Covid-19 : l'hydroxychloroquine ne permet pas de réduire la mortalité, admet Didier Raoult

 L'hydroxychloroquine ne permet pas de réduire la mortalité, admet Didier Raoult 
Le directeur de l'IHU persiste toutefois à soutenir l'efficacité de son traitement associant le médicament à un antibiotique, l'azithromycine.

L'hydroxychloroquine a-t-elle perdu son principal promoteur ? Dans une lettre publiée le 4 janvier sur le site du National Center for Biotechnology Information, l'équipe de Professeur Didier Raoult a admis que le médicament antipaludique ne permettait pas de réduire la mortalité du Covid-19. Conclusion à laquelle l'OMS était déjà arrivée il y a six mois, justifiant à l'époque l'arrêt de tous les essais cliniques en cours.

Le directeur de l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection de Marseille revient ainsi sur son essai réalisé en mars dernier auprès de 42 patients. Parmi eux, dont 16 avaient été soignés avec l'hydroxychloroquine, 8 avec la combinaison hydroxychloroquine-azithromycine, les 18 autres n'ayant rien reçu. «Les besoins en oxygénothérapie, le transfert en soins intensifs et le décès ne différaient pas significativement entre les groupes», écrit l'équipe du professeur marseillais dans sa nouvelle note.

Certains de ses détracteurs ont voulu voir dans cette phrase un aveu d'échec. À l'exemple de l'épidémiologiste Thibault Fiolet de l'Université Paris-Saclay qui, dans un tweet largement relayé tout au long du week-end, s'est exclamé : «Incroyable ! Le Pr Raoult qui écrit lui-même que leur premier essai clinique non randomisé (patients choisis par tirage au sort, NDLR) montre que l'hydroxychloroquine n'a AUCUNE efficacité sur la mortalité ou pour réduire le transfert en soins intensifs.»

Nous n'avons jamais changé d'avis

Le professeur Didier Raoult

Loin de là. L'intéressé s'est rapidement attiré les foudres de proches collaborateurs du professeur marseillais sur le réseau social. Yanis Roussel, en charge de la communication de l'IHU de Marseille, lui a ainsi rappelé que les conclusions de l'étude en question ne portaient pas sur la mortalité mais sur la charge virale. «Ceux qui utilisent cette lettre pour faire croire que Didier Raoult aurait changé d'avis savent très bien que ce n'est pas ce qui y est écrit. Une fois de plus, ils font preuve de mauvaise foi dans le combat politique qu'ils mènent, Dieu sait pourquoi, depuis un an», renchérit-il.

Bien qu'opposé à l'utilisation du médicament contre le Covid-19, David Hajage, biostatisticien à l'Hôpital La Pitié Salpêtrière, a lui-même reconnu, toujours sur Twitter, que la conclusion de son confrère était un peu hâtive : «Je suis un peu partagé sur cette présentation. Didier Raoult ne conclut ni n'admet l'inefficacité de son association.» Ce dernier persiste et signe. «Nous n'avons jamais changé d'avis», a-t-il réaffirmé ce lundi dans un tweet.

Le professeur Raoult a rendu publique plusieurs études qui, selon lui, prouvent une efficacité de l'hydroxychloroquine, un dérivé de la chloroquine habituellement utilisé pour traiter des maladies auto-immunes comme le lupus, associé à un antibiotique, l'azithromycine, administrés dès le début des symptômes. Mais de nombreux scientifiques et l'Organisation mondiale de la Santé ont critiqué celles-ci, estimant que les études n'avaient pas été menées selon les protocoles scientifiques standards.

Selon l'essai clinique Recovery réalisé au printemps dernier par l'Université britannique d'Oxford, l'hydroxychloroquine n'a «pas d'effet bénéfique» en matière de Covid-19. Une autre étude, menée plus récemment par le CHU d'Angers sur un échantillon de 250 patients, a abouti à la même conclusion. L'étude devait initialement inclure 1300 patients atteints du Covid-19, afin de «clore le débat» sur l'efficacité de l'hydroxychloroquine.

L'usage du médicament a largement débordé le domaine scientifique pour devenir à travers le monde l'objet d'un débat politique clivant dans l'opinion publique, donnant lieu à de violentes empoignades, notamment sur les réseaux sociaux.