Pour les Palestiniens, l'interminable attente d'un vaccin

 Une Palestinienne passe devant la porte fermée d'une école gérée par les Nations unies dans la ville de Gaza, en novembre. 
Alors qu’Israël vaccine à un rythme effréné, les habitants de Cisjordanie et Gaza risquent d’attendre encore longtemps. Plusieurs ONG appellent les Israéliens à débloquer la situation, parlant d’obligation «morale, humanitaire et juridique».

Au moment où Israël mène une campagne de vaccination d’une rapidité et d’une efficacité incontestables, les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, eux, n’ont toujours pas accès au vaccin. Mi-décembre déjà, Mai al-Kaila, ministre palestinienne de la Santé l’avait annoncé. Impossible pour les Palestiniens d’envisager le vaccin du laboratoire Pfizer/BioNTech. Trop cher, et logistiquement trop compliqué. En termes de transport et de stockage, ces doses nécessitent des conditions bien particulières et une température de -70° Celsius, impliquant une quantité certaine de «super-congélateurs» que l’Autorité palestinienne (AP) – financièrement au bord du gouffre – ne peut s’offrir. Dès lors, les Palestiniens se tournent vers l’initiative COVAX – un programme soutenu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui permet à 92 pays pauvres d’obtenir des vaccins pour 20% de sa population. «Mais il y a des procédures bureaucratiques assez longues», précise Gérald Rockenschaub, directeur de l’OMS dans les Territoires palestiniens. Selon lui, ces vaccins ne devraient pas arriver avant fin février, début mars, si tout se passe bien, et ne seront disponibles qu’en quantité très limitée, destinés prioritairement à ceux en première ligne face au virus (personnel médical et forces de sécurité) puis aux personnes âgées et aux patients ayant des antécédents médicaux.

Livraison retardée

Pour le reste, le ministère palestinien de la Santé affirme être en contact avec quatre laboratoires : AstraZaneca, Moderna, SinoPharm (soutenu par le gouvernement chinois) et le vaccin russe, Sputnik V. Malgré le manque de transparence de ses essais cliniques, ce dernier a été approuvé par l’Autorité palestinienne qui en a précommandé 4 millions de doses dès décembre. La livraison des 5 000 premiers vaccins ne cesse d’être retardée… mais elle pourrait finalement intervenir «tout début février», nous indique le ministère, sans grande conviction. A Gaza, les délais pourraient être encore plus longs, car l’enclave côtière sous blocus israélien et égyptien et aux mains du Hamas aura besoin de l’aval des Israéliens et de la coopération de l’AP pour y faire entrer un vaccin.

Sur place, la situation sanitaire peine à s’améliorer. Depuis le début de la pandémie, on compte 1 800 morts, et le nombre d’infections est toujours élevé début 2021 malgré le confinement partiel imposé chaque soir et tous les week-ends. «Tout le monde ne va pas se faire tester, confie Mahmoud Isleem, coordinateur de terrain pour Médecin du monde (MDM) en Cisjordanie. La peur de la stigmatisation, l’isolement, les enfants en quarantaine ou encore la perte de son emploi, toutes ces raisons n’incitent pas les communautés à se rendre dans les centres de dépistage. Et elles sont déjà très affaiblies financièrement et psychologiquement parlant. Nous avons beau organiser des campagnes de sensibilisation, donner des tests PCR, et préparer logistiquement l’arrivée du vaccin… les dates ne sont pas claires. Le nombre de doses non plus.»

Un accès équitable

Toujours est-il que si les autorités israéliennes ont imposé la fermeture de l’aéroport pour une semaine, près de 140 000 travailleurs palestiniens traversent toujours les checkpoints quotidiennement. En théorie, il ne pourra donc pas y avoir d’immunité collective en Israël si les Palestiniens ne sont pas vaccinés. Cet argument a été avancé par des experts israéliens de la santé, et ces dernières semaines, par des ONG de défense des droits de l’Homme. Tour à tour, elles accusent l’Etat hébreu de se soustraire à ses obligations. Car selon l’article 56 de la quatrième convention de Genève, Israël, en tant que puissance occupante, comme reconnue par de nombreux Etats et par le Conseil de sécurité des Nations unies, a une obligation morale, humanitaire et juridique de se procurer une quantité suffisante de vaccins pour les fournir aux Palestiniens. En d’autres termes, les transporter en Cisjordanie, mais pas uniquement pour les colons, et à Gaza.

Mais Yuli Edelstein, ministre israélien de la Santé, souligne plutôt, depuis le début de la crise sanitaire, «une étroite coopération» avec les Palestiniens. Des responsables esquivent en précisant qu’ils n’ont pas reçu de demande officielle de l’Autorité palestinienne. Quant aux commentateurs israéliens, ils argumentent, citant les Accords d’Oslo, censés être intérimaires, qu’aucune obligation légale ne pousse l’Etat hébreu à vacciner les Palestiniens et que la vaccination devrait relever uniquement de l’AP.

«Mais rien ne peut justifier cette situation où des habitants juifs d’un côté d’une route reçoivent des vaccins, tandis que de l’autre côté de la route, les habitants palestiniens n’y ont pas droit, dénonce Omar Shakir, directeur d’Human Right Watch pour Israël et la Palestine. Tous les habitants de ces zones devraient avoir un accès équitable au vaccin, quelle que soit leur appartenance ethnique.»

Par  Liberation.fr