ENQUÊTE : Universal Music Africa, antidote ou poison des artistes Camerounais ?

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Basée à Santa Monica aux États-Unis, Universal Music Group est une multinationale américaine rachetée par le groupe français Vivendi. C’est une industrie qui pèse au minimum 4,5 milliards de dollars. Elle compte entre autres grosses signatures, l’américaine Taylor Swift qui vend au moins un million d’exemplaires de disques le premier jour, le rappeur français Niska, justin Bieber et pleins d’autres.

A la conquête du continent Africain

En 2018, le Marché international du disque et de l’édition musicale, qui réunit chaque année les professionnels de la musique du monde entier au Palais des Congrès de Cannes le temps de quelques jours de conférences, présentait l’Afrique comme la nouvelle frontière de l’industrie. Universal Music Group, numéro un mondial de la production musicale en termes de parts de marché, ne s’y est pas trompé et a ouvert la même année un bureau à Abidjan pour se rapprocher du marché d’Afrique de l’Ouest.

Depuis lors, Universal Music est dans une offensive communicationnelle en Afrique.

En effet, cette  firme française ambitionne conquérir le continent Africain qui est un marché prometteur. Pour preuve, d’après les projections des Nations Unies :

La population du continent africain devrait plus que doubler à l’horizon 2050, passant d’un milliard à 2,4 milliards. Et pour les géants du streaming audio en recherche de nouveaux marchés capables de soutenir leur croissance explosive, cela fait de cette zone jusqu’alors mise à l’écart de l’industrie musicale, un objectif stratégique à ne manquer sous aucun prétexte.

C’est ainsi qu’on observe depuis quelques années de plus en plus d’artistes camerounais qui rejoignent ce label. Mais force est de constater que peu parviennent à garder un rythme constant d’avant leur signature chez Universal.  Eu égard à tout ceci nous nous interrogeons : qu’est ce qui explique la tournure sombre que prend la carrière des artistes chez Universal ? Y’aurait-il un souci d’adaptation ? Analyses et décryptage dans les lignes qui suivent.

Des carrières qui battent de l’aile

Tenor, artiste camerounais, est l’une des plus grosses signatures Camerounaises chez Universal Music Africa. Hélas, force est de constater que même si la qualité des clips est meilleure, il n’arrive plus à faire vibrer tous les fans de musique urbaine. Son clip avec Nabila n’a pas eu l’effet escompté, son single Nnom Ngui pareil, et tout récemment le sample d’un morceau d’Arafat a fait l’objet des vives critiques.

Ténor signe chez universal music africa/ Copyright DR

De même, concernant le très talentueux artiste Locko, avant la sortie de son dernier album « locked up » notamment avec les titres « au mariage de ma go » et les « mêmes mêmes choses » plusieurs de ses fans ne le reconnaissaient plus, arguant que « sa musique aurait perdu son âme. »

Des artistes dépossédés de leur âme africaine

Ce qu’Universal Music fait des artistes africains qui signent chez elle est ce qu’on appelle en biologie une xénogreffe. C’est-à-dire une greffe où on prend l’organe d’un animal x on pour greffer sur un animal y.

Pour preuve, les artistes comme Locko ou encore Tenor ont une musique qui a une âme profondément africaine. Cependant, Universal music est une multinationale motivée par le côté lucratif. De ce fait, l’artiste une fois le contrat signé perd l’autorité sur son œuvre, il devient une ”marionnette”  guidé selon les objectifs de la corporation.

Locko signe chez Universal Music Africa/ Copyright DR

Parlant du côté spirituel, Debordo Leekunfa avait laissé entendre (dans des lives sur Facebook) que, lorsque son regretté ami Dj Arafat avait signé chez Universal Music dans l’espoir de décrocher un disque d’or :

Il y aurait eu ”inversement d’aura.” c’est-à-dire que, l’âme même de la musique d’Arafat, l’instinct divin de l’artiste avait disparu au profit « d’un bruit purement commercial » Espérons que ce ne soit pas le cas pour les artistes camerounais.

L’appât du gain pour fuir la situation précaire des artistes au Cameroun

Le cas de Pitt Baccardi, propriétaire d’une maison de production en l’occurrence « Empire Company », qui a produit plusieurs artistes parmi lesquels, le groupe X-maleya, les chanteurs Duc-Z, Magasco et Mimie (ayant déjà pour la majorité rejoint le label Universal music), a décidé lui aussi de signer dans ce label. Ceci au détriment de la liberté de créer, en ce sens qu’il passe de patron à employé.

En effet, le deal entre la firme UMA et les artistes camerounais est simple : « La major que dirige Black Kent, (nouveau Directeur Général de Universal Music Africa) a pour rôle de distribuer les albums de ces derniers, de les booker, et réfléchir à leur positionnement auprès des marques. En contrepartie UMA prélève d’énormes intérêts. »

Plusieurs artistes et influenceurs Camerounais ont dénoncé cette méthode commerciale, parmi lesquels Jovi, le patron du Label New Bell music, qui, s’adressant à Pitt Bacardi dans une série de tweet avait déclaré ceci :

« Il n’existe aucun label comme New Bell music en Afrique francophone. Allez et vérifiez les chiffres. S’il vous plait, ne mentionnez pas les labels qui ont des artistes, qui ont tous signés dans des labels plus grands…Quand les gens qui ne produisent jamais d’album signent des contrats de distribution ? Ça dit tout. bande de guignols. »

En réalité, cette démarche est révélatrice d’une situation financière précaire des artistes au Cameroun. Confronté à la réalité de l’abandon par l’État, ils n’ont bien souvent pas d’autres choix que de se jeter dans la gueule du loup.

La main qui donne, c’est la main qui dirige

Peu à peu les artistes camerounais sont privatisés comme des entreprises publiques au vu et au su de tous.

L’État, qui gagnerait à mettre en place des structures permettant de canaliser les énergies artistiques afin d’avoir une continuité dans la construction de l’identité camerounaise tarde à agir et à stopper l’hémorragie. Ces firmes, motivées par le gain, récupèrent des artistes dotés d’une âme musicale et les transforment en un produit commercial qui n’a plus rien avoir avec leur être profond, leur réalité artistique. Rien d’autre que de la musique. Et il est temps que cela cesse.  

Par pan-eco.net