qu’il y a eu ces derniers mois concernant le classement Doing Business de la Banque mondiale ?

LG : Nous vivons cette situation de manière très sereine. Le travail que nous faisons n’est pas cosmétique. Nous ne nous contentons pas de repeindre la façade. Nous faisons plutôt un travail de fond. Nous travaillons sur les fondations et sur l’architecture de notre économie afin que nos réalisations deviennent solides et pérennes. Nous prendrons le temps qu’il faut pour devenir les meilleurs sans passer par des moyens détournés (certains des agents du Doing Business ont déclaré avoir subi des pressions pour favoriser certains pays, Ndlr).

AE : Aujourd’hui, l’APIEx a-t-elle un moyen de vérifier si les entreprises qu’elle contribue à créer sont pérennes ?

LG : En réalité, personne ne peut garantir que ces entreprises resteront pérennes. Les gens créent une entreprise parce qu’ils ont soit un marché, soit une espérance de gains supérieurs à leurs charges fiscales s’ils espèrent se maintenir à flot. Du coup, si quelqu’un crée une entreprise par effet de mode, il devra supporter toutes ces charges. Nous pensons donc que ceux qui créent leurs entreprises le font avec un minimum de sens de la responsabilité, en pesant le pour et le contre de ce qu’ils auront à supporter comme impôt par rapport au chiffre d’affaires et aux bénéfices qu’ils pourraient réaliser. Même ceux qui créent des entreprises personne physique, ceux qui créent des cabines pour réaliser des opérations de « mobile money », même s’ils n’ont pas été beaucoup instruits, ont quand même dû faire des calculs pour vérifier si leur entreprise pouvait être viable avant de décider de franchir le pas.

Mais, effectivement nous recevons souvent beaucoup de critiques concernant la durabilité des entreprises que nous contribuons à créer. Pourtant, je pourrais répondre, si je veux être provocant, que ce n’est pas vraiment un souci de savoir combien d’entreprises ferment. L’important c’est qu’il s’en crée plus que celles qui ferment. On ne peut pas se baser uniquement sur le nombre d’entreprises qui ferment pour dire que ce que nous faisons dans le domaine de la création d’entreprises n’est pas positif. Il faut aussi régler un problème à la fois. La première difficulté à laquelle nous essayions de trouver une solution concernait la création d’entreprises.

« L’important c’est qu’il s’en crée plus que celles qui ferment. On ne peut pas se baser uniquement sur le nombre d’entreprises qui ferment pour dire que ce que nous faisons dans le domaine de la création d’entreprises n’est pas positif.»

Maintenant, il y a des ministères et des agences, dont l’objectif est de faire en sorte que ces entreprises soient pérennes. Mais, nous pouvons être sûrs que si nous faisons en sorte que le climat des affaires s’améliore et que nous attirons des entreprises, le nombre d’entreprises qui ferment diminuera. Ceci en partie parce que les entreprises étrangères que nous attirons ne pourront pas tout faire, et devront sous-traiter certaines de leurs activités via des entreprises locales et des travailleurs locaux. Ainsi donc, la création des entreprises à elle seule ne garantit pas leur pérennité. Ce qui la garantit, c’est plutôt tout le processus intégrant la création des entreprises, l’image que cela renvoie et l’amélioration de l’environnement des affaires qui fera venir des entreprises, et créer un climat dans le pays pour faire travailler le maximum d’entreprises.

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« Créer un climat dans le pays pour faire travailler le maximum d’entreprises.»

Entre le 17 février 2020, date du lancement de la plateforme de création d’entreprises, et le 30 novembre 2020, nous avons enregistré une hausse de 41% du nombre d’entreprises créées au Bénin par rapport à 2019. Au départ nous nous attendions à une chute en raison notamment des difficultés liées à la prise en main de l’outil. Cependant si cette chute a été remarquée au cours des deux premiers mois, la tendance s’est très vite inversée au cours des mois qui ont suivi. Tout cela doit nous interroger, car cela veut dire en réalité qu’il y a des activités, des entreprises qui n’étaient pas créées au départ, qui étaient dans l’informel et que la plateforme a permis de révéler grâce à des procédures plus faciles. Tout cela permet d’avoir des données économiques sur le pays et permet également au ministère des Finances d’améliorer l’assiette fiscale.

AE : Aujourd’hui la méthode des zones économiques spéciales, des zones franches, est assez plébiscitée par de nombreux pays en Afrique ; l’APIEx s’inscrit-elle également dans cette logique ?

LG : Au Bénin, l’APIEx est l’autorité administrative de toutes les zones économiques qui se trouvent sur le territoire national. Bien évidemment nous sommes convaincus qu’un regroupement géographique d’entreprises indépendamment d’une quelconque spécialisation permet d’optimiser les investissements. Par exemple, lorsque vous avez une entreprise qui s’installe sur un site pour fabriquer des tuyaux d’assainissement, et qu’une autre s’installe ailleurs pour fabriquer des panneaux de signalisation, chaque entreprise viendra voir l’Etat pour demander un accès à la fibre optique, un accès à l’électricité, un accès à des infrastructures routières pour le transport des marchandises, un accès à l’eau, etc. L’Etat qui doit réaliser ces infrastructures se verra obligé de faire cela pour chacune des entreprises en question, ce qui ne rationalise pas vraiment les dépenses.

Grâce aux zones économiques, l’Etat a la possibilité de mutualiser l’ensemble des services qui peuvent être communs à plusieurs industries. L’Etat ne fera qu’un investissement, même si c’est un investissement massif compte tenu de la demande qui va être généré au niveau de la zone par les entreprises qui s’y installeront. Il amènera l’eau, l’électricité, la fibre et la route sur le périmètre de la zone.

« Grâce aux zones économiques, l’Etat a la possibilité de mutualiser l’ensemble des services qui peuvent être communs à plusieurs industries.»

Ainsi, pour la collectivité, c’est bien plus intéressant d’avoir des industries qui sont regroupées, car on peut y développer des services qui vont réduire les coûts pour les entreprises qui sont à l’intérieur. Ce modèle est donc intéressant pour l’APIEx, intéressant pour le Bénin, car c’est un bon système qui permet d’optimiser les dépenses de l’Etat mais également celles des investisseurs.

AE : Le Bénin est aujourd’hui cité comme l’un des pays où l’informel occupe une part importante dans l’économie. On estime que plus de 90% des emplois du pays sont dans le secteur informel. Aujourd’hui est-ce que cette stratégie de digitalisation du service de création des entreprises a un impact réel sur l’incidence de l’informel dans l’économie et sur le taux de chômage ?

LG : Au stade de développement du Bénin la digitalisation est une chance. Si je prends l’exemple de l’informel, la digitalisation rend plus facile la création d’entreprises et donc par là même la transition des entreprises qui existaient déjà dans l’informel vers le secteur formel. C’est d’ailleurs ce qui explique la croissance de 41% enregistrée en termes d’entreprises créées, grâce à la plateforme de l’APIEx.

Pour le pays, le fait que beaucoup d’entreprises se formalisent et entrent dans la légalité peut permettre d’élargir la base d’imposition, l’assiette fiscale, car il est important que toutes les activités, toutes les entreprises, contribuent au développement du pays. Même ceux qui sont dans l’informel comprennent qu’ils ne pourront pas s’installer au bord des voies, s’il n’y a pas de route. Donc, qui parle de digitalisation parle de données économiques, et qui parle de données économiques parle d’amélioration de l’approche de taxation des entreprises.

« Pour le pays, le fait que beaucoup d’entreprises se formalisent et entrent dans la légalité peut permettre d’élargir la base d’imposition, l’assiette fiscale, car il est important que toutes les activités, toutes les entreprises, contribuent au développement du pays.»

D’un autre côté, la digitalisation de l’économie ouvre de nouvelles opportunités d’emplois pour les jeunes béninois qui sont pour la plupart issus d’un système éducatif qui n’est pas très axé sur l’enseignement technique. Donc en mettant l’accent sur les infrastructures du numérique, l’Etat permet à ces jeunes d’explorer de nouveaux horizons et de mieux saisir les opportunités d’emploi.

AE : Pour l’instant, seul l’article de la CNUCED permet clairement de distinguer le Bénin en tant que champion de la création d’entreprises et nous n'avons pas encore observé des rapports d’autres institutions sur le sujet. Que fait donc l’APIEx pour communiquer sur le travail qu’il fait en matière de création d’entreprises ?

LG : Il y a bien sûr la presse, grâce à laquelle nous pouvons communiquer sur nos différentes activités. Mais en réalité ce n’est pas le travail que fait l’APIEx qui nous intéresse. Ce qui nous importe c’est de faire en sorte que l’image de notre pays conduise les investisseurs potentiels à s’intéresser à notre économie. L’APIEx n’est qu’un instrument. Le gouvernement a fait beaucoup d’efforts en ce sens, en collaboration avec des partenaires étrangers tels que le royaume des Pays-Bas qui a financé la mise en œuvre de la plateforme numérique de création des entreprises. C’est le retentissement international qu’aura le résultat de tous ces efforts qui permettra de drainer les investisseurs dans notre pays. L’objectif ultime est que l'on constate que de plus en plus d’entreprises viennent s’installer dans le pays et créent des emplois.

AE : A quel horizon pensez-vous que l’image du Bénin en tant que pays créateur d’entreprises sera connue dans le monde entier ?

LG : Déjà, la distinction de la CNUCED est déjà très significative. C’est quand même une agence importante des Nations unies et donc elle a une portée mondiale. Pour nous, c’est déjà un énorme plus d’avoir été remarqué positivement par cette institution et nous espérons que lorsque la Banque mondiale reprendra son classement, cela se manifestera là également. Nous espérons aussi que les changements qui s’opèrent au Bénin seront mieux vulgarisés afin que tout le monde puisse savoir ce qui se passe dans le pays. L’objectif est donc que l’image du Bénin telle que décrite dans l’article de la CNUCED s’installe durablement et que les investisseurs viennent.

AE : Comment l’APIEx gère-t-elle les données personnelles des entreprises qui utilisent sa plateforme ?

LG : C’est une excellente question parce que dans l’euphorie de la digitalisation on oublie souvent que derrière tout ça il y a des données qui appartiennent à des gens, et qu’on n’a pas le droit de faire avec n’importe quoi. C’est un sujet qui est assez préoccupant pour nous au niveau de l’APIEx.

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« Nous essayons de donner la possibilité à tout le monde d’avoir accès à un certain nombre de données.»

En fait, nous avons tout sur les entreprises, mais nous devons faire en sorte de ne pas garder ces données seulement pour nous, car nous sommes les seuls à les détenir. Ces données peuvent permettre d’orienter des politiques économiques, de connaître le nombre d’entreprises au Bénin, le nombre de personnes qu’elles emploient, les secteurs d’activités les plus dynamiques, etc. Aujourd’hui, il y a différents ministères et organismes qui peuvent avoir une partie des données en question. Ce que nous essayons de faire avec la plateforme, c’est de regrouper un maximum d’informations sur les entreprises, de manière à pouvoir les mettre à la disposition des chercheurs, des étudiants, de l’INSAE (Institut national de la statistique et de l’analyse économique, Ndlr) pour que des réflexions puissent être menées dans le sens du développement économique. Il nous faut donc des données fiables et sécurisées. Et à l’APIEx, nous essayons de donner la possibilité à tout le monde d’avoir accès à un certain nombre de données.

Par contre, il y a des données que nous protégeons, qui sont des données liées à l’identité des entreprises, des entrepreneurs, etc. Mais vu que nous sommes en train de travailler au quotidien pour faire en sorte que la plateforme soit un vrai gisement de données, nous sommes en train de nous interroger sur l’autre partie du problème : quelle donnée livrons-nous au public et quelle donnée livrons-nous aux professionnels ?

« Mais vu que nous sommes en train de travailler au quotidien pour faire en sorte que la plateforme soit un vrai gisement de données, nous sommes en train de nous interroger sur l’autre partie du problème : quelle donnée livrons-nous au public et quelle donnée livrons-nous aux professionnels ? »

Il y a donc trois éléments. Il y a les données que nous ne livrons pas, les données que nous livrons au public, et les données que nous livrons aux professionnels. Il peut être intéressant pour le public d’avoir des données nécessaires pour les études de marché. Cela permet de dynamiser les secteurs économiques.

Bien évidemment, il va falloir mettre en place un dispositif beaucoup plus professionnel pour protéger les données que nous ne souhaitons pas divulguer, car c’est un élément de confiance des entreprises qui nous confient leurs informations. Nous avons même déjà subi des attaques informatiques auxquelles nous avons résisté, parce que notre plateforme est solide et nous continuons de travailler avec les concepteurs de la plateforme.

AE : Concernant l’accès aux données pour les journalistes, votre plateforme pourra-t-elle être capable de livrer des informations économiques utilisables dans le cadre de grandes études, de grands rapports sur l’activité économique béninoise d’ici ces prochaines années ?

LG : Bien sûr, c’est notre but parce que si nous ne le faisons pas, personne ne le fera pour nous. Les données sont produites chez nous. Avant notre stratégie de digitalisation, tout était fait physiquement. Donc actuellement, il y a des tas de documents que nous sommes en train d’intégrer sur la plateforme. D’ici quelques mois, on aura normalement intégré tout l’historique des archives sur les entreprises. Donc on pourra y avoir accès depuis la plateforme.

« Et nous voulons faire en sorte que chaque année, lorsque les entreprises feront leurs déclarations d’impôts, que cela soit disponible sur la plateforme. »

La question qui reste à se poser concerne ce qu’on livre et ce qu’on garde. Nous, on peut livrer des données quantitatives, ce n’est pas un problème. Mais ce qu’on cherche à protéger ce sont les données personnelles. Et nous voulons faire en sorte que chaque année, lorsque les entreprises feront leurs déclarations d’impôts, que cela soit disponible sur la plateforme. Nous voulons pouvoir rendre disponibles toutes les informations publiques concernant l’activité des entreprises, qui étaient jusque-là difficiles à obtenir. Et bien sûr nous sommes ouverts aux suggestions de tous les professionnels des médias qui ont des difficultés à obtenir des données fiables.

AE : Est-ce que vous demandez déjà aux entreprises de livrer leurs rapports d’activités trimestriels sur la plateforme ?

Nous ne le faisons pas encore parce que certaines entreprises peuvent vous donner les chiffres qu’elles veulent. Du coup, nous ne voulons pas avoir à leur demander, mais nous essayons pour l’heure de mettre en place un système pour obtenir directement ces informations du ministère de l’Economie et des Finances.

Propos recueillis par Servan Ahougnon et Moutiou Adjibi Nourou

Par Agence Ecofin