Covid-19 : Non, la France n'est pas le seul pays qui rencontre des problèmes avec la vaccination

 Dans de très nombreux pays du monde, la vaccination contre le Covid-19 est jugée trop lente. 
Alors que la France est largement pointée du doigt pour la lenteur du début de sa campagne de vaccination contre le Covid-19, de nombreux autres pays n’ont pas entamé leur campagne comme ils l’espéraient. Tour d’horizon.

Depuis le lancement de la campagne de vaccination le 27 décembre dernier, la France se fait remarquer par sa lenteur pour vacciner les premières personnes contre le Covid-19. En une semaine, seulement quelques centaines de personnes avaient reçu le vaccin contre plus de 200 000 personnes en Allemagne ou encore plus de 100 000 en Italie.

Depuis ce lundi, le rythme de vaccination dans l’Hexagone a considérablement augmenté et le ministre de la Santé Olivier Véran a promis que la France allait rattraper les autres pays “dans les prochains jours” en amplifiant, accélérant et simplifiant la stratégie vaccinale. Mais la France n’est pas le seul pays à faire face à des imprévus en termes de vaccination.

Alors qu’une grande vague d’optimisme avait déferlé sur la planète lors de l’approbation des premiers vaccins au mois de décembre, nombreux sont les gouvernements a avoir été rattrapés par l’ampleur du défi qu’est la vaccination d’une population.

Les États-Unis ont également du retard

Selon les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), quelque 4,5 millions d’Américains ont reçu la première dose du vaccin Pfizer-BioNTech ou Moderna, les deux seuls vaccins autorisés dans le pays. Pourtant, le gouvernement Trump avait promis 20 millions de personnes vaccinées avant la fin de l’année 2020, un chiffre très loin d’être atteint au 5 janvier 2021. À ce jour, les États-Unis ont reçu 17,5 millions de doses dans le pays.

L’immunologue américain Anthony Faucy a reconnu “quelques dysfonctionnements”, notamment en raison d’une campagne qui a débuté lorsque le pays faisait face à une nouvelle explosion du nombre de cas, rendant la tâche très difficile aux équipes médicales comme l’a affirmé Jerome Adams, le directeur du service de Santé publique fédérale (Surgeon general), dans des propos relayés par Le Figaro.

Des rapports ont également révélé que l’échec de ce début de campagne était dû à une mauvaise organisation ainsi qu’à un nombre trop peu élevé de professionnels de santé. Mais la raison principale de ce retard semble venir de l’organisation logistique. Les responsables fédéraux ont laissé la distribution des vaccins aux responsables locaux de santé et aux hôpitaux qui étaient eux mêmes débordés par la pandémie. Sur Twitter, le futur ex-président des États-Unis n’a pas hésité à blâmé les échelons locaux en déclarant : “Les vaccins sont distribués aux États par le gouvernement fédéral plus vite qu’ils ne peuvent les administrer !”

Confusion au sein de l’UE

Pour éviter la course au vaccin entre les États membres de l’UE, la Commission européenne a décidé de centraliser l’approvisionnement des vaccins en répartissant les doses au prorata de la population de chaque pays. En revanche, chaque pays fixe les modalités de sa campagne de vaccination comme il le souhaite, en étant dépendant des autorisations de l’Agence européennes des médicaments (AME).

L’Allemagne a très rapidement vacciné sa population dès que l’AME a autorisé la commercialisation du vaccin Pfizer/BioNTech. Si le pays est le plus engagé pour la vaccination au niveau européen derrière le Danemark, les Allemands ne semblent pourtant pas convaincus par la stratégie vaccinale. La raison ? Sur les six vaccinodromes construits à Berlin, un seul a accueilli des patients. À Hambourg, le centre le plus important du pays a seulement ouvert ce mardi et seules 500 injections sur les 7 000 possibles pourront avoir lieu chaque jour pour le moment, rappelle Le Parisien. Pour beaucoup en Allemagne, c’est avant tout la stratégie vaccinale de l’UE qui est inadéquate.

Aux Pays-Bas, la situation est tout autre. Bien que disponible dès le 27 décembre comme dans tous les pays de l’UE, le vaccin sera mis à disposition de la population à partir du 8 janvier. “J’aurais souhaité que nous soyons parmi les premiers, mais nous avons fait des choix responsables”, a déclaré le vice-Premier ministre Hugo De Jonge. En raison de la polémique qu’a créé cette décision dans le pays, le gouvernement néerlandais a justifié qu’il était impossible de lancer sa campagne nationale de vaccination plus tôt en raison de la préparation des agences sanitaires qui nécessite du temps, notamment pour la mise en place de structures de communication informatisées, comme le souligne Reuters.

En Espagne, la stratégie de vaccination est également jugée trop lente et la communication est critiquée. Le ministre de la Santé espagnol évoquait un taux de vaccination de 70% l’été prochain, avant de revoir ses chiffres à la baisse en évoquant 15 à 20 millions de personnes (soit entre 30 et 40% de la population) d’ici le mois de juin. La région de Madrid s’en prend quant à elle à la lenteur des livraisons du gouvernement central, sauf qu’elle n’a utilisé que 6% des doses reçues. Un problème de logistique présent dans plusieurs régions du pays.

En Italie, si la campagne a démarré bien plus fort que dans beaucoup de pays, c’est la disparité entre les régions qui est critiquée. Si le Latium et la Vénétie dépassent les 40% d’utilisation de doses disponibles, la Calabre, la Sardaigne et la Lombardie n’en ont administré que 4%.

Coup d’arrêt pour Israël ?

Salué à travers le monde pour sa rapidité à vacciner sa population, le rythme d’Israël signifierait-il que le pays manque de doses ? C’est en tout cas ce que rapportent certains médias locaux, qui évoquent une pause forcée en raison du manque de doses disponibles, comme le relaie le Guardian. Les rumeurs de rupture de stock font frémir les autorités et la vaccination de nouveaux patients devrait être prochainement suspendue afin de s’assurer que ceux qui ont reçu une première dose puissent recevoir la seconde.

La Chine n’atteint pas sa vitesse de croisière

La Chine adopte une stratégie agressive de développement et d’administration du vaccin. Une méthode qui avait d’ailleurs été critiquée en Occident en raison du manque de transparence du pays qui a commencé à vacciner une partie de sa population avant même que les essais cliniques ne soient achevées. Au total, plus de 4,5 millions de Chinois ont été vaccinés avant de recevoir le feu vert des autorités médicales. Le pays souhaite vacciner 50 millions de personnes d’ici les festivités du Nouvel An chinois du 12 février, mais il n’a semble-t-il pas encore atteint sa vitesse de croisière.

La stratégie floue de l’Afrique du Sud

Le gouvernement sud-africain s’est montré de son côté très discret sur sa politique pour obtenir des doses et vacciner sa population contre le coronavirus. Des experts scientifiques ont qualifié “d’échec impardonnable” l’incapacité de l’exécutif à sécuriser un approvisionnement, d’après des propos relayés par France Info. Si l’Afrique du Sud est assurée de recevoir de quoi vacciner 10% de sa population grâce au dispositif Covax mis en place par l’OMS, les premières doses ne devraient pas arriver avant quelques mois et aucun accord n’a pour le moment été signé avec les laboratoires. D’autres pays africains connaissent les mêmes problèmes d’approvisionnement et pourraient être par la suite confrontés à des problèmes de stockage, notamment pour le vaccin Pfizer qui doit être conservé à -70°C, ainsi que de logistique.

Par  Maxime Poul

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